Université Omar Bongo : Une usine de fabrication de sans-emplois ?

jeudi 28 janvier 2016 Société & environnement


Ils sont des dizaines, voire des centaines qui sortent chaque année, munis d’une Licence ou d’un Master de tous les départements de la plus grande université du Gabon. Toutefois, la rareté galopante de l’emploi, devenue extraordinaire dit-on, pour leurs diplômes poussent bon nombreux d’entre eux à se tourner vers les petits métiers. Une dure réalité poussant certains à se demander si ce « temple du savoir » n’est pas en réalité un laboratoire exerçant dans la fabrication des chômeurs ?

UOB ! Voilà trois lettres dont la simple évocation fait déjà froid dans le dos des étudiants. Tant cette appellation rime avec les grèves chroniques, le non-respect du quantum horaire et les conditions insoutenables de vie. Une liste loin d’être exhaustive. A cela, s’ajoute le problème de l’emploi, après le cursus universitaire. Principale raison évoquée pour expliquer cette « malédiction » : la qualité des diplômes qui n’est pas adaptée au marché de l’emploi, car les étudiants n’ont que des connaissances générales, mais surtout théoriques. Du coup, ils ne sont pas opérationnels, donc non rentables pour les opérateurs économiques qui n’ont ni temps et moyens à consacrer à la formation du personnel à recruter.  

Témoignages des diplômés 

John 32 ans, est chauffeur de ‘’clando’’. Nous faisons sa connaissance à bord de son véhicule, sur l’axe Owendo-UOB. Il y a trois ans qu’il est titulaire d’un Master en psychologie, mais sans travail. Il ne comprend pas l’importance de l’université si elle n’a vocation qu’à former des centaines des chômeurs, pourtant bardés de « diplômes pour le chômage », soutient-il. L’université Omar Bongo, rajoute John « ne dispose d’aucune crédibilité pour tous ceux qui y sortent munis d’un parchemin. Elle doit en principe être fermée puisqu’elle ne dispose d’aucune vision concernant l’avenir des étudiants. Regardez ! Je suis titulaire d’un Master en psychologie mais qui ne me sert à rien du tout. J’ai déposé des dossiers un peu partout, mais à chaque fois on me répond que mon profil est plutôt meilleur pour les pays occidentaux que pour ici ».   

Situation presqu’identique à celle de Béranger 29 ans. Tout comme John, il a un master en anthropologie depuis 2013. Devant la pression de plus en plus croissante de sa famille, il n’a eu d’autre choix que d’intégrer la police, alors qu’il n’a jamais souhaité faire carrière dans ce corps. « Je n’avais jamais rêvé de devenir militaire. Mais comme mon diplôme, dit-on, ne sert à rien dans les administrations, j’ai été obligé de faire ce choix, puisque j’ai une femme et une petite fille. En plus ma vieille maman ne cesse de me rappeler tous les jours qu’elle est déjà fatiguée de me nourrir. Elle a bien raison parce qu’à mon âge, je ne dois plus être une charge pour elle. C’est pour tout ça que je me suis tourné vers la police », avoue Béranger, déçu.

Même son de cloche pour Price 30 ans, titulaire d’une licence en sciences du langage depuis plus de quatre ans. Comme John et Béranger, il ne s’en sort qu’en dispensant des cours çà et là dans les établissements privés. Pour lui, « tous ceux qui sortent de l’UOB trainent avec eux une sorte de malédiction tout aussi à l’image de l’institution. Les grèves devenues cycliques, les dealers, les gravats d’interminables travaux et autres. Tout ça ne fait que renforcer l’image écornée d’une institution sans avenir ». Aujourd’hui, poursuit Price, « même au quartier un étudiant de l’UOB n’inspire plus aucun respect. On ne vous regarde que comme un raté de la société ». Price est loin d’être le seul à penser ainsi. Car beaucoup d’étudiants considèrent qu’en entrant à l’université, ils ont pris la pire décision de leur vie, tant les chances d’obtenir un emploi à la fin de leur cursus sont incertaines. 

Même si depuis près de quatre ans, l’institution a mis en place quelques programmes de formation professionnelle, ceux-ci sont loin de résoudre le problème de l’emploi des étudiants. Les conditions d’accès et la disponibilité des places sont des plus restreintes. Et tous ceux qui sortent nantis de ce sésame professionnel sont tous très loin de décrocher un emploi.


CNN

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