Reportage : Boucheur de nids-de-poules, une activité mal perçue

jeudi 28 juillet 2016 Société & environnement


Dans sa mutation, Libreville, la capitale gabonaise, connait un boom immobilier et s’enrichit de nouvelles infrastructures. Derrière cette belle façade qui laisse à croire que « tout va bien », dans les quartiers sous-intégrés, les nids de poules se mêlent au quotidien des automobilistes. Pour pallier au phénomène, des jeunes dans ces quartiers se livrent à un véritable travail de fortune : le bouchage de nids-de-poule. Reportage.

Un tour de ville dans les six arrondissements qui composent la capitale gabonaise Libreville et un sentiment d’amertume qui se dégage devant l’état de dégradation des voiries urbaines. A certains endroits, à la place du bitume, les nids-de-poule s’érigent et se mêlent au quotidien des usagers de la route. Un calvaire qui peut être source de dysfonctionnement mécanique pour certains véhicules, mais les automobilistes s’y habituent puisque ce n’est pas d’aujourd’hui que date le phénomène.

Pour faire échapper à ces automobilistes ce calvaire, à la mesure de leurs moyens, des riverains des quartiers dits sous-intégrés apportent leur touche au travail souvent abrégé des entreprises de BTP ou à la négligence de l’Etat qui passe outre son rôle régalien de construire des routes viables. Caillasses, cailloux, restes de béton ayant souvent servi à la construction des bâtisses, terre, sont utilisés pour reboucher les trous jonchant les rues de la capitale. Une activité que bon nombre de jeunes exercent avec plaisir et qui tend à se généraliser dans les six arrondissements de Libreville.

Le cas d’Akébé ville, quartier à deux pas du célèbre carrefour Hassan du fait de l’abandon, illustre bien ce constat. Au petit matin , alors que les habitants vaquent à leurs occupations, les « boucheurs de nids-de-poule » s’activent à leur tâche : le bouchage des trous parsemés sur la voie. Une activité de fortune qui permet tout de même aux jeunes désœuvrés et sans emploi de soutirer quelques sous aux automobilistes. La pratique est très simple, les jeunes referment les trous existants sur la voie et en retour sollicitent des automobilistes, un geste symbolique en monnaie locale.

Arnaque ?

Devant l’évolution du phénomène, il faut considérer deux catégories de boucheurs de nids de poules : ceux qui font correctement leur travail et ceux qui font semblant. La première catégorie intervient lorsque la dégradation s’accentue. Son travail se manifeste généralement par le déversement dans les trous de la caillasse, des cailloux, restes de béton, terre et autre détritus. « Si vous m’apercevez sur la route en train de faire ce travail, c’est qu’il y a des déchets de construction qui ont été utilisés quelque part dans le quartier et que j’ai jugé utile de venir verser ici. Je travaille souvent seul. Nous sommes plusieurs », explique un boucheur de trous rencontré sur le terrain.

Le travail de l’autre catégorie est plutôt remis en question. A un moment, ces jeunes versent de la caillasse dans les trous puis à un autre, viennent l’enlever. Ce qui importe pour cette catégorie, ce n’est pas de faire convenablement son travail, mais de duper les automobilistes. « C’est de l’escroquerie et voici pourquoi bon nombre d’automobilistes ne nous font pas confiance », confie un autre jeune qui déplore ces agissements , ajoutant qu’ il arrive que même lorsqu’ ils ferment sérieusement les trous existants sur la chaussée, certains automobilistes ne daignent pas les remercier à cause des actions douteuses de certains.

Chômage

Beaucoup de jeunes pratiquent cette activité par manque d’emploi partiel ou définitif. Et ces jeunes qui gagnent des sous pour subsister au quotidien font partie des jeunes sans emploi que compte le pays et notamment, Libreville la capitale. « J’exerce cette activité parce que je n’ai pas d’emploi. Cela me permet de nourrir ma petite famille  », confie un boucheur de trous rencontré en plein exercice de son activité.

Si le phénomène prospère, c’est malheureusement parce que l’Etat, dans une certaine mesure, a failli à sa mission : celle de mettre à la disposition des usagers, des voiries urbaines modernes et viables. Et détrompez-vous, l’argent récolté dans le cadre de cette activité n’est pas souvent utilisé à bon escient. De nombreux jeunes arnaquant les automobilistes en profite souvent pour se rafraîchir le gosier.


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