Vacance du pouvoir : Entre tabou de la majorité et convoitise de l’opposition

mardi 13 novembre 2018 Politique


Depuis l’hospitalisation à Ryad en Arabie Saoudite d’Ali Bongo Ondimba, officiellement pour "fatigue passagère" d’abord, pour "fatigue sévère" ensuite et maintenant pour "saignement", la classe politique est en ébullition. Si du côté de la majorité on s’interdit de parler ouvertement de vacance du pouvoir, l’opposition, elle en fait à souhait son refrain désormais, comme si elle n’attendait que ça. Et même si la Présidence de la République rassure que le Chef de l’Etat est en train de recouvrer progressivement toutes ses facultés physiques et continue à gérer, depuis son lit d’hôpital, les affaires du pays, ces assurances manifestement peinent à convaincre.

Dans le sérail, la peur et l’inquiétude du lendemain ne cessent d’affoler les partisans du pouvoir, malgré les assurances du porte-parole de la présidence de la république, Ike Ngouoni. D’où la série de prières organisées ça et là en faveur du rétablissement du Chef de l’Etat. En réalité, l’opacité et le tabou qui ont entouré l’état de santé du Président de la République depuis son internement dans cet émirat pétrolier le 24 octobre dernier, avec les rumeurs de mort et les caricatures qui ont et continuent d’ailleurs d’alimenter les réseaux sociaux, ont fini par convaincre bon nombre de Gabonais qu’on leur cachait la vraie version de la situation.

Et ce d’autant plus que les exemples passés en la matière sont légion. Léon Mba en 1967. Omar Bongo Ondimba en 2009. Un camouflage insupportable qui a tellement révulsé même les sages de la République qu’ils ont été obligés de rompre le silence en appelant le gouvernement à communiquer en toute transparence pour faire taire définitivement la rumeur qui a bien cours, faute d’informations faisant foi.

Acharnement de l’opposition

Comme si elle n’attendait que pareille occasion pour mieux rebondir après sa débâcle électorale lors des législatives des 6 et 27 octobre dernier (Ndlr : quoique le scrutin ait été parasité par une abstention record), l’opposition qui ne s’est toujours pas délivré du traumatisme du chaos post-électoral de 2016, accule désormais le pouvoir qui doit, selon elle, dire la vérité aux Gabonais sur la santé réelle du numéro 1 gabonais. Il faut dire que de manière sibylline, l’opposition ne rêve que d’une chose ces derniers temps, la mort d’Ali Bongo Ondimba. C’est le sens des caricatures et autres rumeurs sur son hospitalisation. Et c’est aussi dans cette seule logique qu’il faudrait comprendre la sortie dernièrement de l’opposant, Jean Ping.

En effet, en appelant ses camarades de l’opposition à faire bloc autour de lui comme le vrai président, l’ancien candidat de l’opposition à la dernière présidentielle leur a fait là un appel du pied, comme pour indiquer qu’au regard de la santé de son rival, il reste le seul président légitime à même de "reprendre" le pouvoir au cas où celui-ci venait à trépasser. C’est dire que pour l’opposition, l’état de santé du président Ali Bongo lui importe peu. Ce qui compte c’est la vacance du pouvoir qui lui donnerait la clé du trône.

D’où les prières funestes de certains partisans allant jusqu’à souhaiter de voir mourir, loin là-bas, au pays des Arabes, celui qui lui a confisqué le pouvoir, l’"imposteur" comme ils le qualifient. Autant dire que l’hostilité politique au Gabon a pris dangereusement la pente de la haine mortelle et de l’élimination physique de l’adversaire. Ou encore de souhaiter de le voir mourir naturellement, à défaut de le faire avec ses propres mains. Malheureusement, c’est aussi ça le sens de la démocratie telle qu’elle a cours chez nous, sous les tropiques.


Leno KOLEBA

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