Rumba gabonaise/ « Ngozo Kiyombo » : Un tube intemporel !

jeudi 4 avril 2019 Culture & people


Cinquante ans plus tard, le tube « Ngozo Kiyombo » de Prince Martin Rompavet continue d’être apprécié par de nombreux mélomanes, et ce, de tous âges. Dans ce titre ayant traversé les frontières et les âges, l’artiste évoque le questionnement existentiel dont doit faire montre tout individu à un moment donné de sa vie. Par ailleurs, cette chanson constitue également un hymne à la perspicacité voire le cheminement vers la sagesse. Interview.

Gaboneco.com ( Ge) : Martin Rompavet, le titre « Ngozo Kiyombo » a eu cinquante ans. Que signifie « Ngozo Kiyombo » ?

Martin Rompavet ( M R)  : « Ngozo Kiyombo », c’est une perruche, (Ndlr : espèce de perroquet également retrouvée au Brésil et très connu sous le nom d’Aras). Normalement, c’est la perruche verte qu’on a même utilisé pour faire le logo de la compagnie nationale « Air Gabon ». Au départ, c’est une chanson que j’ai crée en 1969 donc, aujourd’hui, elle a cinquante ans. Il est de mon devoir de faire des cérémonies parce que c’est la chanson qui m’a fait connaître.

Ge :Quel est le message véhiculé dans « Ngozo Kiyombo » ? S’agit-il d’une complainte ?

M R : Une complainte non parce que c’est simplement le questionnement de l’être dans son existence. Je suis né pourquoi ? Qu’est ce que je fais là ? Voila un peu la trame de la chanson. L’auteur envoie un message à sa grand-mère qui est dans un village dans le Fernand Vaz, (Ndlr : dans la province de l’Ogooué Maritime), qu’on appelle « Abambi Djiano ». Le messager, c’est la perruche verte, Ngozo. Il lui dit : « Mais je ne comprends pas, je travaille, je n’ai pas d’argent et toutes les vicissitudes de l’existence je les affronte. Mais pourquoi » ? En fait, c’est le questionnement de l’individu dans la société. Quand on nait, on cherche toujours à savoir pourquoi on est né ?

Ge : Dans votre refrain, vous comparez le personnage à ses amis qui sont véhiculés, propriétaires de maison et pour lui toujours le statut quo. S’agit-il d’une histoire personnelle ?

M R : Non pas du tout ! Comme je le disais, c’est vraiment le questionnement de l’individu. Effectivement, la trame de la vie, il y’a ce qu’on appelle des destins, le karma. Toute action engendre une réaction. Donc quand on nait sur terre, c’est toujours pour payer quelque chose parce qu’on n’a pas fini d’apprendre. L’école de la vie c’est sur terre, on n’apprend pas ailleurs. On a l’illusion de dire que quand on meurt c’est fini, mais non ! Toute la vie, c’est recommencement perpétuel jusqu’à ce qu’on atteigne la sagesse nécessaire pour repartir, être parmi les sages qui sont dans le royaume. Mais tant qu’on est sur terre, il y’a des paramètres qui font en sorte que d’autres sont un peu plus avancés.

Ge : Au-delà du questionnement « Ngozo Kiyombo » ne constitue-t-il pas un hymne à la perspicacité ?

M R : Normalement dans la littérature orale gabonaise, le perroquet c’est un jumeau donc un être doté d’un certain nombre de pouvoirs psychiques. C’est pour cela que la plume de la queue du perroquet est utilisée dans un certain nombre d’initiations parce que c’est un oiseau mystique. En plus, il a la faculté d’être doté de la parole. Il peut imiter un humain en parlant. On peut dire que ça vous amène vers la sagesse parce que la perspicacité c’est une sorte de vision claire des situations.

Ge : Pourquoi le choix de la grand-mère comme interlocutrice ?

M R : En fait, la grand-mère c’est la mère de la mère, elle doit être au courant d’un certain nombre de situations qui parfois dépassent l’enfant. Il est dit que souvent l’enfant paye le karma de ses devanciers.

Ge : Cinquante ans plus tard, si vous aviez la possibilité de réécrire cette chanson, utiliseriez vous le même ton ?

M R : Avec le même ton, mais j’aurais ajouté autre chose. Dans la suite logique, j’ai fait une chanson qu’on appelle « Karma », c’est toujours un questionnement. Si on voyait l’être suprême, on lui poserait un certain nombre de questions. Pourquoi nous a-t-il envoyé sur terre ? Y’a qui sont biens et d’autres pas, pourquoi ?

Ge : « Ngozo Kiyombo », est-ce le titre qui vous a révélé au grand-public ?

M R : Absolument, « Ngozo » c’est vraiment la première ! Je commence à chanter en 1966 mais je crée « Ngozo » en 1969 et cette chanson fait de moi une star. A cette époque là, je ne passais pas inaperçu. La preuve même aujourd’hui, c’est vraiment le tube intemporel parce que « Ngozo » c’est quand même deux générations, c’est-à-dire la génération de mes parents et la mienne et au-delà de la mienne y’a les gosses qui continuent à apprécier. En fait c’est une œuvre d’inspiration.

Ge : Avez-vous prévu quelque chose pour les cinquante ans de « Ngozo » ?

M R : Absolument, je suis en train de voir avec mes amis, on va faire deux cérémonies : une à Port-Gentil et l’autre à Libreville.

Ge : Avez-vous bénéficié à l’époque de l’accompagnement de l’état ?

M R : En 1969, le seul studio qu’on avait au Gabon c’est la RTG. C’est aussi un hommage à la RTG qui a permis que tous ceux qui sont connus au Gabon sont passés par la RTG. Je voudrais par la même occasion rendre un vibrant hommage à feu Robert SONNET et Willy KOMBENY car ils ont enregistré la chanson. C’était la première fois qu’on faisait du recording, c’est-à-dire chanter deux voix sur une seule piste.


Propos recueillis par Yannick Franz IGOHO

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