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© François Ndjimbi |
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Une allure de dur et, en même temps, une étrange et réelle douceur. Un curieux mélange d’aigle et de colombe. Pas très grand ni spécialement baraqué, il dégage pourtant une impression de sportivité et cette simplicité propre aux gens qui ne se la jouent pas alors qu’ils pourraient.
A 53 ans, le cheveu charbon et sel, le parcours de Raymond Ndong Sima ressemble à celui d’un vent tourbillonnant, passant indifféremment de la haute administration au secteur parapublic, à l’entreprise unipersonnelle ou aux cultures de rente. Tel un amiral, il règne sur une flotte d’une quinzaine de bus dédiée au transport en commun, dirige une quarantaine de personnes, déjeune en ville entre deux rendez-vous et n’arbore pas systématiquement le costume-cravate si cher aux gens de son statut. Un cerveau disent les uns. Un homme des dossiers soutiennent d’autres. Un entrepreneur scrupuleux s’exclament ceux qui l’aiment bien. Un loup déguisé en agneau persiflent ceux qui l’envient. Tout cela amuse ceux qui l’apprécient vraiment, se régalent de sa franchise, s’émerveillent de sa formation, de sa compétence éprouvée, de son courage et de sa modestie.
Dernier d’une fratrie de cinq enfants, Raymond Ndong Sima est entré en pensionnat à 8 ou 9 ans. Il passe par le petit séminaire de Saint Kisito avant d’arriver au Collège Bessieux. “Je voulais être pilote. J’ai réussi au concours et fais toutes les procédures pour l’armée de l’air. Mais ma mère s’y est opposée et j’y ai renoncé. J’ai donc fais des études d’économie.”
Enfant du Woleu-Ntem, devenu orphelin de père dès l’âge de trois mois, on le retrouve à Alger dans la seconde moitié des années 1970 où il démontre déjà son intelligence de la vie en abandonnant une bourse d’études pour se retrouver à travailler de nuit à Paris (France) en vue de poursuivre une formation universitaire à Paris XIII, puis à Dauphine. Il obtient un DEA en Économétrie en 1981 et rentre au pays en 1983, non sans avoir entamé un projet de thèse en économétrie sur l’économie gabonaise. Il se souvient : “A l’époque, en économétrie, les calculs reposaient sur les séries longues. Or les données sur l’économie gabonaise étaient confidentielles ou inexistantes. J’ai donc délaissé mon projet de thèse. Quand j’ai commencé à travailler, nous avons, en équipe, à la Direction générale de l’Économie, monté un modèle économique que nous avions appelé «Modèle de l’économie gabonaise Oméga» qui a fait l’objet d’une publication dans la «Revue de l’observatoire française de conjoncture économique»”.
Il commence sa carrière en 1983 comme chargé d’études à la Direction générale de l’Economie. En 1985, il est directeur de synthèse. Arrive, en 1986, la première grande crise économique du Gabon, alors communément appelée “La conjoncture”. Raymond Ndong Sima est nommé au cabinet du ministre de la Planification et de l’Économie où il est chargé du dossier de l’ajustement structurel. Il gère les relations avec le Fonds monétaire international et la banque mondiale jusqu’en 1994, même si, entre temps en 1992, il est nommé directeur général de l’Économie. A la fin de l’année 1994, il se retrouve à Hevegab comme directeur général. Il y reste jusqu’en 1998, année où lui est confié le dossier d’appel d’offre de la mise en concession du chemin de fer Transgabonais pour le compte des forestiers qui en deviennent adjudicataires. Ce qui le porte au poste de président directeur général de la Compagnie d’exploitation du chemin de fer Transgabonais (C.E.C.F.T). Fin de 2001, parce qu’il est en désaccord avec les actionnaires de la compagnie, il en est remercié. Il en rit maintenant parce que ses thèses contestées d’hier se révèlent justes aujourd’hui et prouvent qu’il avait eu raison trop tôt. Son départ de la CECFT donne lieu à un procès qu’il remporte jusqu’en cour d’appel. Au terme de deux ans sans poste d’affectation après son passage au chemin de fer, il décide de se prendre en main et crée son entreprise.
Aujourd’hui, Raymond Ndong Sima est connu pour être le promoteur de la compagnie de transport terrestre “Voyages et Loisirs des Tropiques” qu’il a créé en 2003 avec trois mini-bus. “À ce jour, nous avons une flotte en propre de quinze véhicules. Plus de la moitié de cette flotte est composée de bus d’environ trente places.” Certifiée par un commissaire aux comptes, la comptabilité de l’entreprise affiche pour 2007 un peu plus de 350 millions de chiffre d’affaires. “Je gère également des bus que des tiers placent en gestion dans ma société et quand nous faisons le total des comptes entre les bus “alliés” et les nôtres, nous réalisons plus de 500 millions de chiffres d’affaires annuel. Nous avons transporté un peu plus de 42 000 personnes en 2007. La structure emploie 42 personnes réparties entre Libreville, Oyem et Bitam”, explique-t-il.
Voyages et Loisirs des Tropiques exploite par ailleurs une autre activité, marginale, qui consiste au transfert de fonds vers le Woleu-Ntem. “Si quelqu’un veut envoyer de l’argent, nous l’encaissons à Libreville et le destinataire des fonds se fait payer au niveau de notre recette à Oyem. C’est surtout une prestation sociale, une solution pour les cas d’extrême urgence. Souvent, des gens vivant à Libreville cherchent une solution rapide et simple pour des parents qui sont dans un état alarmant et ont un besoin pressant d’argent pour acheter des médicaments. Il m’est arrivé d’être réveillé en pleine nuit pour ce genre de cas.”
Le secteur des transports, comme les autres d’ailleurs, exige une attention soutenue. Les marges ne sont pas très élevées et l’état du réseau a pour conséquence une usure relativement rapide du matériel. Il faut faire preuve d’une rigueur de gestion et de vigilance sur l’ensemble des mouvements de véhicules, les déplacements des chauffeurs, etc. “Je suis très présent sur mon lieu de travail. J’y arrive à 5h du matin tous les jours, y compris les dimanches”, assure Ndong Sima qui explique que la plus grande contrainte dans ce secteur est liée à la fiscalité : “La pression exercée sur les transporteurs est très grande et elle participe à l’augmentation du coût général de la vie. Il y a une taxation de base qui concerne la direction des transports, les patentes, etc. Mais, il y a aussi une licence des transports dont on aimerait connaître le bien-fondé. Le transporteur paie non seulement la patente comme tous les autres commerçants mais aussi la licence de transport. Pourquoi ? Surtout qu’il va également payer la visite technique, la vignette, etc. Il y a en sus que la plupart des municipalités de l’intérieur font payer une taxe sur le nombre de passagers embarqués. Il y aura donc autant d’embarquements que de paiement de cette taxe, que ce soit au départ ou à l’arrivée. C’est comme si on demandait à Mbolo ou à CKdo de payer pour chaque client qui y entre. Il y a comme une discrimination en défaveur du secteur des transports. Une autre contrainte liée à cette activité est constituée par les amendes infligées sur la route aux transporteurs : 24 000 F.CFA pour la moindre infraction. Il n’y a aucun rapport entre la sanction et la gravité des infractions souvent constatées. » Tous ces prélèvements amenuisent la rentabilité du secteur.
Comment donc expliquer qu’un économiste au fait de la défectuosité du réseau routier national et de l’importante taxation qui y est pratiquée ait choisi de se lancer dans le secteur des transports ? “Le monde des affaires est un monde de risques. Toute création d’affaire est une prise de risque. Mais le secteur des transports est vital pour une économie. Les Gabonais devraient être plus nombreux à s’y engager afin de ne pas laisser à d’autres le contrôle d’un segment très important de l’économie nationale”, explique l’homme d’affaires avant de poursuivre : “Je m’astreint à avoir la “tête dans le guidon” comme un cycliste. J’essaie de rester concentré sur mon activité. Mais, il est nécessaire qu’éclose une classe d’hommes d’affaires Gabonais. Ou alors nous seront condamnés à disparaître, à devenir des ouvriers pour le compte de tiers qui pourront un jour décider d’investir ou pas, de délocaliser ou de se constituer en monopole. Avec la mondialisation et la construction du village planétaire, ce ne sont pas de simples vues de l’esprit.”
Hors du giron professionnel, Ndong Sima développe des plantations d’hévéa qui couvrent 25 hectares et se lance actuellement dans la culture du palmier à huile. Il pratique par ailleurs le Karaté à un grade très élevé, grâce auquel il a formé beaucoup de pratiquants, été directeur technique de la fédération nationale de Karaté et entraîneur national, de 1986 à 1994. Jusqu’en 2006, Raymond Ndong Sima n’a pas d’engagement politique. Il est pourtant arrêté en 2005 pour “atteinte à la sûreté de l’État”. Il se serait agit d’une dénonciation calomnieuse, heureusement démentie par les services de la Garde Républicaine. Il est aussitôt libéré. Mais tout cela n’entame en rien la sérénité de l’homme : “J’essaye de rester et d’être ce que je suis. J’estime que, orphelin de père depuis l’âge de trois mois, je suis parti de rien. J’ai reçu une bonne formation, j’ai eu la carrière qui est la mienne et qui n’est pas si mal que ça. Je n’ai pas à me plaindre.”