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Ida Andagui |
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Bien en chair, potelée ainsi qu’on le dit au Gabon, Ida Andagui a le physique de la belle femme Bantou, le regard ensoleillé comme une plage de son catalogue, le sourire timide, l’élégance classique et une certaine nonchalance qui traduit mal son dynamisme entrepreneurial. Presque taciturne, elle ne donne de la voix que pour répondre avec circonspection aux questions qui lui sont posées. La trentaine bien entamée, selon sa propre expression, elle assure n’avoir rien à dire sur sa propre personne, sauf qu’elle est passionnée par les beaux paysages et sites de son pays, la variété de sa faune et c’est pour cette raison qu’elle s’est lancée dans le tourisme et loisirs.
Située au quartier Montagne-Sainte, son agence se nomme Mbolo Tour et emploie deux permanents et de nombreux travailleurs ponctuels, ainsi qu’elle l’explique : “Nous travaillons beaucoup avec des compétences extérieures. On ne saurait mobiliser beaucoup de personnes en permanence, parce que notre activité est rythmée par les saisons. Il y a des saisons pour la pêche sportive, des saisons favorables à l’observation de tel ou tel animal, des saisons propices à la visite de tel ou tel site. A chaque fois, on fait appel à des guides qui seront spécialisés pour tel type de circuit et pas pour tel autre.”
Mbolo Tour se charge d’organiser des séjours touristiques en assemblant plusieurs prestations de ses fournisseurs (compagnies aériennes, hôteliers, restaurateurs, guides, etc.) et de les vendre à un prix «tout compris”, c’est-à-dire un “forfait”. Mbolo Tour anticipe la demande de la clientèle en proposant ses offres sur différents supports de communication (insertions publicitaires, brochures, vidéo, spots TV, salon du tourisme, ambassades, sites Internet, etc.) La structure propose un large choix de destinations et de formules : Voyage au cœur des traditions ésotériques du Gabon (Village Beng Ntam), des séjours dans les lodges touristiques du pays (Assala, Opération Louango, Wingombé Village, etc.), des séjours ou des visites de parcs nationaux, des circuits (visite historique de Libreville, pont en lianes et chutes de Poubara, observations d’espèces animales, etc.)
Avant d’en arriver là, la promotrice de Mbolo Tour, qui est titulaire d’un BTS en Tourisme et d’un diplôme en management du tourisme, a travaillé dans différentes agences aussi bien aux Etats-Unis et qu’en France où elle s’était d’abord installée. Elle s’est ensuite rodée dans des salons professionnels sur le tourisme, a travaillé pour Ultra Voyages dont elle a d’ailleurs gardé un bon souvenir : “La direction là-bas était vraiment très pédagogue. Elle m’a beaucoup encouragé dans mon désir de me lancer dans cette activité, de rentrer au pays et de monter mon entreprise.” On la retrouve ensuite à First Voyage, une agence “qui était spécialisée dans la vente des billets d’avion et de séjours touristiques aux Antilles et en Afrique.”
Elle travaille un bon moment au Gabon pour une agence opérant dans le secteur du tourisme. Mais, le besoin de créer, pour transmettre toute cette expérience et surtout la mettre au service de son pays, la pousse donc à entreprendre. Ida Andagui se souvient : “Ouvrir une agence de tourisme au Gabon n’était pas facile, parce que les gens ne me comprenaient pas. Mes partenaires voulaient qu’on se lance plutôt dans l’agence de voyage classique. Mais, parce qu’à long terme on devait avoir des problèmes avec les commissions et autres, moi, je voulais lancer une entreprise dans quelque chose où on serrait plus ou moins les premiers et avoir une longueur d’avance sur la concurrence qui allait nécessairement arriver.” L’agence Equasud qui a révélé Ida Andagui au public gabonais nait donc dans ce contexte. Même si par la suite, elle a créé Mbolo Tour, la jeune dame souligne : “Equasud et moi, ce n’est pas du passé. Affaire à suivre…”
Aujourd’hui, Ida Andagui se réjouit de ce qu’ “il y a, de plus en plus, des locaux qui découvrent et s’intéressent à des destinations autour de Libreville dont le budget n’est pas à plus de 100.000 francs CFA. On propose des destinations qui sont accessibles, qui offrent la possibilité de pratiquer des activités motrices, la possibilité de voir des animaux ; notamment des éléphants, des buffles. À la Pointe-Denis, on a la possibilité d’observer la faune, la flore et de vagabonder. Les destinations de Libreville et des environs que nous proposons intéressent les locaux qui viennent se détendre les week-ends.”
La jeune dame se plaint toutefois de la réticence des banques et autres bailleurs de fonds nationaux à faire confiance aux entreprises de services, encore moins à celles œuvrant dans le secteur d’activités qui est le sien. Elle souligne également qu’il y a des “difficultés administratives. On vous balade pour un papier. “Passez demain ; après demain ; revenez”… Il faut avoir de la patiente et de la persévérance.” Ou alors, concernant le tourisme intérieur, elle déplore la difficulté de vendre des produits touristiques aux locaux “parce qu’ils ne connaissent pas. Mais, ils sont preneurs dès qu’ils connaissent. Ils ne savent pas qu’à moins de 100 000 francs CFA, on a la possibilité d’aller en week-end ou d’assister à un spectacle culturel d’une tradition qui est la nôtre dans les environs de Libreville, de partir avec des amis en balade dans la forêt ou d’aller à la plage.”
Pourtant célibataire, Ida Andagui assure qu’elle ne consacre que très peu de temps aux loisirs. Ceux-ci s’apparentant à son travail, on peut dire qu’elle est toujours à l’ouvrage. Si ses frères et sœurs ne la kidnappent pas pour une de ces rares excursions en night-club, la demoiselle préfère pratiquer du cocooning en se cloitrant chez elle à lire, écrire, cuisiner… Mais l’inclination professionnelle est trop grande et elle se met à la place d’un touriste, part prospecter des sites en vue de développer des produits touristiques.
Miss Andagui qui considère son entreprise comme un défi permanant, estime qu’il faut se lever tous les matins avec de la motivation et de la pêche. Car, à quelques variantes près, on affronte tous les jours les mêmes obstacles, les mêmes incompréhensions. Aussi, depuis un moment, a-t-elle adopté un leitmotiv qui n’est pas forcément personnel : “Laissez-nous avancer !”