Portrait posthume : Comme un Adieu à JABO !

mercredi 28 mars 2018 Politique


« Jules Aristide Bourdes Ogouliguendé n’est plus ! ». La nouvelle aussi triste qu’étonnante tombe alors que les Gabonais se souviennent encore qu’avec d’autres « sages », nom dont se sont affublés quelques anciens compagnons d’Omar Bongo Ondimba venus à la Chambre de Commerce de Libreville, appeler à la réconciliation nationale, des élections législatives se profilant à l’horizon et redoutant l’accueil que leur réserveraient de nombreux compatriotes. C’était pour ainsi dire comme un adieu, « comme un adieu ! » parce que rien ne le prédisposait à la mort à l’entendre parler sous un ton toujours rassurant devant un parterre de personnes venues suivre le message tant attendu. « Dieu a donné, Dieu a repris » dirait « fatalement » l’homme d’église, il reste que JABO, comme on appelait affectueusement l’illustre disparu, n’aura pas été essentiellement compris quand bien même, il incarnait, nous prenons ce jugement avec beaucoup de recul, « l’honnête homme ».

Premier magistrat gabonais qui a voué une bonne partie de sa vie à l’éducation des jeunes et de ses semblables en un mot, juste de retour au Gabon après de brillantes études de droit dans l’Hexagone, Jules Aristide Bourdes Ogoulinguendé qui vient de nous quitter a juré d’être tout au long de sa vie fidèle à ses principes. Disant le droit partout où il se trouvait, au tribunal, à l’université nationale du Gabon, UNG, devenue Université Omar Bongo, UOB, dans un cabinet ministériel, il a été pour l’ancien président de la République gabonaise un compagnon de poids et de poigne eu égard à ses prises de position souvent tranchées qui allaient fort heureusement pour la nation dans le bon sens, au perchoir à l’Assemblée nationale des années 90.

Lorsque le pays renouait avec la démocratie et le multipartisme, perchoir qu’il avait boudé, démissionnant, cela ne s’était jamais vu, pour garder sa liberté de ton et la justesse de ses opinions face à ce qu’il assimilait ni plus ni moins à un dictat, ou encore avec ses camarades du parti qu’il avait crée suite à son retrait du parti démocratique gabonais, PDG, dans lequel il n’a pas laissé que des amis. Son expression sans langue de bois gênant certains et son désir ardent de rétablir l’ordre et l’équité quand ces deux valeurs étaient injustement menacées lui valant des critiques acerbes. Et pourtant se rend-on compte, c’était, comme Heidegger le définissait, « un Etre des lointains », en ce sens qu’il scrutait l’horizon et se posait tout le temps la question de savoir de quoi allait être fait demain.

C’est cette attitude qui a guidé sa démarche parfois comprise, parfois incomprise, mais pourtant salutaire lorsque ministre de la Fonction Publique, il engagea une traque contre les agents paresseux et fantômes, alors qu’à l’Enseignement Supérieur, il s’évertuait à faire comprendre que la première richesse d’un pays étant ses enfants, il fallait que ceux du Gabon fussent bien formés, qu’il n’y ait pas de Gabonais au rabais, imaginait-il, nous demandons-nous, que mondialisation et globalisation étaient déjà à nos portes ?

JABO ad-patres, héritage gâché ?

En clair, il prônait l’excellence quand bien même il savait qu’il fallait faire dans un pays en développement de la place à tous, chacun dans son petit carré. Ce qui explique qu’il ne négligeait pas les petites intelligences ou les intelligences moyennes, car un pays, c’est un tout ou, si vous voulez, la somme des énergies de ses fils. Par excellence, il entendait à la manière de Martin Luther King dire à ses compatriotes que si tu ne peux être sentier, sois coteau. Maintenant que Jules Aristide Bourdes Ogoulinguendé n’est plus de ce monde, la question que nous nous posons est celle de savoir qu’allons-nous faire de son héritage ou ledit héritage figure-t-il sur la tablette du patrimoine politique, mais aussi culturel du Gabon ?

Politique, car tout le monde sait que JABO est demeuré un acteur de premier plan aussi bien pendant la période monopartite que multipartite, culturel parce qu’il était de ceux qui étaient très attachés aux us et coutumes de leur terroir par le truchement du rite initiatique Bwiti par exemple, d’ailleurs n’avait-il pas dressé un temple dans sa concession dans le quartier Alibandeng à Libreville, temple où il organisait des soirées traditionnelles au cours desquelles il devisait avec l’au-delà pour son bien personnel certes, mais aussi pour celui de son entourage, de ses compatriotes et de son pays ? Qu’allons-nous garder pour le perpétuer de cet intellectuel bon poil dont les pays en développement ont tant besoin pour leur avancée vers les sommets difficiles à atteindre surtout en ces périodes de concurrence exacerbée, périodes marquées par ce que l’académicien Léopold Sédar Senghor qualifiait de « rendez-vous du donner et du recevoir »  ?


Dounguenzolou

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