Politique étrangère : Union Africaine, ce machin !

dimanche 19 novembre 2017 Politique


Comme pour paraphraser le général de Gaulle lorsqu’il traitait l’Organisation des Nations-Unies de ’’machin’’, de nombreux Africains ne croient vraiment pas à l’institution qu’est l’Union africaine qui, selon eux, est incapable de remplir ses missions et ne s’en donne d’ailleurs pas visiblement les moyens, optant pour des déclarations tapageuses qui ne font jamais avancer les dossiers. Dernier évènement en date, la crise au Zimbabwe, marquée par la destitution du président Robert Gabriel Mugabe par des militaires qui jugent inadmissible que l’épouse de ce dernier soit pressentie au poste de chef d’État en cas de vacance du pouvoir ou de départ tout simplement de son époux. Réaction du président en exercice de l’organisation et du président de la commission de l’Union africaine, en substance, « Respectez l’ordre constitutionnel ». Qu’est-ce à dire ?

Sans nous immiscer dans des débats qui ne nous concernent pas au premier chef, mais sont avant tout du ressort des juristes et autres constitutionnalistes, nous osons avancer que lorsque l’on évoque la Constitution, l’ordre constitutionnel comme c’est le cas ici, c’est que l’on fait référence aux textes régissant le fonctionnement d’une République. Lesdits textes prévoient des comportements qu’il ne faut pas outrepasser, même si l’on est détenteur d’une parcelle de responsabilité, surtout lorsque celle-ci vous est conférée par le peuple. Sans quoi, l’on verse dans l’arbitraire puisqu’en la matière, il faut consulter ledit peuple, s’il vous vient à l’esprit de vouloir changer certaines dispositions, c’est cela qu’on désigne par le terme « référendum ».

Or, au Zimbabwe, les populations qui en ont déjà marre de subir les frasques de Robert Gabriel Mugabe se lèvent au petit-matin avec une nouvelle affolante à la limite : le chef de l’État est placé en résidence surveillée par les militaires qui ont pris possession de toutes les artères de la capitale Harare. Tout de suite, les spéculations vont bon train entre celles qui trouvent l’acte de la grande muette normal et légitime et celle qui, par contre, considère cela comme une anomalie. Et pourtant, tous vivent bien la même réalité : le président a fait destituer par son épouse son vice-président, de surcroît un compagnon de la guerre de libération qui a pris ses quartiers en Afrique du Sud et son épouse serait en train de préparer en sa faveur la succession vu que le pouvoir ne peut durer une éternité.

Pourquoi ne pas, au niveau de l’interprétation, donner l’impression que l’on est sur la même longueur d’ondes, étouffant ainsi son penchant ou son allégeance pour faire place à la raison, celle qui commande que la loi fondamentale soit mise sur la table et qu’elle serve de boussole lorsque se présentent des situations qui peuvent prêter à confusion ou même provoquer des soulèvements ?

Est- ce là respecter l’ordre constitutionnel ?

L’exemple venant d’en-haut comme l’on a coutume de dire, c’est au garant de la Constitution d’être le premier à ne pas la fouler au pied pour ne pas que le citoyen lambda ne lui emboite le pas. Il serait difficile aux soutiens de Robert Gabriel Mugabe de prouver et démontrer que sa conduite du pays est conforme aux canaux internationaux, puisque tout le monde observe de près ou de loin que ce dernier a du mal à se départir de ses vieilles visions de lutteur et de son comportement de dictateur. Réduisant les populations au statut de sujets et manipulant à sa guise la loi fondamentale désormais taillée à sa mesure.

Des cas de chefs d’État africains dont les épouses ont influencé le fonctionnement des institutions républicaines sont, allions-nous dire, légion. Nous nous contenterons de n’en citer que deux : Simone Gbagbo en Côte-d’Ivoire et Mariam Traoré au Mali. Les conséquences, on les connaît tous !

Du temps du magistère de leur époux, aucune voix, officielle du moins, ne se levait pour avertir que cela pouvait déboucher sur une catastrophe, mais lorsque le peuple qui sent ses droits violés prend la rue ou l’armée veut rétablir l’équilibre rompu selon elle, ceux qui jusqu’ici étaient tapis dans l’ombre sortent de leur silence coupable pour appeler au respect des institutions. Lesquelles ? Puisque les agissements des uns et des autres donnent l’impression que l’on est dans un État de non-droit dans lequel les lois ne valent que pour certains et pas pour d’autres, dire que l’on est tous, en dépit de nos fonctions, citoyens au même titre que les autres, la preuve est apportée par le vote au suffrage universel consacrant le « one man, one vote ».

De nombreux Africains attendent des institutions continentales à l’instar de l’Union africaine qu’elles prennent les problèmes en amont et soient des instruments de pression et non de simples caisses de résonnance des chefs d’État qui les manipulent à souhait. Comment y arriver, là est toute la question !


Dounguenzolou

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