 |
| ©
D.R |
|
| |
|
Quel est l'impact de la crise financière internationale sur les activités financières de la CEMAC, et particulièrement de la BVMAC ?
«Nous observons que l'onde de choc de la crise financière exerce un impact collatéral dépressif sur l'évolution de nombreux secteurs économiques comme les mines, les hydrocarbures et la filière bois avec un effet ciseau évident sur les finances publiques, l'investissement privé, la croissance et l'emploi.
Cette crise financière est anxiogène dans la mesure où elle nourrit l'aversion des épargnants et chefs d'entreprises de la CEMAC vis-à-vis des marchés financiers dont ils maîtrisent mal les mécanismes.
Par ailleurs, suite à la révision à la baisse des prévisions de croissance en Afrique centrale qui passerait de 4,5% en 2008 à 2,8% en 2009, de nombreux opérateurs économiques ont anticipé une baisse d'activité et gelé certains projets d'investissements qui constituent autant d'opportunités avortées d'émettre un emprunt obligataire ou de procéder à une introduction en bourse par augmentation de capital par appel public à l'épargne via le marché financier de la CEMAC.
Dans ce contexte de méfiance à l'égard des marchés financiers, notre jeune bourse dont le démarrage des activités date du 13 août 2008 a du fil à retordre pour convaincre les émetteurs de la sous-région.
Les résolutions du dernier sommet du G20 peuvent-elles avoir un impact positif sur les économies africaines, si oui lequel ?
Les mesures prises par le G20 sont de nature à amortir partiellement l'effet domino induit par la crise financière internationale sur les économies africaines. Plus précisément, le doublement des capacités de financement concessionnel du FMI et la mobilisation accrue des ressources financières des Banques de développement, devraient permettre aux économies africaines de bénéficier de financements additionnels pour faire face au creusement des déficits budgétaires et pallier les déséquilibres des balances de paiement.
Il est évident que ces mesures ne résoudront pas tous les problèmes. D'où la nécessité pour les Etats africains d'user de l'ensemble des instruments de la politique économique, monétaire et sectorielle pour soutenir l'activité économique. ln fine, je déplore l'absence de solution globale afro-africaine, notamment la création d'un fonds transafricain de soutien à l'activité économique qui aurait pu recourir massivement à des emprunts obligataires sur les différents marchés financiers africains liquides.
En 2008, vous avez promis d'ouvrir des antennes nationales de la BVMAC. Où en êtes-vous avec ce projet ?
En effet, dans le cadre du plan de développement de nos activités en Afrique centrale intitulé «Ojectifs 2009/2013», conformément au mandat reçu des Etats membres de la zone CEMAC, nous avons, entres autres, prévu de renforcer l'ancrage régionale de la BVMAC par l'ouverture des ANB (Antennes Nationales de Bourse) dans chaque pays. Ces représentations qui permettront d'assurer la vulgarisation des activités boursières en zone CEMAC accueilleront une salle de marché connectée au site central dédié aux sociétés de bourse affiliées à la BVMAC.
Dans un premier temps, afin d'alléger les charges y relatives, nous avons pensé installer ces représentations dans les chambres de commerce comme en Afrique de l'Ouest. Très rapidement, nous avons abandonné cette perspective en raison de l'inadéquation des locaux proposés. Nous analysons d'autres options afin d'ouvrir ces ANB dans les meilleurs délais.
Quelles sont les perspectives de nouvelles cotations à la BVMAC ?
Au démarrage, le compartiment obligataire nous semble le plus porteur à court terme. Aussi, pour la première fois, nous venons de boucler avec succès l'emprunt obligataire «Prix lmport 7% 2009-2014». Cette première cotation intervient donc aujourd'hui dans nos locaux. Il s'agit de la première émission d'une société privée sur le marché financier régional. Nous espérons que cette opération aura un effet boule de neige sur l'ensemble du secteur privé.
Ensuite, la Société financière internationale (SFI), filiale de la Banque mondiale, a obtenu l'autorisation des Etats membres de la CEMAC pour le lancement d'un emprunt obligataire de plus de 10 milliards de francs CFA qui devraient intervenir d'ici le mois d'octobre 2009. Nous espérons également qu'avec la suppression programmée des avances statutaires de la Banque Centrale aux Etats de la zone CEMAC, ces derniers vont se tourner vers le marché financier pour lever massivement des capitaux.
A propos du compartiment Action, deux sociétés anonymes devraient inaugurer ce compartiment d'ici la fin de l'exercice 2009 et le premier trimestre 2010. Comme Wall Street ne s'est pas fait en un an, nous construisons notre Bourse régionale petit à petit, pas à pas, de manière sérieuse et rigoureuse. Dès aujourd’hui, la BVMAC est une bourse aux normes internationales qui utilise comme plateforme de cotation le système NSC V9 édité par NYSE-Euronext utilisé notamment par la Bourse de Casablanca et Tunis. Désormais, nous devons relever le défi du développement de la Bourse régionale car les ressources existent, il reste à convaincre les émetteurs fiables.
Votre consœur la DSX (Douala Stock Exchange) vient d'enregistrer une nouvelle entrée en Bourse qui a boosté sa capitalisation boursière à 92,8 milliards de francs. Qu'est-ce que cela vous inspire ?
Nous soutenons les efforts de la DSX (Douala Stock Exchange) pour donner un véritable élan à cette bourse nationale à potentiel. Cependant, sauf erreur de notre part, la nouvelle entrée en Bourse à la DSX n'a collecté que 5 milliards francs sur les 15 milliarâs escomptés. Cela m'inspire, bien sûr, que dans le cadre régional, une telle opération aurait été bouclée plus aisément avec la participation des autres pays de la CEMAC. Bien que la nature des titres soit différente, j'en veux pour preuve le succès régional de l'emprunt obligataire «Etat gabonais 5,5% net 2007-2013» d'un montant de 81,5 milliards de francs cotés à la BVMAC qui fut placé à 40% au Gabon, 24% au Congo, 18% en Guinée Equatoriale, 14%au Cameroun et le reliquat en RCA et au Tchad. Il est donc urgent d'unir nos forces pour une efficacité accrue.
Toutefois, il faut reconnaître que la courtoisie et l'amitié réunies les deux Institutions. Si vous visitez les sites internet des deux Bourses, vous constaterez que les conditions d'éligibilité des sociétés à la cote officielle sont quasiment les mêmes à la BVMAC et à la DSX. C'est la preuve que nous travaillons ensemble. Donc il n'y a pas de guerre des Bourses en Afrique centrale mais une coexistence paisible de deux projets qui ont vocation à se réunir en temps utile.
Quels sont enfin les rapports que vous entretenez avec la COSUMAF qui, conformément à la réglementation en vigueur, a donné son visa pour le placement de l'emprunt obligataire de la société «Prix Import» auprès des souscripteurs résidents dans la zone CEMAC ?
La COSUMAF (Commission de Surveillance du Marché Financier de l'Afrique Centrale), est une institution publique subventionnée par les Etats de la Cémac en vue d'assurer la régulation et la surveillance du marché financier régional. Dans cette opération, le visa de la COSUMAF porte essentiellement sur la qualité de l'information fournie et sa conformité à la législation et à la réglementation en vigueur. Or, la BVMAC est une société anonyme privée avec un Conseil d'administration détenu par les banques et compagnies d'assurance de l'Afrique centrale.
La BVMAC est chargé à titre exclusif, de la mission de service public relative à la gestion du système de cotation et du règlement de livraison des valeurs cotées sur le marché financier. La BVMAC est le produit de la volonté des chefs d'Etat de la zone Cémac, préoccupés par l'expansion économique et la modernisation du système financier de la sous-région. Le fonctionnement de la BVMAC en tant que société privée est réglementé par le droit OHADA et le corpus réglementaire de la CEMAC.
Quelles sont les actions que vous menez pour intéresser la population et les entreprises de la CEMAC à la culture boursière ?
Nous rencontrons les chefs d'entreprises à qui nous expliquons que le marché financier régional leur permet d'obtenir des financements à moindre coût (taux de sortie inférieur aux conditions bancaires classiques), de bénéficier des avantages fiscaux (assujettissement à un IS de 20% au lieu de 35%, IVRM sur les dividendes et les plus-values de 10% au lieu de 20%, etc.) et d'accroître la notoriété sociétale tout en bénéficiant d'une réputation accrue en matière de transparence des comptes et de bonne gouvernance.
ln fine, nous avons commencé à déployer notre plan marketing de communication visant à accroître la visibilité de la BVMAC et approfondir la culture boursière des acteurs économiques de l'Afrique Centrale».