 |
| ©
gaboneco - Bruno Ben Moubamba à Libreville le 18 août 2009 |
|
| |
|
Tous les membres du collectif des candidats auquel vous vous êtes allié pour demander le report de l'élection ont démarré leur campagne et commencent déjà à briguer les suffrages des électeurs. Selon vous, quel a été l'élément déclencheur pour qu'ils abandonnent les poursuites judiciaires ?
«Le collectif ne s'est pas retiré de la démarche. Le collectif a deposé un recours auprès du Conseil d'Etat et de la Cour Constitutionnelle. Madame Mbourantsouo est portée absente ou a disparu. C'est à elle, au Conseil d'Etat et à la Cour Constitutionnelle de régler ce problème de l'illégalité et de l'irregularité du scrutin. Madame Mborontso est-elle toujours au Gabon ? Il faudrait que les journalistes vérifient.(...)
En réalité la différence entre moi et les candidats est que moi, je ne fais pas confiance aux institutions telles que la Cour Constitutionnelle et le Conseil d'Etat, surtout par rapport à ce qui s'est passé en 1993, 1998 et 2005.
J'ai l'impression que le PDG est partout, le PDG est juge et parti. En fait le Gabon est un état PDG et cela, pour moi, c'est inacceptable. Le Gabon est à tous, le Gabon ne peut pas être la propriété d'un groupe, d'une mafia politiste. Les autres ont fait confiance, tout en ne se faisant pas d'illusions, ils ont quant même déposé leur recours. Mais moi comme je ne suis pas seulement un universitaire mais un homme d'action, j'ai decidé de passer solitairement à la grève de la faim, parce que la grève de la faim est une arme politique qu'ont utilisé certains, comme Gandhi pour obtenir l'indépendance de l'Inde.
La grève de la faim s'adresse normalement à des gens civilisés, mais je ne pense pas que les autorités de mon pays soient suffisament civilisées pour comprendre le sens d'une grève de la faim. En réalite je m'adresse aux Gabonais. (...) Au-dessus d'une autorité qui ne respecte pas les lois, il y a la souveraineté du peuple gabonais. Les Gabonais doivent cesser de se faire animaliser. 2000 francs CFA par-ci, un tee-shirt par là, une casquette par-là, enfin l'élection c'est pas une kermesse, on joue notre avenir là !
Est-ce que les gens peuvent être contents de l'état de l'éducation ? des routes ? des hôpitaux? des sacrifices humains ? des crimes rituels ? du désordre des moeurs ? du culte de l'argent pour lequel on peut faire n'importe quoi à n'importe qui au nom de quelques billets ? quel Gabonais digne de ce nom peut accepter sa ?
Moi j'ai envie de reveiller les Gabonais, j'ai envie de lancer une révolution éthique et morale dans mon pays. C'est le but de ma mission, je veux lancer une révolution éthique et morale dans mon pays. Parce que le PDG a amené l'immoralité et la corruption au Gabon. C'est ce que j'appelle la sorcellerie politique.
Tous vos adversaires sont déjà à pied d'oeuvre pour exposer et promouvoir leurs projets de sociétés. Votre demarche ne retarde-t-elle pas la promotion des solutions que vous proposez pour le Gabon ?
Je mets en doute le fait que des candidats fassent le tour du pays alors qu'il y a un coup d'Etat électoral, un coup de force et que les dés sont pipés. Pour moi ce carnaval dans tout le pays ne sert à rien, c'est une farce que d'aller de villages en villages, de villes en villes pour aller faire campagne alors qu'on sait que l'élection est jouée d'avance.
Moi je ne vais pas appeler au boycott comme Mba Abessolo à l'époque. Je ne vais pas non plus être content de la situation. J'ai une autre stratégie politique, c'est celle de la protestation. Je suis en campagne devant la maison du peuple gabonais. Tous les peuples du Gabon ont leur répresentant ici. Je m'adresse poliquement, spirituellement et moralement au peuple gabonais devant la maison d'un peuple.
Je suis en campagne et je visite l'ensemble du pays ici. Nous sommes un peuple de gens spirituels, les Gabonais comprendront ce que je veux dire, je n'ai pas besoin de faire le tour du pays en avion pour visiter en esprit le pays. Je visite en ce moment en esprit et en vérité l'ensemble du pays et je sais que les Gabonais m'entendent, les Gabonais me comprennent et je sais qu'il y a une compréhention mutuelle entre moi et le peuple gabonais.
Alors que la plupart des candidats ne pensent qu'à s'emparer du coffre-fort, de mener la grande vie et encore une fois de promouvoir le culte de l'argent facile et de l'utilisation de la rente arbitraire dans ce pays, promouvoir le désordre moral, faire du n'importe quoi avec notre pays en déshonorant nos ancêtres, moi je dis que le seul danger du Gabon c'est le PDG, ce parti doit être démantelé avec toutes ses tentacules. Tant qu'il y aura le PDG avec sa sorcellerie politique, aucune chance d'évolution du Gabon.
Est-ce que l'Union Soviétique pouvait évoluer avec le parti communiste ? Non. Est-ce que la Roumanie et les pays de l'Est ont vraiment progressé sous le parti communiste ? Non. Alors je dis sous le PDG, le Gabon n'évoluera jamais.
Si vous n'étiez pas reçu par le gouvernement, feriez vous quand même votre campagne ?
Il y en a qui aimeraient bien. mais je vais les decevoir. Je suis candidat à l'élection présidentielle et je compte bien continuer ma campagne à ma manière. Je sais qu'il n'y a pas une majorité de gabonais pour voter un militant du PDG à la présidence de la République. Si c'est le cas, ce sera de la fraude et du tripatouillage.
Ne vous faites aucune illusion, ce n'est pas parce que les meetings d'Ali Bongo ou d'untel sont remplis que ces gens vont voter Ali Bongo Ondimba, et Ali Bongo Ondimba le sait parfaitement, voilà pourquoi ils ont tenu mordicus à cette date du 30. Nous les soupçonnons d'avoir déjà signés de faux procès verbaux datés du 30, pour faire un coup d'Etat électoral, un coup de force pour imposer la poursuite du PDG à travers son candidat.
Pourquoi a-t-on laissé les gens en dehors des listes électorales, les gens qui voulaient s'inscrire ? Ce n'est pas un hasard ! Pourqoui on affiche les listes électorales d'une manière bizarre ? Pourquoi le collège électoral, le nombre d'électeurs, atteind les un million, plus d'un million d'inscrits ? Ce sont tous ces étrangers que l'on a inscrit ! Pourqoui des Gabonais ne sont pas sur les listes électorales, alors qu'il y a des étrangers qui sont sur des listes électorales, des Congolais, des Nigerians et on ne sait qui ?
Ce n'est pas sérieux, comprenez bien la gravité de mon acte. Moi je n'accepte pas qu'un Nigerian ou un Congolais vienne voter pour le président du Gabon. Nous avons des preuves, nous avons des passeports, mais quel Gabonais peut accepter de faire la kermesse électorale alors que des étrangers viennent voter dans notre pays pour choisir notre président. Ce n'est pas sérieux. Donc je fais la grève de la faim pour que l'on sache que dans ce pays, il y a des gens qui ne sont pas d'accord avec ce qui est en train de se passer. Je suis candidat, je resterais candidat, je ne me retirerais jamais et je ne m'alignerais jamais derrière quelqu'un d'autre.
Qu'attendez-vous du gouvernement ?
Il faut que le gouvernement revienne dans la légalité républicaine et la régularité administrative. Ils savent qu'ils sont en tort, mais ils sont tellement arrogants qu'ils ne vont pas reculer. Ils ne veulent pas reculer parcequ'ils sont en tort. Ils ne veulent pas le reconnaître.
Est-ce que je cherche à les rencontrer ? Pas du tout ! Je ne cherche pas à rencontrer le gouvernement, je souhaite que le gouvernement démissionne. Surtout que le gouvernement a amené le président de la République a posé des actes illégaux. Le président de la Republique a juré sur la Constitution de défendre la Constitution de notre République. Si le président de la République laisse démarrer un scrutin illégal, il faut se demander si réellement elle est encore présidente de la République. Est-ce que son serment sur la Constitution tient toujours ? Parcequ'elle a juré de défendre la Constitrution.
Est-ce que vous savez que dans le préambule de notre Constitution, on fait référence à la déclaration universelle des droits de l'Homme de 1948 ? en l'article 21 de cette déclaration, on parle très précisément du principe inaliénable de l'honnêteté du scrutin, de l'honnêteté des élections. Puisque notre préambule dans la Constitution adhère à la Déclaration universelle des Droits de l'Homme, si les élections ne sont pas honnêtes, le président a violé son serment constitutionnel.
C'est grave ce qui se passe. C'est peut-être parce qu'au Gabon, nous avons des tas de problèmes basiques de toutes formes, chacun pense à son bout de pain comme on dit, mais en réalité on est en train de détruire l'Etat dans ce pays. C'est le pouvoir, c'est les gouvernants qui sont en train de démanteler la notion même d'Etat moderne.
Omar Bongo, lui au moins, il fraudait mais il respectait les formes de la légalité. On ne l'a jamais pris en faute du point de vue de la légalité. Par contre, on savait qu'il y avait le bourrage des urnes, mais on n'avait pas forcément les preuves. Mais ce nouveau système PDG là, non seulement c'est irrégulier mais c'est illégal et en plus ils s'en fichent !
Vous vous rendez compte qu'un Premier ministre dit : «on vous a bien compris les candidats, mais la date du 30 août est non négociable !». Ces gens-là s'occupent plus du PDG que de l'État».