Portrait post-mortem : Que retenir d’Etienne Moussirou ?

mercredi 16 mai 2018 Politique


A une époque où flirter avec l’Est, communiste et socialiste, était tabou, il fallait être assez, sinon très courageux, d’y aller entreprendre des études, surtout lorsque votre pays était sous la coupole de ce que l’on qualifie de démocratie libérale, c’est-à-dire les États occidentaux. Et pourtant c’est bien le chemin suivi par Etienne Moussirou, ce natif de Bilanga dans la province de la Nyanga, dans le sud du Gabon, qu’il n’a cessé de vanter jusqu’à son dernier souffle qui revint au pays avec en poche un diplôme d’ingénieur économique. Sitôt arrivé au bercail, il sera distingué parmi tant d’entre jeunes, l’expérience reçue contrastant positivement avec celle de ces derniers, au point qu’il fut tout de suite sollicité par feu Omar Bongo Ondimba qui ne s’encombrera pas de l’avoir comme proche, voire très proche collaborateur. Il n’eut pas tort !

Son expérience professionnelle, Etienne Moussirou va l’acquérir auprès d’Omar Bongo Ondimba dans le cabinet duquel il sera amené à travailler, quel honneur ! Avant de par la suite occuper de très hautes fonctions ministérielles dont celle de ministre du commerce qui cadrait bien avec la formation reçue dans les pays de l’Est. Et c’est d’ailleurs à ce poste qu’il va le plus se distinguer, car son génie créatif fera qu’il dotera son pays d’infrastructures commerciales dignes de ce nom : on lui devra entre autres réalisations, le centre commercial « Rénovation » en plein cœur de la capitale Libreville sur le front de mer, gigantesque œuvre d’art coréenne dotée, c’était un évènement, d’un escalier roulant, le magasin de vente automobile « Pony », pour la première fois de son histoire, le Gabonais pouvait acquérir un véhicule solide conforme à son environnement contrairement aux grosses cylindrées trop encombrantes pour nos routes.

Ce n’est pas tout, sans être exhaustif, nous devons à ce grand commis de l’État l’hypermarché « Mbolo », qu’on s’en souvienne ! Autant de réalisations qui prouvèrent à suffisance que contrairement à d’autres collaborateurs du chef de l’État, même les plus zélés, Etienne Moussirou se nourrissait de la sève de Karl Marx qui privilégiait la Praxis. Sa modestie n’avait d’égal que l’éducation dont il se réclamait. Travailleur infatigable, il arrivait toujours tôt à son cabinet, insufflant le goût du travail qui le caractérisait à ses collaborateurs à qui il prodiguait chaque fois qu’il en avait l’occasion de sages conseils, conseils qui ont bouleversé positivement, avancent certains, le cours de leur vie. Homme de cœur, il recevait tout le monde avec la même courtoisie, écoutait beaucoup et proposait lorsque cela s’imposait. Sa voix enrouée cachait élégamment un savoir encyclopédique qu’il distillait à certaines occasions.

Les dossiers d’Etienne

Quand arrivèrent « les dossiers de la RTG », émission de la Radio Télévision Gabonaise conçue par Simon Augé avec l’approbation d’Omar Bongo Ondimba, dossiers au cours desquels les membres du gouvernement, le Premier-ministre en tête, étaient invités défendre leur gouvernance, l’arrivée sur le plateau de ce tribun hors-pair était très attendu non seulement parce qu’il savait de quoi il parlait, mais aussi parce qu’il suscitait de l’espoir, espoir d’être géré par des commis de l’État ne pratiquant pas le pilotage à vue. Il affichait en effet rassurant et ses œuvres en disaient d’ailleurs long. Le maniement qu’il avait de la langue de Molière épatait plus d’un au point qu’une semaine encore après son passage, de nombreux jeunes lycéens et étudiants en étaient à commenter celui-ci. Et même que certains demandaient à le rencontrer en privé pour échanger avec lui sur des questions de sa compétence, mais aussi le voir de très près.

Combien étaient-ils à cette époque, les ministres, à ne pas marquer leur indifférence vis-à-vis du commun des mortels ? Sa simplicité, Etienne Moussirou l’a trainé jusqu’au soir de sa vie quand nous l’apercevions toujours accompagné dans les rues de la capitale qu’il arpentait à pied comme pour rappeler à qui le voulait qu’il était humain et que tout ce qui est humain ne l’était pas étranger. Auprès de compatriotes, il adorait partager leur temps, devisant sur tout et rien, évoquant ses souvenirs avec Omar Bongo Ondimba et ceux plus lointains de son village natal, en passant par son expérience personnelle. Il laissait entrevoir un esprit dénué de toute flagornerie, il s’abstenait même quand il le pouvait de juger négativement son semblable, lui trouvant plutôt des circonstances atténuantes et lui décernant non sans humilité la mention « peut mieux faire ». C’était, disait-il, sa seule manière de faire comprendre aux hommes qu’ils sont perfectibles et que s’il leur arrivait de se tromper, l’essentiel était de ne pas se tromper toujours. Après tout, aimait-il ressasser, les latins ne disent- ils pas « errare humanum est… ».


Douguenzolou

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