Presse sportive : Entre éthique et propagande ?

lundi 17 septembre 2018 Sport


Dire que le football est sacré est une lapalissade. Il implique à l’évidence l’honneur d’une nation entière. Le devoir d’informer se heurte par moments néanmoins à une mainmise assez rare de nos jours, de certains dirigeants sur le peuple. Autant les méthodes divergent, autant l’objectif à quelques rares exceptions tend à disparaitre.

C’est d’une cabine de presse médusée du complexe Mohamed V que le regretté Jean Gilbert Foutou relate en cette fin du mois d’aout, les péripéties de la qualification du Congo en finale des Premiers jeux de la Francophonie au Maroc. Dans ses envolées, l’envoyé spécial de Radio-Congo attribue en des termes ô combien élogieux, la victoire des Diables rouges au parti congolais du travail, l’ancien parti unique. Quoiqu’anodin à première vue, ce passage reflétait bel et bien en 1989, une réalité relayée par un grand nombre de journalistes sportifs au détriment de papiers objectifs.

Si tel est qu’en Egypte, le président Abdel Fattah Al-Sissi a du s’impliquer personnellement au sujet de la polémique née de la blessure du métronome de la sélection nationale ; avant la dernière coupe du monde de Russie. Un pays, à l’instar de la Syrie où le football est longtemps demeuré l’enjeu de la propagande, l’équipe fanion du front national de libération (FLN) est passée d’instrument de propagande à miroir de la guerre d’Algérie. Il est très tôt apparu des leaders qui ont vu le football comme un bel organe de clientélisme. Une victoire ou une défaite, valorise ou humilie le Chef de l’Etat. Si les anecdotes d’équipes sanctionnées après un revers sont légions, il n’est pas rare non plus de voir de nos jours les « héros » célébrés avec fastes, au mépris d’exigences protocolaires ou administratives.

Depuis plus d’une décennie, les choses ont changé mais jadis, au fait de sa splendeur l’histoire affirme que le maréchal Mobutu Sésé Séko du Zaïre (actuelle République démocratique du Congo) a été le premier président africain à se servir de son équipe nationale comme d’une vitrine politique. Tout avait commencé lors de la Coupe du monde organisée par l’ex République fédérale d’Allemagne en 1974. L’équipe congolaise, qui y participe pour la première fois se fait éliminer au premier tour. Elle encaisse quatorze buts en trois rencontres, sans en marquer le moindre but : (0-2) face à l’Ecosse, (0-9) face à l’ex Yougoslavie et (0-3) devant le Brésil. Pour « Tata Mokondzi » ses joueurs l’ont humilié. La punition ne se fait pas attendre. A leur retour à Kinshasa, les 22 Léopards sont jetés en prison sans autre forme de procès. A la même époque, en Guinée, le Hafia football club de Conakry est au firmament : trois titres de champions d’Afrique des clubs champions (1972, 1975 et 1977).

Voulant s’affirmer par le ballon rond, le président Sékou Touré veut faire de ladite formation un modèle de réussite. En 1976, après son deuxième titre remporté la saison précédente, le club se retrouve en finale face aux Algériens du Mouloudia. A Conakry, Sékou Touré qui attend le triplé assiste à la défaite de ses protégés malgré les prouesses de Cherif Souleyman, Morice Sylla et Petit Sorry. Sitôt de retour au bercail, les footballeurs étaient conduits au tristement célèbre camp Boiro. Ils y subissent un interrogatoire musclé à l’issue duquel certains éléments sont priés d’arrêter leur carrière. Deux ans plus tard, c’est le canon de Yaoundé qui pousse le Hafia dans le malheur en le battant. Le président Sékou Touré demande par décret à sept joueurs de raccrocher les crampons car pour lui « …Petit Sorry n’a pas surveillé le flanc gauche et c’est par la qu’est venue la trahison… ».

En Côte d’Ivoire le président Robert Guei s’en prend aux Éléphants après leur élimination au premier tour à la CAN 2000. Le numéro un ivoirien déclare qu’ils sont la honte de la nation. « Ce que vous avez fait est indigne d’un pays comme le notre. Nous avons payé vos primes avant la Coupe du monde et vous n’avez montré aucune détermination » affirme-t-il avant de les faire interner au camp militaire de Zambakro. Toujours pour la CAN 2000, les Congolais reçoivent avant leur départ pour le Nigeria, la visite des autorités. Celles-ci mettent en exergue la menace d’une radiation à vie de certains d’entre eux ; en cas d’échec. Ce d’autant plus qu’en brandissant à Yaoundé le trophée de la huitième coupe d’Afrique des nations de football, Jacques Yvon Ndolou n’aurait jamais imaginé être élevé un jour au grade d’officier supérieur ; encore moins siéger dans un gouvernement.

A contrario en 2002, le président Abdoulaye Wade du Sénégal avait vivement félicité les 22 Lions de la Téranga, pourtant finaliste malheureux de la CAN. Nul doute qu’avec ce geste, les autres chefs d’Etats du continent avaient-ils compris que toutes les sélections nationales ne peuvent pas, en dépit de méthodes peu orthodoxes, gagner aussi facilement la coupe d’Afrique des nations de football. Pourtant, nous l’écrivions récemment en citant Paul Watzlawick dans « How Real is Real ? » que l’illusion la plus dangereuse qui soit est à croire qu’il n’existe qu’une réalité. Ce qui est un fait pour quelqu’un, peut être au contraire considéré comme fiction pour son voisin. La tache du journaliste sportif est de rapporter aussi fidèlement que possible, les contours d’une rencontre ou d’une course loin de tout pesanteur.

Toutefois, le journalisme comme la politique, dit-on souvent, est l’art du possible. L’idéalisme intransigeant finira par se heurter au solide mur de la vie ou au gré des intérêts propagandistes. Les chroniqueurs sportifs méritent pour ce faire de la considération. D’ailleurs l’une des choses les plus difficiles que doivent apprendre les jeunes journalistes, c’est que dans certaines mesures, ils doivent énoncer faits et idées en respectant, par moments, les règles du pouvoir. Le récit doit cependant être clair ; le vocabulaire précis, la grammaire correcte et le plan de l’article ou de l’analyse objectif, après un match.


PB

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