Présidentielle 2016 : Stop à la presse aux ordres !

vendredi 5 février 2016 Politique


Alors que la presse est définie, à tort ou à raison, comme étant le quatrième pouvoir, et les journalistes comme les hussards de la démocratie, de plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer le rôle incendiaire de certains médias dans les crises qui secouent certains Etats. Crises résultant, essentiellement des processus « électoraux mal élaborés ». C’est d’ailleurs ce qui justifie la conférence de l’UNITAR, qui s’est tenue les 25 et 26 janvier dernier dans la capitale gabonaise.

Il n’y a pas que la radio mille collines au Rwanda, qui appelait ouvertement les Hutus à exterminer leurs compatriotes Tutsis, avec l’effroyable génocide de 1994 qui s’en est suivi. Un massacre à grande échelle dont le souvenir est encore vivace dans la mémoire collective rwandaise. Il y a aussi « des journaux milles collines, des télévisions milles collines, des articles milles collines », a déploré Aboulaye Bathily, Représentant des Nations unies pour l’Afrique centrale qui n’a pas manqué de féliciter l’institut des nations unies pour la recherche et la formation (UNITAR), pour l’organisation de cette conférence.

Il en est ressorti que la plupart des conflits du continent africain sont imputables aux processus électoraux, souvent très problématiques. Et le choix du Gabon comme cadre de ces échanges n’est pas anodin, dans la mesure où le pays s’apprête à organiser, lui aussi une élection présidentielle, prévue pour se tenir en août prochain.D’où la sensibilisation des médias dans le traitement de l’information en période électorale, notamment sur les questions de paix et de sécurité. Car, toujours selon le représentant de l’ONU, les journalistes en tant qu’historiens du présent ont une double responsabilité dans l’exercice de leur profession.

« Responsabilité professionnelle d’appliquer de manière rigoureuse les règles d’éthique et de déontologie. Ce qui signifie une formation adéquate. « Responsabilité sociale, c’est-à-dire responsabilité citoyenne dans les crises qui secouent nos sociétés aujourd’hui ».

Une bombe entre les mains des journalistes ?

« Une presse roturière. Voilà pourquoi je n’ose même pas la lire ». C’est en ces termes que s’exprimait un écrivain au sujet de la presse gabonaise, notamment lors des débats organisés par le quotidien français Libération, les 9 et 10 octobre dernier, au stade d’Angondjé. Non sans ajouter que les entreprises de presse au Gabon ne sont autre chose que des officines d’hommes politiques et que la pratique journalistique dans ce cas ne s’exerce que dans le mépris ou l’ignorance criarde des normes standards du métier.

Des officines politiques, mais aussi de vrais pyromanes dont le rôle consiste à jeter de l’huile sur le feu, tout en choisissant d’amplifier la rumeur, le mensonge, avec une plume plutôt haineuse que libre. Toute chose contraire à l’éthique du métier qui exige « la rigueur cartésienne dans l’établissement des faits, et une neutralité absolue dans leur traitement », comme le dit si bien Hervé Bourges dans son livre ‘’De mémoire d’éléphant’’. Une rigueur qui devrait habiter tous les « journalistes » égarés ou autoproclamés dans le traitement de l’information électorale, surtout dans la perspective de l’échéance qui pointe à pas de géant. Et ce, dans la mesure où l’élection présidentielle au Gabon rime toujours avec repli identitaire et autres clivages sociaux et donc suscite les passions les plus déréglées des uns et des autres.

Les journalistes en tant que chiens de garde des institutions ne doivent pas contribuer à l’exacerbation de toutes ces tendances ethniques, bien que latentes. Sous d’autres cieux, les conséquences de tels agissements ont été sans précédent. Pour paraphraser le célèbre dirigeant indien, Gandhi, une plume sans limite est plus destructrice qu’une arme de destruction massive. Et comme le dit Hervé Bourges, « le journalisme est un creuset où se forgent des hommes de liberté et de responsabilité ».


CNN

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