Patrimoine culturel : Etre ou paraitre ?

lundi 3 juillet 2017 Culture & people


Même les sociétés africaines, visiblement traditionnalistes, ont aujourd’hui plus qu’hier tendance à se détacher des valeurs qui les fondaient au profit d’autres, notamment celles venues d’Occident. Certes, par ces temps de mondialisation accentués par des phénomènes tels la libre circulation des biens et des personnes, le flux de produits culturels d’un pays vers un autre, d’un continent en direction d’un autre, est très important, mais cela suffit-il à gommer ce qui nous distingue d’autrui et nous confère une identité au point d’être couvert du statut d’hybride ?

S’il est des mots couramment utilisés par les temps qui courent, le mimétisme devrait se disputer la place avec bien d’autres. En effet, au contact d’autres civilisations, de nombreux Africains ont comme perdu leurs repères et ne représentent plus pour la plupart qu’une pâle copie de la société occidentale qui, elle pourtant, continue d’étaler aux yeux du monde ses valeurs. Qu’elle a pris soin de consigner, y compris dans des musées. L’Afrique est devenue un vulgaire consommateur et le comble est qu’elle se vante de l’être plutôt que de s’en inquiéter, oubliant qu’elle court à travers cela à sa propre perte.

Des secteurs vitaux entiers ne sont pas pris en compte sous nos cieux, ce sont par exemple la santé, l’éducation, l’habitat, le social, alors qu’il se pavane chaque jour dans nos rues des gens à bord de grosses cylindrées, cigare à la bouche, vitres fumées, costume trois pièces, prêts à donner des leçons au premier venu comme si cette posture suffisait pour se targuer d’être un homme cultivé. A l’époque de l’homme de lettres français Voltaire, il enseignait à ses contemporains qu’il leur fallait cultiver leur jardin. La même recommandation devrait être faite aux hommes d’aujourd’hui, nous allions dire aux Africains d’aujourd’hui qui, comme le relevait le musicologue gabonais Pierre-Claver Akendengué dans l’une de ses célèbres chansons, « dansent sur de gisements d’or depuis des générations ». Il ne faut pas voir ces gisements d’or comme simplement le métal précieux, mais être capable de transposer la phrase en métaphore qui désignerait par l’or tout ce qui sommeille en nous en termes de valeurs. C’est dire qu’il faut adjoindre à la matière, l’Etre qui représente ou devrait représenter l’alpha et l’oméga, en ce sens que tout est fait par lui pour lui.

Qui de l’homme ou de l’objet est au-dessus de l’autre ?

Il n’est donc pas question pour l’Homme de se représenter une matière ou un objet de civilisation au dessus de lui. Humblement, chacun d’entre nous pour ne pas dire chaque société doit travailler à sa valorisation non pas seulement ou uniquement en empruntant les canaux de la civilisation, c’est-à-dire ceux qui présentent les inventions humaines comme primordiales pour le bien-être ou l’évolution de tout un chacun, mais plutôt comme des accessoires qu’invente et qu’utilise l’Homme pour la régulation de son existence. N’entend-on pas souvent dire que l’argent ne fait pas le bonheur, même s’il y contribue ? On aura beau construire les plus beaux immeubles de la terre, acheter les véhicules les plus chics, brasser autant d’argent que l’on voudra etc., cela ne suffira pas pour transformer nôtre être et lui donner une autre dimension. Dire que ce qui fait l’homme, c’est avant tout son savoir et son expérience mis au service de la communauté par le phénomène de la transmission des connaissances. D’où le « homo cognosco te ipsum  », « homme connais-toi, toi-même  », lancé par les latins avant qu’il ne soit repris par d’éminents philosophes de par le monde.

Comme pour recommander à l’être humain, après avoir suffisamment cogité sur ce qui ne relève pas du « soi », c’est-à-dire tout ce qui est extérieur à lui, de penser à se décrire lui-même aux fins de se réaliser. Ne dit-on pas que les sociétés les plus fortes sont celles qui mettent l’homme avant toute autre chose ? Et d’aucuns d’avancer à la suite du Nobel américain d’économie « l’homme est le capital le plus précieux ». L’on comprend aisément que le plus important des investissements est celui qui le vise directement. Est-ce le cas dans nos sociétés qui ont pris énormément de retard sur les autres ?


Dounguenzolou

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