« Un militaire sans culture politique est un criminel en puissance »

jeudi 22 mars 2018 Société & environnement


Cette phrase que nous tenons de feu Thomas Sankara, ancien président du Burkina- Faso et lui- même militaire, puisque capitaine jusqu’à sa mort, nous l’empruntons pour non seulement mettre en lumière le comportement, nous allions dire les agissements de nos hommes armés, mais aussi tenter, si cela était possible, de corriger leurs mœurs. En effet, de plus en plus de Gabonais se plaignent des militaires sans que les plaintes des citoyens ne soient prises au sérieux, sinon l’on observerait une amélioration dans leurs rapports avec ces derniers, amélioration des rapports devant se manifester par le respect que les uns devaient avoir vis- à- vis des autres.

Oui, un militaire, ça mérite le respect si l’on tient compte du fait que ses obligations sont, en dehors de veiller de tout temps à la sauvegarde de l’intégrité territoriale, d’accomplir des missions de protection des populations y vivant contre toutes les formes d’agression dont les physiques. Le militaire mérite respect, ce d’autant plus qu’il doit faire que ces deux éléments constitutifs de l’État, à savoir le territoire et la population, ne connaissent aucune altération au sens où ils ne doivent sous aucun prétexte perdre leur plénitude et leur indépendance.

Que doit- on par exemple penser du « soldat » obéissant aux ordres de la hiérarchie qui se rue sur les citoyens réclamant l’observation d’un droit inaliénable comme celui d’être logé, soigné, de travailler, d’envoyer sa progéniture à l’école ou simplement d’être à cheval sur les principes des libertés fondamentales au nombre desquelles, celle de pensée, d’opinion ou encore de religion reconnues par la déclaration universelle des droits de l’homme ? Que devrait- on par ailleurs penser du militaire posté à un carrefour que mime un humoriste qui le dit là, le reprenant peut- être pas caricaturalement, pour veiller à la sécurité des biens et non des personnes ? Dire que lesdites personnes sont devenues plus que vulnérables dans une société en proie aux maux de tous genres dont la criminalité, le vol et le viol.

Comment concevoir qu’au lieu que l’homme en treillis soit appelé à la frontière, répondre à une attaque étrangère, observer ce qui se passe aux confins de la République où sont signalés des bruits de botte, il soit lâché, aux côtés de policiers qui ont une mission urbaine et des gendarmes à qui l’on ajoute les départementales, en ville, rendre la vie impossible aux usagers de la route auxquels il est parfois affirmé curieusement que c’est sur ordre de la hiérarchie qu’ils agissent ? Le comble, c’est que lesdits usagers ne cessent de se plaindre du fait qu’ils sont sans cesse floués pour les chauffeurs et autres transporteurs routiers quand ils ne subissent pas purement et simplement les effets collatéraux d’une telle attitude au nombre desquels des retards à leur lieu de travail, à l’école, à l’hôpital ou à un rendez- vous important.

Dans cette ambiance plutôt décriée, y compris par les plus hautes autorités, mais persistante, sinon renforcée, doit- on adopter le comportement de ceux qui s’en accommodent même quand on soutient comme le révérend Desmond Tutu que celui qui se tait en situation d’injustice a choisi le parti de l’oppresseur ou doit- on, pour ne pas qu’une ébullition, une de plus n’intervienne, taper du point sur la table en guise de protestation ou nous élever contre de tels égarements hélas devenus récurrents ? Et qui nous amènent malheureusement nous interroger sur ce qu’il faut entendre par l’expression « culture politique » ainsi que sur la notion du « crime ».

Selon Thomas Sankara, croyons-nous savoir, la notion de « culture politique » renvoie au départ à la compréhension du rôle qui est le nôtre dans la cité avant que de pousser tout un chacun dans son domaine de compétence à son observation stricte, tout dérapage étant considéré comme un abus réprimandable. Alors que le crime doit être conçu comme ce qui donne la mort à un Être humain. C’est dire qu’en prononçant cette phrase, l’ancien président du Faso dont le pays fut baptisé sous son magistère « pays des hommes intègres » avait à cœur de sensibiliser ses frères d’armes sur les dérives pouvant résulter d’une attitude hors- normes quoiqu’elle soit la résultante d’une injonction ou d’un ordre et qu’il soit répété au militaire qu’il doit d’abord agir face à un ordre reçu avant que d’y réfléchir. Si l’on le prend d’ailleurs comme ça, faut- il avancer qu’il devient sur le terrain des opérations un automate, auquel cas tout pourrait lui être pardonné, même si en vérité il y a à redire ?

Échangeant avec un officier subalterne de l’époque, ce dernier nous a appris par exemple que malgré les ordres reçus de la hiérarchie, plutôt que de privilégier une confrontation avec des manifestants visiblement remontés contre les autorités qu’ils accusaient de violer les lois et leurs droits cela va de soi, il recommandait à la troupe de se tenir à une distance raisonnable pour éviter de recevoir des projectiles ou de s’échauffer inutilement, le temps pour lui de prendre le pouls de la situation et d’apporter une réponse tenant compte de la situation et proposant pourquoi pas une solution amiable auxdits manifestants dont il se chargeait de remonter les revendications jusqu’à la hiérarchie. Ce qui fut un succès. Pourquoi de tels exemples n’inspirent- ils pas nos soldats prompts à agir comme des bourreaux souvent face à des manifestants non armés ?


Dounguenzolou

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