Présidentielle 2016, Ali Bongo Ondimba face à Jean Ping : Superstition en pleine campagne !

mercredi 10 août 2016 Politique


La bataille entre Jean Ping et Ali Bongo Ondimba est loin d’avoir livré toutes ses facettes. Après les accusations réciproques, les montages grossiers, les insultes et autres procès en justice, ce sont désormais les cérémonies rituelles qui s’invitent dans les affrontements entre les deux hommes. Avec le Ndjobi pour Ali et la communauté Mpongwè pour Ping, c’est une guerre des rites qui, au-delà de l’absurdité et la mesquinerie politiques, dénature le sens même de la démocratie au sens où l’entendait le politique américain Abraham Lincoln et menace ainsi le « vivre-ensemble » qui constitue une véritable tradition chez les Gabonais.

Intronisation contre intronisation, rite contre rite, etc. Bref, c’est à une véritable bataille des cérémonies rituelles qu’on assiste désormais entre l’ancien président de la Commission de l’Union africaine, opposant devenu, Jean Ping, et l’actuel président de la République, Ali Bongo Ondimba. Deux beaux-frères qui ont décidé de se livrer la bataille par rites interposés. Avec pour Ali, le Ndjobi des Téké, groupe ethnique auquel il appartient par sa filiation et le recours à la communauté Mpongwè pour Ping, tous deux engagés dans une bataille initiatique épique, à moins d’un mois seulement du scrutin présidentiel du 27 août prochain.

Tout a commencé le 23 juillet dernier avec l’intronisation de Jean Ping par la chefferie traditionnelle Mpongwè, cérémonie au cours de laquelle le chef coutumier de la communauté Ernest Enombo lui a remis le traditionnel bâton de commandement. Une intronisation qui a d’ailleurs causé des divisions au sein de ladite communauté, d’autres membres du groupe et non des moindres, soutenant la candidature d’Ali Bongo Ondimba et ne reconnaissant pas la légitimité de cette intronisation de Ping par les siens.

Ils l’ont d’ailleurs fait savoir dans un communiqué de presse lu il y’a quelques jours sur les antennes de Gabon Télévision, la chaîne nationale. A la tête de la branche Mpongwè pro- Ali se trouve Etienne Massard Cabinda, l’actuel Secrétaire général de la présidence de la République. C’est donc d’une communauté déchirée par les envies présidentielles que les Mpongwè héritent désormais. Dans le camp de la majorité soutenant le président gabonais, on n’ y est pas allé par quatre chemins, il fallait ipso- facto riposter, d’où la réponse du berger à la bergère qui ne s’est pas faite attendre.

Quid de la riposte d’Ali ?

En campagne électorale annoncée en grande pompe fin juillet dernier dans la province du Haut-Ogooué, sous le paravent de la tournée républicaine, Ali Bongo Ondimba n’a pas hésité à demander, lui aussi, à être intronisé par les chefs Ndjobi, rite dont son oncle Andjoua est l’un des dépositaires. Ce qui ne l’a pas empêché de s’exhiber ostentatoirement devant l’objectif des caméras comme l’aurait fait tout bon profane.

Au-delà de la parade spectaculaire des deux beaux-frères qui soudainement prennent d’assaut les cérémonies rituelles et autres intronisations secrètes sans se rencontrer frontalement bienheureusement, il faut voir la mesquinerie du personnel politique qui croit encore à l’intervention du rituel dans le choix des électeurs. Et c’est en cela que le terme « élection » dans notre pays ne manque pas d’inquiéter les populations redoutant des sacrifices humains ou crimes dits de sang. Qu’il s’agisse des locales, des législatives, de sénatoriales ou encore de la présidentielle, le déroulement des élections sous nos cieux ne cesse plus d’inquiéter certains citoyens apeurés par les éventuels sacrifices, comme si la démocratie devait s’accommoder des oripeaux des rites initiatiques et autres orgies pernicieuses dans la conquête du pouvoir politique.

La rivalité initiatique Ping-Ali qui dénote un archaïsme politique, se présente, au- delà, comme une manie des politiques qui manipulent volontiers la fibre ethnique et communautariste pour la conquête du pouvoir. Et le souvenir des clivages de 2009 trotte encore dans la tête de plus d’un, comme si l’élection présidentielle était devenue le moment indiqué pour parler de divisions ethniques dans notre pays.


Charles Nestor NKANY

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