Vacance de pouvoir : Opposition, de la grogne à la résignation

lundi 18 février 2019 Politique


Alors qu’elle était, il y a encore quelques temps, vent debout contre l’amendement de la Constitution par la Cour constitutionnelle, l’opposition qui voulait profiter de l’état de santé d’Ali Bongo, souffrant des séquelles d’un AVC à l’étranger depuis le 24 octobre dernier, est depuis quelques temps diluée et aphone. Les preuves de vie du Chef de l’Etat gabonais, bien qu’encore visiblement diminué par la maladie, et l’obstination de ses collaborateurs à tenir ferme la barre semblent avoir été pour beaucoup dans cette résignation.

C’est un refroidissement brusque, qui explique les difficultés d’une opposition en perte de vitesse depuis que les ardeurs contestataires du verdict de la présidentielle de 2016, s’émoussent peu à peu au gré des intérêts et autres ambitions personnelles de ses leaders. Diminuée par un débauchage ambiant du pouvoir qui tenait à tout prix à s’offrir une certaine légitimité face aux soupçons de fraude électorale, partagés même dans les rangs de la communauté internationale, qui doutait de la réélection d’Ali Bongo à la dernière présidentielle, l’opposition cherche depuis, une bouée de sauvetage.

Son chef de file, Jean Ping, lâché par la plupart des alliés qui ont soutenu sa candidature en 2016, cerné de près par le pouvoir, vit depuis plus d’un an, tricard et reclus dans son domicile des Charbonnages, en se réclament toujours,depuis bientôt trois ans, le « président élu ». Sans succès. Partagés entre d’un côté, l’appel au boycott du « président élu » et de l’autre, l’urgence de participation électorale de certains de leurs responsables, les partisans de l’opposition ont, dans leur majorité boudé les élections locales et législatives tenues les 6 et 27 octobre de l’année dernière. Conséquence : le Parti démocratique gabonais (PDG) au pouvoir, a raflé à lui seul, l’écrasante majorité des sièges à l’Assemblée nationale, même si on note la percée de quelques partis de l’opposition comme Les Démocrates de l’ancien président de l’Assemblée nationale, Guy Nzouba Ndama. Le tout sur fond d’une abstention record, la participation ayant été estimée autour de 20%.

La maladie d’Ali Bongo et le rempart

Affaiblis sur tous les fronts, brimés par un pouvoir disposant de tous les leviers pour imposer son diktat, les patrons de l’opposition ont vu comme une grâce tombée du ciel, l’accident vasculaire cérébral qui a terrassé leur ennemi commun, Ali Bongo Ondimba le 24 octobre, à Ryad, en Arabie Saoudite. Même Jean Ping qui s’était jusque-là enfermé dans ses Charbonnages, voyant là enfin une occasion de prendre son "pouvoir volé", est sorti du bois le 3 novembre dernier, en appelant tous les Gabonais de toutes les provinces à se mettre autour de lui. Il a même appelé ses partisans à utiliser la violence pour prendre le pouvoir. En vain. Dans cette foulée, la modification de l’article 13 de la Constitution par la Cour constitutionnelle qui autorise le vice-président de la République, Pierre-Claver Maganga Moussavou, à présider un conseil des ministres en lieu et place d’Ali Bongo Ondimba, le 14 novembre dernier, déclenche une rebuffade presque générale dans l’opposition.

La Cour constitutionnelle, droite dans ses bottes, refuse toute vacance du pouvoir, même temporaire. Aidée en cela par le gouvernement et le palais présidentiel qui tiennent fermes devant cette agitation de l’opposition, le pouvoir résiste fort, et dans la pression, sort les preuves de vie du président. Quoi que malade, il semble toujours tenir la situation à l’aide de son cabinet qui manage tout. Aux dernières nouvelles, Ali Bongo n’aurait plus besoin d’un fauteuil roulant, mais d’une simple canne. Ajouté à cela, la nomination d’un nouveau gouvernement et l’élection du bureau de l’Assemblée nationale en janvier dernier, ont sans doute douché les espoirs de l’opposition. Ali Bongo, quoique diminué à l’étranger, semble être en train de reprendre la main comme au lendemain de la présidentielle de 2016.


Leno KOLEBA

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