Suite Interview Verlaine Mve Assoumou JA Gabon : « Un incubateur commence à donner des signes d’impact au-delà de cinq ans »

jeudi 30 novembre 2017 Economie


Figure incontournable des programmes d’incubation de Junior Achievement Gabon (JA Gabon), Verlaine Mve Assoumou, Directeur des programmes au sein de cette organisation, reconnaît la patience des usagers vis-à-vis du développement de l’entreprenariat au niveau national mais invite à patienter quelques années encore avant de voir les premiers résultats. Selon ces propos, « un incubateur commence a donné des signes d’impact au-delà de cinq ans ». Suite de l’interview.

Gaboneco  : Dans la première partie de cette interview, vous avez évoqué la question des compétitions. Que devient le Grand prix de l’excellence ?

Verlaine Mve Assoumou (VMA) : Le Grand prix de l’excellence n’est pas une propriété de JA Gabon. C’est une propriété du Président de la République et de sa fondation. Nous aussi, nous sommes également en attente. Nous sommes, je ne dirai pas un prestataire mais chargé de la mise en œuvre du programme. Nous sommes suspendus à la décision du Président de la République de financer la 3eme Edition.

Ge : La Banque mondiale vient de publier son rapport Doing business 2018. On y voit une nette amélioration de la question de la création des entreprises mais également beaucoup de faiblesses liées notamment aux conditions de création et d’implantation d’une entreprise au niveau national. Lorsque vous condensez vos actions, quelle est votre analyse ?

VMA  : Le rapport de la Banque mondiale, je ne l’ai pas lu. Je ne sais pas ce qu’on y fait comme analyse, je vais peut-être m’asseoir un moment pour le faire, mais s’il traduit ce que nous ressentons ici au Gabon par rapport aux difficultés que rencontrent les entrepreneurs, je peux faire ressortir deux éléments majeurs : le premier, c’est le financement. Les banques ne prêtent pas aux start-up, elles ne prêtent, et là-encore, c’est très difficile, qu’aux entreprises qui se développent donc qui existent déjà, qui ont un marché, une histoire bancaire et qui ont bien sûr un patrimoine. Donc c’est à ce moment précis que la banque peut vous prêter de l’argent. Malheureusement, elles ne financent pas les start-up et on comprend. C’est une logique qui est compréhensible pour nous puisqu’une start-up comprend beaucoup plus de risques qu’une entreprise qui se développe parce que cela sous entendrait que la banque accepte de partager à la fois le risque et bien sûr, lorsqu’on partage le risque, ce qu’on craint peut arriver ou pas.

On est obligé de faire beaucoup plus d’efforts, c’est-à-dire, on accompagne et on lève des fonds pour bâtir. En interne, nous avons créé ce qu’on peut appeler un fond d’amorçage qui est géré par le Crédit solidaire gabonais (CSG) et qui bénéficie à nos entrepreneurs selon des règles bancaires. C’est cette difficulté majeure que nous rencontrons ce qui fait qu’on peut avoir des start-up qui sont bloquées parce que n’ayant pas de financement. Le projet est intéressant, la rentabilité est bonne mais le défaut de financement pose problème. Le deuxième élément majeur c’est la Recherche-Développement (R&D). Vous savez la créativité demande du temps. Quand on développe un nouveau produit, il faut prendre le temps de le tester, il faut avoir énormément de possibilités de trouver tous les éléments qui constituent le développement du prototype du produit. Il faut les avoir à proximité et à bon prix donc, cela fait en sorte qu’on a des entrepreneurs qui sont parfois bloqués à cause d’un emballage mais le problème n’est pas uniquement au niveau du financement parce que même lorsqu’il y a le financement, avoir son emballage relève du parcours du combattant.

Ge : Vous évoquez le problème du financement dans le développement des entreprises or, on constate que l’Etat finance à coup de milliards de francs CFA, des programmes qui ne sont pas rentables que vous soutenez cependant. Comment expliquer de tels choix alors qu’il y a des projets d’investissements structurés qui peuvent capter ces financements ?

VMA : Je pense que le gouvernement veut provoquer. C’est toujours important de lancer de vastes programmes qui permettent justement d’identifier des personnes qui sont intéressés par ce secteur. Il est vrai que cela coûte de l’argent mais aujourd’hui, dans le cadre du projet Graine par exemple, on a pu identifier des gabonais qui se sont lancés dans l’entreprenariat agricole par leur motivation. Du coup, c’est toujours important pour le gouvernement de lancer des programmes qui permettent justement de titiller un tout petit peu la population, de les lancer dans certains secteurs même si on est presque sûr qu’on aura pas l’adhésion de tous. Cela fait que plutôt que d’avoir aucun entrepreneur dans ce domaine, on en a au moins quinze à vingt-cinquante. C’est mieux que rien ! Après, il faut parvenir à capitaliser sur les réussites.

On a eu ce problème au début. Lors des formations entrepreneuriales on avait difficilement des success-stories. Aujourd’hui par exemple, je ne peux pas vous présenter un gabonais qui est un cas de réussite dans le secteur agricole. Il existe peut-être des réussites mais on trouvera toujours à redire. C’est vraiment difficile d’avoir des succès. Or, en captant l’intérêt de quelques-uns et en créant des réussites, on peut capitaliser sur cela en termes de promotion en montrant des modèles aux autres qui apprendront mieux par ces expériences. C’est pourquoi je dis que la culture entrepreneuriale a encore besoin d’être développée et ce n’est possible qu’en créant des sucess-stories. Les secteurs qui sont négligés et dans lesquels personne ne veut se professionnaliser donc, peu structurés et moins rentables sont ceux sur lesquels nous travaillons aujourd’hui. Le gouvernement bien sûr, impulse ce genre d’initiatives.

Ge : Cela fait aujourd’hui quatre ans que vous êtes implanté au Gabon. Quels sont les domaines dans lesquels vous avez le plus évolué ?

VMA  : On a beaucoup travaillé sur le numérique. Grâce à l’évènement majeur que nous avons créé, la Start up Week-end et lancé en 2014 lors du Grand prix de l’excellence, on a pu identifier énormément de talents dans le numérique. Nous avons aussi travaillé dans le secteur agricole avec la Caistab notamment dans la filiale cacao-café. En effet, la Caistab était confrontée à une problématique majeur selon laquelle, les agriculteurs du cacao-café sont vieillissants, les jeunes ne s’intéressent pas au cacao mais au café donc, la Caistab a lancé un programme qui s’appelle « Jecca » et qui permet justement d’inciter les jeunes à rentrer dans cette filière et donc, nous nous avons formé des jeunes entrepreneurs. Ils étaient au nombre de 50 au total. Aujourd’hui la Caistab va doubler ces formations certainement à partir de décembre ou janvier 2018. On va passer de 50 à 100 jeunes pour ce secteur. Le programme de formation se déroule sur trois ans et l’année suivante, 100 autres jeunes seront formés, parce que l’objectif c’est de parvenir à en former 250.

On est très impliqué dans le secteur agricole, dans le numérique et dans le bois. Nous avons créé notre secteur bois dans la zone de Nkok dans laquelle nous allons mettre un incubateur du secteur bois en attendant notre belle école de Booué qui se fait attendre. Ce sont des secteurs où on a quand même assez d’impact. On vient de former, récemment 37 ébénistes en travaillant à la fois sur le management et sur les techniques de finition de produit. Ceux qui sont aujourd’hui dans le cluster bois d’Olam vivent un tout petit peu de la demande de l’État avec les commandes en table-blancs qu’ils doivent livrer aux établissements scolaires. Vous savez que lorsque vous vivez des marchés de l’État dans une zone économique, ces entrepreneurs malheureusement, ne fournissent pas beaucoup d’efforts commerciaux parce que ces produits sont attendus et c’est quasiment le cluster qui négocie les contrats avec le gouvernement donc, aucune compétence développée sur le plan commercial. Or, pour rentabiliser sa production, il faut développer un produit type qui est la résultante d’une étude de marché. Un produit qui va vous demander de faire un effort commercial à l’endroit de la clientèle identifiée et de développer des compétences en marketing, en stratégie commerciale, en développement de produit innovant, etc… C’est cela aujourd’hui notre but ultime. Voilà un peu les secteurs et axes dans lesquelles nous sommes impliqués et continuons de nous impliqués.

On peut aujourd’hui dire qu’on a formé une très grande communauté d’entrepreneurs grâce à nos programmes, à l’Espace PME, à l’incubateur national. Il y a eu des résultats qui se feront ressentir très bientôt mais on est quand même parti, je ne dirai pas de zéro puisqu’il y avait avant nous, le Fodex, Promogabon, mais cela a pris une tout autre tournure et les résultats vont se faire ressentir au fur et à mesure. On est à notre quatrième année mais en général, un incubateur commence à donner des signes d’impact au-delà de cinq ans.


Propos recueillis par Michaël Moukouangui Moukala

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