Soudan : El Béchir décrète le cessez-le-feu immédiat au Darfour

jeudi 13 novembre 2008 Speciales

Le président soudanais, Omar El-Béchir, a annoncé le 12 novembre un cessez-le-feu immédiat au Darfour et appelé au désarmement des milices dans cette région de l’ouest du pays, en guerre depuis 2003. Cette initiative, attendue depuis de nombreuses années et réclamée par la communauté internationale, a été perçue comme une tentative d’amadouer le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU), seul organe habilité à différer le mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) requis par le procureur Louis Moreno-Ocampo à l’encontre du chef de l’Etat soudanais pour « crime contre l’humanité ».

L’épée de Damoclès de la Cour pénale internationale (CPI) devient menaçante sur la tête du président soudanais Omar El Béchir, qui a décrété le 12 novembre dernier à Khartoum un cessez-le-feu immédiat au Darfour.

« J’annonce solennellement un cessez-le-feu inconditionnel entre les forces armées et les factions en guerre pourvu qu’un mécanisme de contrôle efficace soit mis en place et soit surveillé par toutes les parties impliquées », a déclaré monsieur El Béchir.

Le chef de l’Etat soudanais a fait cette déclaration après avoir pris connaissance des recommandations finales de l’initiative pour la paix au Darfour, qui sont censées fournir une base pour une conférence de réconciliation au Qatar prévue d’ici la fin de l’année.

Présentée par son parti, cette « initiative du peuple du Soudan » avait été boycottée par les groupes rebelles, et est aujourd’hui considérée par les détracteurs du président soudanais comme une tentative pour détourner l’attention sur les accusations de « crimes de guerre » au Darfour, portées contre lui par le procureur de la Cour pénale internationale (CPI).

Le président El Béchir a également appelé au lancement d’une « campagne immédiate pour désarmer les milices et restreindre l’usage des armes par les forces armées », probablement en référence à la milice arabe pro-gouvernementale des Janjawids.

« Nous confirmons notre engagement à négocier pour parvenir à des solutions pacifiques qui garantiront l’élimination des conflits », a poursuivi Omar El Béchir.

Cette initiative du chef de l’Etat se dessine clairement comme une volonté de Khartoum de prouver sa volonté de résoudre le conflit du Darfour à la communauté internationale.

Le président El Béchir escompterait par ailleurs convaincre le Conseil de sécurité de l’ONU de différer les poursuites lancées à son encontre par la Cour pénale internationale.
Le gouvernement soudanais est accusé par la communauté internationale d’avoir brutalement réprimé la rébellion au Darfour, où la guerre civile aurait fait selon l’ONU près de 300 000 morts depuis 2003, alors que Khartoum n’en annonce que 10 000.

L’Union africaine (UA) et la Ligue arabe avaient demandé au Conseil de sécurité de l’ONU de différer le mandat d’arrêt de la CPI contre le président soudanais, dans l’espoir que monsieur El Béchir dispose des délais nécessaires au décret d’un cessez-le-feu au Darfour.

Les juges de la CPI examinent actuellement les preuves présentées en juillet par le procureur Luis Moreno-Ocampo, qui leurs permettront de statuer sur l’émission d’un mandat d’arrêt international contre Omar El Béchir.

Le procureur Moreno-Ocampo a accusé le président Béchir de génocide, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité au Darfour, ainsi que d’avoir donné l’ordre à ses forces d’anéantir les groupes non arabes de la région par le meurtre, la torture, les viols et le pillage.

Le Qatar veut tenter une médiation dans les semaines à venir, avec l’organisation de pourparlers pour la réconciliation des parties en conflit. Mais l’un des principaux groupes rebelles du Darfour, le Mouvement pour la justice et l’égalité (JEM), a annoncé le boycott de cette réunion.

En 2007, la CPI avait déjà émis un mandat d’arrêt contre le ministre soudanais aux Affaires humanitaires, Ahmed Haroun, ainsi que contre le chef des milices pro-gouvernementales, Ali Kosheib, pour crimes de guerre.

Le Soudan a fait savoir à cet effet que le milicien avait été placé en détention et qu’il ferait l’objet de poursuites, mais estime qu’il n’y a pas lieu de poursuivre Ahmed Haroun. Karthoum refuse toujours d’extrader les deux hommes.


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