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Gaboneco/Saturnin Mpali |
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Comment va se passer la traversée de cette année ?
«Pour cette année, nous partirons de chez Sonnet à la Maringa [Pointe Denis] à 7h30 pour arriver sur la plage du lycée Léon Mba aux environs de 11h-12h. Cette tranche horaire a été choisie parce que nous avons cette année un relais de solidarité de 17 nageurs pour la promotion de la natation et de la protection du littoral. En principe ils devraient arriver avant nous vers 11h, et madame Quintin et moi arriverons vers 12h je pense.
L’année dernière vous avez eu des surprises avec les courants du Komo et l’heure des marées. Etes- vous parvenus à réajuster vos calculs pour battre votre record cette année ?
On a vraiment réajusté. Le problème qui s’est passé l’année dernière c’est que la marée devait monter à 9h30, mais c’est seulement à 11h30 que l’océan a pris le dessus sur le Komo. Donc de 9h30 à 11h30 c’était toujours le Komo qui poussait, parce que c’est un perpétuel bras de fer entre le Komo et l’océan. Quelle que soit la marrée, qu’elle soit montante ou descendante, le Komo, lui, pousse toujours dans le sens de la descendante. Si l’océan n’arrive pas à être plus fort physiquement que le Komo, on subit toujours la descendante. Cette année on a refait les calculs, on partira une heure en marrée montante pour se diriger vers l’intérieure, c’est-à dire vers Owendo, pour revenir ensuite vers 8h30-9h00 au plus tard avec une marée descendante, donc le Komo et l’océan qui vont nous tirer vers le lycée Léon Mba.
Vous n’avez pas pu aller à Gorée, mais avez-vous étudié les stratégies qu’ils mettent en place là-bas pour pouvoir pérenniser l’évènement ?
C’est encore envisageable, c’est dans notre optique. L’année dernière nous n’avons pas pu le faire parce que le pays s’est retrouvé dans une phase d’élection présidentielle, tout le monde a été plus ou moins occupé sur certaine chose, et on n’a pas pu mettre en place tout ce qu’il fallait pour pouvoir partir à Gorée. Nous avons regardé un peu sur le site Internet, je sais qu’ils ont fait comme nous au départ, ils étaient 2 ou 3 et au fur et à mesure, avec l’expérience, ils ont commencé à élargir le nombre de participants.
C’est en faisant d’abord avec un nombre de participant restreint qu’on se fait la main sur l’organisation, sur la sécurité et je pense que si nous voulons devenir comme eux, il ne faut pas que nous mettions la charrue avant les bœufs. Il faut aller progressivement et cette année nous avons ajouté le relais plus un nageur individuel. L’année prochaine on va essayer de s’ouvrir au public en limitant le nombre de participants. Par exemple mettre trois nageurs individuels, trois équipes de relais, donc six personnes dans l’eau. Et au fur et à mesure nous augmenterons le nombre de participants que ce soit en relais ou en individuel. Mais l’objectif est d’amener cet événement pour qu’il devienne une compétition internationale, une rencontre annuelle à ne pas rater comme le Dakar-Gorée.
Vous souhaitiez former des jeunes pour faire la traversée avec vous. Combien ont répondu à votre appel ?
Cette année, il y a 15 jeunes et 2 adultes qui ont répondu présents dans le relais et une seule en individuel. Là où j’ai un petit pincement au cœur, c’est qu’il n’y a pas de Gabonais à part moi cette année. Pourtant, Il y a des Gabonais et Gabonaises qui savent nager que j’ai contacté mais ils se sont tous désistés pour des raisons culturelles. Il y avait deux mineurs dont les parents ont refusé la participation, estimant que c’est trop dangereux, et un collègue qui s’est désisté pour des raisons personnelles. (…) L’année dernière j’ai gagné zéro franc, cette année je gagnerais encore zéro franc! C’est pour les jeunes du Gabon et pour l’avenir que nous faisons cela. Nous serons récompensés à titre symbolique car nous serons les pionniers de cette histoire. A chacun ses intérêts.
L’année dernière, vous aviez organisé une quête pour la réhabilitation de la piscine Olympique du Stade Omnisports de Libreville. Combien avez-vous reçu ?
Nous n’avons récolté que 6500 francs l’année dernière. Les gens n’ont pas voulu cotiser pour la simple et bonne raison qu’ils ne sont certains que leur argent servira à la réhabilitation de cette piscine. Ils nous ont dit clairement «on ne voit pas pourquoi on va mettre de l’argent dans une caisse alors qu’on sait pertinemment qu’il y a un budget qui est alloué pour cela et si le budget qui est alloué à cela est utilisé à d’autres fins, on sait que l’argent qu’on va cotiser sera aussi utilisé à d’autres fins». C’est uniquement pour cela que les gens n’ont pas cotisé.
Comment comptez-vous dans ce cas redynamiser la natation?
La seule manière de promouvoir la natation au Gabon c’est faire la même chose qu’on a fait pour lutter contre l’analphabétisme. Il nous a fallu deux facteurs : former les enseignants et construire les écoles. Une fois qu’on a eu ces deux facteurs, on a scolarisé nos gamins et ensuite on a su lire et écrire. La natation c’est la même chose, il suffit de remettre le programme de natation à l’Institut national de la jeunesse et des sports (INJS) d’où sortent les professeurs de sport du Gabon. Après leurs 3 années d’études ils sortent avec une pédagogie suffisante pour pouvoir enseigner la discipline, c’est le premier point.
Il faut ensuite construire les piscines dans les établissements et c’est ce deuxième point qui est couteux, mais pas tant que cela. L’espace, nous l’avons dans tous les établissements et une piscine de 25 mètres vaut de 25 à 30 millions de francs CFA. Aujourd’hui on regarde dans nos ministères, il y a des voitures VX qui coutent 60 à 80 millions de francs CFA. Est-ce que c’est nécessaire d’acheter une voiture de 60 à 80 millions alors qu’on peut acheter une voiture de 20 millions et cela nous laisse 60 millions pour construire deux piscines !
Donc une fois que nous avons ces deux facteurs là, les enseignants et les bassins, il suffit maintenant d’introduire dans le programme d’EPS de l’éducation nationale de la 6ème en Terminale le programme de natation. En 6ème on commence par l’apprentissage du savoir nager pour arriver jusqu’en terminal à la maitrise des 3 modes de déplacement. C’est ainsi qu’on arrivera progressivement à avoir une population de nageurs.
Avoir une population de nageurs réduit considérablement le taux de décès par noyade ; les gens savent nager, on peut les envoyer en formation pour devenir moniteur de plongée, moniteur du ski nautique, moniteur de planche à voile. Ceux-ci peuvent également passer un brevet de secourisme et cela va créer des emplois pour les jeunes, cela va développer le tourisme et les activités de sports aquatiques que nous n’avons pas chez tout simplement parce que nous n’avons pas de nageurs.
Par ailleurs, il faut noter que la natation est le sport le plus complet et permet d’accéder à certaines professions : pour entrer dans la marine, il faut savoir nager, pour entrer dans la brigade nautique, il faut savoir nager, pour être pilote, hôtesse de l’air ou steward, il faut savoir nager, pour être pompier, il faut savoir nager.
On a 800 kilomètres de côtes, la redynamisation de la natation va ouvrir des portes pour le tourisme. Vous allez au Sénégal, en Tunisie, au Maroc, en France, tous les pays côtiers ont une activité touristique liée aux sports aquatiques.
Nous sommes en train de monter une association, les dauphins du Komo (LDK), qui va bientôt voir le jour et qui, en plus de promouvoir la natation, va organiser des descentes régulières une fois tous les mois pour nettoyer les plages. Qui dit natation ou sports et loisirs aquatiques dit plages propres, saines.
A trois jours de la traversée, comment pressens-tu l’épreuve ?
Ca va. En fait, le stress que les autres ressentaient pour moi l’année dernière, c’est moi qui le ressens pour les autres cette année comme je ne suis pas seul. Il y a ma collègue, Aude Quintin, professeur d’EPS et spécialiste de natation qui fait la traversée en solitaire avec moi, et puis le relais dans lequel il y a des mineurs donc c’est une grosse responsabilité pour moi parce que c’est moi qui les entraîne dans cette aventure. Mais on a renforcé la sécurité. Au départ on voulait mettre un jet ski pour chaque nageur solitaire et un jet pour le relais, mais cela obligeait à laisser le nageur de relais seul au moment des rotations, donc on a ajouté un quatrième jet ski, ce qui fait deux jet skis pour le relais, afin qu’il ne soit jamais tout seul. Il y a des mineurs il faut faire attention».