Opposition gabonaise : De l’union sacrée à la démobilisation

vendredi 27 septembre 2019 Politique


Désarmement, démobilisation, réinsertion (DDR). Ce cigle souvent utilisé dans des pays où des groupes armés dictent leurs loi comme en RDC, au Mali, au soudan et un peu partout, sied désormais pour parler de l’opposition gabonaise, du moins ce qu’il en reste. Puisqu’après avoir affiché une unité de façade derrière la figure de Jean Ping, pour remporter la présidentielle de 2016, cette mission n’ayant pas été atteinte, l’union sacrée s’est vite désintégrée au gré des intérêts personnels.

Derrière des sourires forcés et les assurances souvent embarrassées, il y a un malaise évident, celui d’une opposition qui, visiblement n’existe plus que de nom. Une opposition dont "l’échec" de l’élection aura fini par éclater l’unité de circonstance affichée, en 2016. Une unité factice, obtenue au forceps autour de Jean Ping, qui par le score enregistré, lors de la dernière présidentielle, a fini par faire douter et même trembler le pouvoir jusque-là assis sur de fausses certitudes d’une popularité pourtant entretenue par l’argent. L’espoir de la présidentielle ayant été déçu du fait d’un déséquilibre dans le rapport de force avec les tenants du pouvoir, tous ceux qui rêvaient d’un Jean Ping président, avec à la clé, le partage du gâteau, ont fini par quitter le navire.

Comment expliquer ce désarmement, cette démobilisation, et finalement cette réinsertion d’une opposition plus encline au réembauche qu’à une idéologie jamais trouvée ? Parmi les raisons de ce déclin spectaculaires, la faim apparait en première ligne. En effet, après le succès de l’échéance de 2016, surtout avec le doute ayant accompagné la réélection d’Ali Bongo Ondimba, selon le rapport de la mission d’observation de l’Union européenne, c’est René Ndemezo’o Obiang qui aura été le premier à prendre le large. Cette démission de Ndemezo’o en pleine tempête de la contestation post-présidentielle, et qui était en plus le directeur de campagne de l’ancien président de la commission de l’union africaine, sera vite suivie par d’autres prébendiers de l’acabit de Pierre Claver Maganga Moussavou, David Mbandiga, Moukagni Iwangou, Michel Menga et désormais, Frédéric Massavala Maboumba, le désormais ancien porte-parole de la coalition d’opposition, qui, après 19 mois de prison pour entre autre « trouble à l’ordre public », vient de faire table rase, en choisissant la tournée à Ndende de Laccruche Alhianga, le directeur de cabinet de Bongo pour rallier le pouvoir.

Tous ont atterri, bagages en mais, dans le camp de celui qu’ils avaient pourtant en ennemi commun, avec des insultes abominables. Aujourd’hui conscients qu’ils ne pouvaient indéfiniment contester la victoire d’Ali Bongo Ondimba, disposant des leviers du pouvoir, ils ont acceptés, la queue entre les jambes, d’essuyer les quolibets de leurs frères restés de l’autre côté, les traitant d’affamés et de vendus, Dieu seul sait combien il en reste encore là-bas. Et c’est désormais, la gêne au visage, pour ceux qui en ont encore, qu’ils trempent des mains sales dans le cambouis. Et cela en renonçant à tout idéal d’une opposition qui, après avoir fait rêver ses partisans en liesse, il y a trois ans, a fini par leurs tourner le dos dans le déshonneur, la tentation de la mangeoire ayant fini par vaincre le tapage.


Leno KOLEBA

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