Rupture de contrat avec la SEEG-Veolia : « L’état a une grosse part de responsabilité dans la crise de l’eau et de l’électricité », d’après Réné Mbélé

mardi 20 février 2018 Société & environnement


Les choses bougent à la Société d’énergie et d’eau du Gabon depuis que le gouvernement a rompu le contrat avec l’actionnaire majoritaire, la société française Veolia. Les membres du syndicat des personnels du secteur de l’eau et de l’électricité du Gabon, Sypeeg, réunis en assemblée générale hier lundi 19 février courant, exigent au gouvernement la clarté dans sa démarche. Dans le même registre, le Sypeeg attend que le gouvernement explique également aux Gabonais les raisons de la réquisition de l’entreprise alors que, selon le syndicat, les responsabilités de la crise du secteur énergétique au Gabon sont partagées. Le président du Sypeeg, René Mbélé est aussi soucieux quant à l’avenir du personnel de la SEEG, (Ndlr : plus 2000 employés) de la SEEG.

Gaboneco.com (Ge) : Pourquoi les agents de la SEEG ne sont pas à leurs postes ce lundi matin ?

René Mbélé (RE) : Les agents sont dehors parce que nous avons appris la semaine dernière par voie de presse que la SEEG était réquisitionnée. Au-delà du communiqué de presse nous avons tenu une assemblée générale pour mieux comprendre ce qui se passe et adopter la conduite à tenir.

Ge : Que ressort-il de l’Assemblée Générale ?
RE : Tout est confus. Il y a une confusion qui s’est installée au sein de notre entreprise. Nous sommes dans une entreprise où nous ne savons pas là où nous allons. Nous pensions que les 5 ans de prolongement entre l’état gabonais et l’actionnaire Veolia pouvaient emmener une cessation de contrat apaisée et qu’on pouvait observer l’évolution de ce processus. Mais brutalement l’entreprise été réquisitionnée avec un comité ad hoc de gestion. C’est comme si on avait décidé de mettre en liquidation la SEEG. On ne comprend vraiment rien. C’est pourquoi l’assemblée générale exige de l’état gabonais des précisions et éclairages sur ce qu’il veut faire de la SEEG.

Ge : Justement quelle analyse faites-vous de cette rupture de contrat ?
RE : Ce que nous ne comprenons pas c’est que les deux parties se sont données 5 ans pour pouvoir négocier. Il y a eu à un moment donné une suspension d’échanges, mais on a appris par ailleurs que Veolia a souhaité renoué langue avec l’état gabonais. Mais nous ne maitrisons rien jusque-là. La garantie de l’emploi, c’est autres chose. Mais cette transition est prévue dans le cadre de la convention signée entre les deux parties. Il était prévu que si l’état gabonais ne trouvait plus utile de continuer avec Veolia, il devait avoir une transition pour procéder aux appels d’offres et recherches d’investisseurs. Mais ce qui nous surprend c’est le fait de réquisitionner l’entreprise et de mettre en place en comité ad hoc de gestion. Comme si nous avions des problèmes de gestion.

La SEEG n’a pas de problème de gestion. Nous voulons savoir les missions de ce comité pour 12 mois. Est-ce que ils vont revaloriser l’entreprise ? Comment on va fonctionner ? Nous voulons savoir.

Ge : Vous dites que la SEEG n’a pas un problème de gestion, mais qu’est ce qui explique que la qualité de service proposée par la société laisse à désirer ?

RE : Mais la qualité du service ce sont les investissements. Dans le protocole d’accord entre la SEEG et l’état gabonais, C’est l’état gabonais qui doit faire l’investissement lourd. Puisque c’est un contrat de concession. L’autre doit gérer ce qu’on lui met à disposition. Il faut bien lire le contrat de concession pour bien repartir les torts. L’état gabonais est responsable. C’est lui qui fait des investissements lourds. Vous pensez que Veolia peut faire un investissement de plusieurs milliards sur 5 ans alors qu’il n’est pas sûr de rester ? Nous nous demandons quel est le point d’achoppement ? Le gouvernement doit répondre à notre question. Sur quoi les deux parties ne se sont pas entendues. Ce n’est pas un sujet tabou.

Ge : Entre l’état gabonais et la SEEG-Veolia qui n’a pas respecté ses engagements ?
RE : Les parts de responsabilité sont partagées. La SEEG a sa part dans la gestion du quotidien. La SEEG, c’est le maintien des ouvrages. Il faut répondre aux besoins des consommateurs. Pour résoudre le problème de l’eau à Libreville, ce n’est pas Veolia qui peut faire un investissement et l’amortir en 5 ans .C’est l’état gabonais qui fait des investissements dans le cadre du PPP (Ndlr : partenariat-privé-public).

Ge : Quelle est la part de responsabilité de Veolia dans cette affaire ?

RE : Mais je ne vois pas la part de responsabilité de Veolia. C’est lui l’actionnaire majoritaire c’est celui qui assure la bonne santé de la société. C’est lui qui doit réagir s’il y a des incidents forts. Aujourd’hui le problème c’est entre la SEEG et l’état gabonais.

Ge : Pourquoi dans votre communiqué vous estimez que cette situation va entrainer le désordre dans le secteur de l’eau et de l’électricité ?

RE : Mais nous croyons que ce comité ah doc vient pour réorganiser l’entreprise pour je ne sais quelle raison. Est-ce que c’est la prédisposition à la vente ou à la mise à location encore ? Il Faut qu’on nous dise toute la vérité. Nous craignons aussi pour les emplois de plus de 2000 personnes dans la société. Il y a forcément une restructuration des qu’il y a un repreneur qui fait l’état des lieux avec les plans sociaux. Je crois c’est la mission confiée à ceux-là. Evaluer la situation de la SEEG et faire des corrections.

Ils peuvent dire au-delà de 50 ans nous ne voulons pas de ces agents-là. Ils peuvent dire nous ne voulons que de 1500 agents. Ils vont donc trouver que l’effectif est pléthorique. Très souvent quand on a mis en vente on leur dira de ne pas de licencier dans un an. Au-delà d’une année le gouvernement ne peut plus empêcher la restructuration de l’entreprise. Ce sont des mécanismes connus.

Ge : Sur les réseaux sociaux, les gabonais disent que la SEEG a pris la direction d’Air Gabon, d’Africa N1, la Poste et bien d’autres entreprises. Nourrissez-vous la même crainte ?

RE : Absolument ! Puisque les choses se font dans la précipitation. Et pourtant les bonnes procédures existent. Puisque c’est désormais la réquisition, on réquisitionne.

Ge : Si vous n’êtes pas entendus que préconisez-vous ?
RE  : Nous allons faire tout pour être dans la légalité. Nous allons demander des gages pour éviter que les agents ne soient pas lésés.

Ge : Expliquez-nous pourquoi plusieurs quartiers à Libreville et à l’intérieur du pays sont sans eau depuis des années alors que le Gabon a un énorme potentiel hydraulique ?

RE : Je ne peux pas répondre à la place de l’état gabonais. Mais il y a beaucoup de paramètres. Il faut aller chercher cette eau avec du matériel et des investissements lourds. Il y a des nivellements et des questions de reliefs. La crise hydrique est réelle. Sans faire l’avocat de Veolia, Il y a un cahier de charge. Il était prévu un financement pour qu’on aille chercher de l’eau. Je crois que sans anticiper, c’est Olam qui a un projet à la dimension de Ntoum au niveau de Nkok. Pour mettre à l’aise tous les occupants de la zone de Nkok jusqu’au nord de Libreville. Le ministre de l’Eau et de l’Energie a clairement fait savoir qu’il y aura une SEEG de l’eau et l’énergie. Donc on est parti vers une scission.


Entretien réalisé par YAO

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