Réconciliation nationale : L’impossible dialogue

dimanche 15 septembre 2019 Politique


Face à une situation sociopolitique toujours sous-tendue par la survivance de la crise présidentielle de 2016, le Congrès des agents publics, parapublics et privés de l’Etat (CAPPE) a décidé d’offrir sa mission de bons offices auprès des acteurs politiques et ceux des organisations de la société civile. Objectif : convaincre tout le monde de la nécessité de s’asseoir autour d’une même table pour un dialogue véritablement inclusif.

C’est le préalable à toute idée de réconciliation nationale. Parce qu’il ne peut y avoir de réconciliation nationale sans, en amont, une discussion véritable pour établir les causes de la crise, et éventuellement envisager le pardon. C’est à ce titre que la plupart des acteurs politiques, de l’opposition surtout, approuvent la démarche entreprise depuis quelques semaines par le CAPPE, celle de mener des consultations auprès de tous les leaders d’opinion. Car tout le monde ou presque est d’avis que trois ans après la dernière élection présidentielle qui a failli faire basculer le pays dans l’inconnue, il y a toujours des relents de rancœur étouffée mais qui semble toujours jouer en sourdine, rendant de plus en plus morose un climat social déjà exacerbé par les récentes mesures d’ajustements budgétaires, notamment avec leurs effets de chômage de masse et des revendications des syndicats.

La situation, naturellement génère des grèves multisectorielles, dont la plupart porte sur le paiement des salaires et des primes accumulés durant des mois. Ajouté à cela, la question de la vacance du pouvoir tant réclamée par l’opposition et certains mouvements de la société civile comme Dynamique unitaire et l’Appel à agir, qui restent très mobilisés sur le front judiciaire, pour exiger une expertise médicale sur l’état de santé réel du président Ali Bongo Ondimba, qui, selon eux, n’est plus capable de diriger le pays depuis son accident vasculaire cérébral survenu l’année dernière. Et alors qu’ils y croyaient fermement, après la fixation de la date de l’audience par la présidente de la Cour d’Appel de Libreville, Paulette Ayo Mba qui a été suspendue avant d’être finalement dessaisie du dossier, ils ont été ramenés à la réalité de la justice sous les tropiques.

Au-delà de l’émoi suscité par les rebondissements suscités par l’examen de ce dossier au cours duquel l’indépendance de la justice aura été remise en cause, c’est désormais une affaire classée. Or, tout cela conjugué ne contribue qu’à renforcer un climat de plus en plus chargé de suspicions, de méfiance et même d’animosité. Il faut donc que les gens se parlent.

Parties inconciliables

Un dialogue apparemment difficile. Puisque pendant que ces consultations se poursuivent à Libreville, il apparaît clairement deux positions inconciliables entre d’un côté, une opposition qui pose comme préalables embarrassants pour le pouvoir, la dissolution des institutions en place ; et de l’autre, une majorité indifférente à l’idée même d’un nouveau dialogue, après celui d’Angondje en 2017. Une majorité dont la seule réponse qui vaille est que la présidentielle de 2016 étant désormais bien loin derrière, il faut plutôt regarder vers l’avenir. Pourtant, avec cette fuite en avant continuelle, et les mêmes causes produisant les mêmes effets, il faut craindre le remake de 2016 en 2023.

D’autant que l’élection présidentielle est devenue, dans notre pays, une véritable source d’inquiétudes pour les populations, avec son cortège de violences. A l’évidence, si la nécessité d’un dialogue inclusif en vue de la réconciliation nationale, reste largement partagée par la majorité de leaders, du moins en apparence, sa faisabilité se heurte à une impossibilité de taille au regard du confort assumé des positions des uns et autres.


Leno KOLEBA

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