Œcuménisme : Bon ménage entre tradition et religion dans le Moyen-Ogooué

mardi 17 mai 2016 Société & environnement


Le père Paul Gess Tounou est curé de la paroisse Saint François-Xavier de Lambaréné, dans la province du Moyen-Ogooué. Pour ce religieux parcourant les nombreux villages de la contrée, la« réévangélisation » s’adapte bien dans ce milieu rural très ancré dans la tradition. En pleine mission pastorale au village Ntyatanga (département de l’Ogooué et des lacs, canton Ogooué aval), le curé se félicite du récent séjour de Monseigneur Basile Mve Engone, Archevêque de Libreville, dans ce village. Durant son passage dans le Moyen-Ogooué l’hôte a magnifié l’œuvre du Christ, tout en respectant la tradition. Interview.

Gaboneco (GE) : Père Paul Gess, vous officiez au village Ntyatanga comment se porte l’église dans ce village ?

Père Paul Gess (PPG)  : L’église se porte bien au sein de ce village où tout est fait dans une orientation catholique. Tout le monde est en joie par rapport aux derniers évènements, dont l’accueil de l’Archevêque métropolitain de Libreville, Monseigneur Basile Mve Engone qui a séjourné ici pendant une journée. Il a célébré la messe et a béni tout le village à la plus grande joie de tous les fils et filles de Ntyatanga qui se sont retrouvés pour célébrer l’eucharistie et la rencontre de notre père évêque.

GE : Pourquoi Monseigneur Basile Mve Engone en venant ici a voulu lier le christianisme à la tradition ?

PPG  : Le Christ à travers le mystère de l’incarnation a pris chair dans une localité en Israël. C’est la même chose ! Dans la théologie chrétienne et catholique, on parle de l’inculturation. C’est à dire l’évangélisation de nos cultures et des valeurs culturelles qui doivent être adaptées. On accepte ces valeurs au niveau de notre vie chrétienne. Voilà pourquoi durant ces évènements il y a eu le « moukoukoué », symbole fort de la culture myené qui a dansé. En tant que chrétien on ne rejette pas cette tradition, mais on affirme notre foi parce que l’évangile essaie d’enlever ce qui est mauvais dans notre tradition pour suivre le Christ avec ce que nous sommes, africains et chrétiens.

GE : Ici au village Ntyatanga et dans les autres villages de l’Ogooué et des Lacs, est- ce que les fidèles et les populations reçoivent normalement le message de l’église ?

PPG : Oui, j’affirme que le message passe bien. La preuve, c’est qu’à l’arrivée de l’archevêque c’était l’apothéose. Les villages aux environs sont venus en masse pour exprimer leur joie d’être avec leur père évêque. Et puis en cette année du jubilée de la miséricorde, nous sommes tous appelés à faire des actes de miséricorde. Souvenez-vous en décembre dernier nous avons célébré à Lambaréné les 135 ans de Saint François Xavier et la venue de l’évêque s’inscrit dans la décentralisation.

GE : Donc il n’y a pas de problèmes de foi ici en zone rurale ?

PPG  : La foi est réelle dans les villages de l’Ogooué. La foi est là pour parfaire. Certes nous sommes africains et chrétiens, mais d’abord africain parce que nous avons une tradition.Mais une tradition qui véhicule la vie et l’amour, alors la foi est là pour guider chacun de nous. La plupart des gens ont été baptisés par les missionnaires. L’église s’est adaptée en créant le concept de la reévangélisation qui tient compte de la culture locale en intégrant l’évangile pour christianiser nos cultures.

GE : Quel est votre emploi du temps dans votre zone ?

PPG : Je suis le seul prêtre, donc obligé de faire le tour des villages. Dans la semaine nous avons tout un programme ou nous avons des célébrations dans différentes communautés. Ce n’est que le samedi que nous entrons àLambaréné pour préparer la messe du dimanche à St François Xavier. Mais dans les villages ils ont des messes régulièrement du lundi au vendredi. Il y a des grands villages qui bénéficient de deux ou trois messes dans le mois. Tout le contraire pour certains villages qui n’ont qu’une seule messe par mois.

GE : Donc vous vivez plus en zone rurale qu’a Lambaréné ?

PPG  : Les deux à la fois. Mais il y a plus d’endroits à évangéliser dans les villages qu’en ville. C’est pourquoi nous sommes souvent absents de Lambaréné. Il faut aussi préciser que dans les villages, il y a plus de ferveur que dans les villes. Il faut voir comment les chrétiens ont reçu l’Archevêque à Ntyatanga. Cela rappelait l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem. C’est la preuve que la foi est encore brute par ici ce qui est contraire dans les villes.

GE : Pourquoi avoir choisi de servir Dieu dans les villages alors que d’autres prêtres sont en ville ?

PPG : Je suis dans une congrégation des pères du Saint-Esprit. Notre congrégation s’oriente plus dans les lieux où il n’y a pas des ouvriers qui annoncent la parole divine. Je suis en zone rurale parce que je suis un spiritain et je partage cette joie immense avec les chrétiens des villages que je fréquente.

GE : Le département de l’Ogooué et des lacs est vaste, avez-vous les moyens de le parcourir ?

PPG  : C’est très difficile ! Les moyens, nous n’en avons pas suffisamment. Mais Dieu met sur notre chemin des hommes et des femmes de bonnes volontés qui nous facilitent le travail.

GE : La chapelle St Alexis de Ntyatanga dispose-t-elle d’un budget de fonctionnement ?

PPG : Il n’y a pas de budget en tant que tel pour cela. Les chrétiens font la quête durant chaque célébration pour garder propre cette jolie chapelle. Il y a aussi des fils et des filles de la contrée qui se déploient autrement pour que ce lieu saint continue d’être bien entretenu.


Propos recueillis par YAO

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