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Imunga Ivanga |
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L’Ombre de Liberty est un puzzle donné à résoudre au public après que celui-ci soit sorti de la salle de cinéma. En témoignent les débats qui suivent la projection du film. Liberty était-il Mateup, ce journaliste, dissident social, à la prose métaphysique et poétique ? Ou sa sœur Atita, une prostituée dont la morgue altière a un côté "Grande Royale" qui lui préserve toute sa dignité ? Pourquoi la voix de Liberty peut-elle continuer d’être entendue alors qu’il (ou elle) a du mourir dans l’explosion de sa camionnette radio pirate ?
Le film d’Imunga Ivanga suscite bien plus de questions que l’on ne saurait inventorier. C’est un film courageux, pour ne pas dire audacieux. C’est une peinture sociale, un fort stimulus qui éveille la conscience tout en l’entretenant dans ce fantastique qui tient sinon du monde des rêves du moins à celui des épopées extraordinaires et des mythes africains. La narration du film en elle-même rappelle, dans une certaine mesure, cette écriture par tableaux dont se sert Aimé Césaire dans le "Cahier d’un retour au pays natal".
Plus concrètement Liberty est une voix qui, comme celle de Jean le Baptiste dans les Evangiles, crie et annonce l’avènement d’une ère nouvelle. C’est un Robin des bois qui vole aux riches le pouvoir médiatique pour le donner aux pauvres. A la manière des Dub-poètes jamaïcains, son verbe est une poésie politique, une diatribe révoltée, un envol de l’esprit opprimé et un appel à la désobéissance civique. Cette voix, qui dérange surtout un pouvoir politique oligarchique et visqueux tenant pour l’essentiel dans la luxure et les sociétés secrètes, ne se laisse cependant saisir par personne, ni par les traîtres, ni par les forces armées et leurs grenades.
Imunga Ivanga reste dans la chronique sociale entamée avec "Dôlè", film dans lequel il dépeint une jeunesse en mal de devenir. Il brosse, avec L’Ombre de Liberty, la pauvreté matérielle, spirituelle et morale, les peurs et les lâchetés de chacun d’entre nous, le refuge dans l'alcool, la désespérance, la démobilisation, etc. Autant de situations sociales que démasque le film et que ne rate pas d’immortaliser les photos d’Arouet, un chasseur d’images désabusé qui fréquente Mateup, le journaliste déchu.
L’Ombre de Liberty est un conte pour adultes, une fable moderne sur la Liberté qui pousse tous les critiques voulant chroniquer le film à une écriture poétique. Aussi, plutôt que d’être commenté ou raconté, le film ne mérite-t-il rien d’autre que d’être vu. Sans doute le synopsis en donnera-t-il une meilleure idée.
SYNOPSIS
Le capitaine Ekumu a bien des soucis en tête : son fils Ika se meurt, et il n'a pas les moyens de le soigner, ce qui désespère sa compagne Ezéni. Une radio mystérieuse interrompt les discours du président Maraud Muntu Nyama. Elle parle d'un manguier d'or, d'un jour à venir, de la liberté du poète. C’est Liberty qui sévit par quart d’heure sur les ondes qu’elle pirate, caché à bord d’une camionnette. Le colonel Paturau est chargé d'annoncer la remise d’une grosse prime à qui permettra d'arrêter Liberty le pirate. Mais comment arrêter une voix sans corps ? Un coupable doit être trouvé. Pour Ekumu, ce serait la solution au drame qu’il vit. Mateup, ancien journaliste déchu vit avec sa soeur Atita, qui l'entretient en vendant ses charmes. Pour sortir de cette dépendance, il puise dans Liberty le courage de se remettre à écrire, comme son ami Arouet qui photographie la vie. Dans les bars du quartier, on parle d'une insaisissable camionnette. Des légendes courent autour d’elle, telle celle d’un aveugle qui, ébloui par les phares de la camionnette de Liberty, retrouva subitement la vue puis se mit, à la suite de cela, à prêcher la foi.
Liberty a annoncé un "miracle" près du manguier : Mateup clame la prophétie de liberté dans tout le quartier. Atita se fait arrêter et échappe par la ruse à la convoitise de Paturau. Les hommes d’armes cernent le quartier. La camionnette s'échappe dans le feu, Atita disparaît près d'elle. Les habitants du quartier affrontent les hommes d’armes, Mateup est arrêté. A l'hôpital, le petit Ika meurt malgré son opération. Ezéni la compagne d’Ekumu, abattue, le quitte. Mateup, quant à lui, meurt sous la torture.
Maraud Muntu Nyama organise une grande cérémonie pour fêter sa victoire sur Liberty… Mais son discours est soudainement interrompu par la mystérieuse voix. Le capitaine Ekumu, affecté dans un poste de brousse, se souvient de ces évènements comme on remonte le fil de sa vie. Il s’apprête à se suicider quand il découvre qu'une main a récupéré les carnets de Mateup et les photos de Arouet… Soudain, apparaît Atita. Ekumu la reconnaît, l’air presque soulagé, il lui tend son revolver, comme une victime s’offre à son bourreau. Atita, silencieuse, s’empare de l’arme. Elle braque sur lui le revolver mais refuse de tuer sa cible puis, s'en va, abandonnant Ekumu à la folie…