Nouveau remaniement gouvernemental : Flottement au sommet

mardi 3 décembre 2019 Politique


Sans surprise, les Gabonais, comme ils s’y sont déjà habitués depuis juin dernier, ont découvert hier soir, un nouveau remaniement du gouvernement Julien Nkoghe Bekale, le cinquième du genre en moins d’un an.

Si la nouvelle équipe reste sans changement véritable, le jeu de chaises musicales aura permis le retour de certains anciens ministres pourtant remerciés comme Lambert Noël Matha, qui regagne son ministère de l’Intérieur, après quelques mois passés au purgatoire de la Décentralisation avant d’être sorti du gouvernement en octobre dernier. Idem pour Carmen Ndaot, l’ancienne ministre de l’Entrepreneuriat qui réintègre, elle aussi l’équipe, cette fois, au poste de la Promotion des Investissements, des partenariats publics-privés. Globalement, le seul fait notable, reste le départ de l’ancien directeur de cabinet d’Ali Bongo Ondimba, Bruce Laccruche Alihanga, principale figure et l’un des derniers vestiges de la fameuse Association des jeunes émergents volontaires (AJEV), dont la plupart des membres croupissent déjà en prison depuis leur limogeage le 7 octobre dernier, officiellement pour des faits de corruption et de blanchiment d’argent.

Avec la chute de Laccruche Alihanga, qui n’aura même pas passé un mois à la tête du ministère de la promotion des objectifs de développement, c’est presque la fin de la nébuleuse AJEV, la seule association, qui, il y a quelques temps était crainte et vénérée y compris par des hauts cadres craignant de perdre leurs places. Désormais, cela n’est plus qu’un vieux souvenir. Et il ne serait plus étonné de voir l’ancien homme fort du cabinet présidentiel passer lui aussi derrière les barreaux, lui considéré comme le cerveau de cette organisation des jeunes mafieux, qui, en deux ans seulement, auraient contribué à mettre le pays à terre par un détournement massif des milliards de FCFA. C’est en tout cas l’argument soutenu par la justice, malgré les accusations complot politique et d’une justice aux ordres.
L’instabilité

Même si le Premier ministre, Julien Nkoghe Bekale justifie ce énième remaniement, le cinquième du genre en à peine 11 mois, par le souci d’Ali Bongo d’améliorer les conditions de vie des Gabonais, il y a comme un flottement au sommet de l’Etat. Toute chose contribuant à créer une instabilité désormais manifeste dans l’administration publique, avec des ministres nommés et débarqués en à peine deux ou trois semaines. Une valse qui, loin d’asseoir une administration efficace, crée plutôt un certain malaise perceptible. Sinon quels résultats attendre des ministres chassés pour incompétence et rappelés par la suite ? Quels résultats attendre des ministres nommés puis débarqués tout juste quelques semaines après ? Quels résultats attendre avec les mêmes qui se relaient au nom des affinités morbides ? Quels résultats attendre des remaniements aussi intempestifs ?

A ces questions, ni le Premier ministre, ni le président Ali Bongo Ondimba lui-même ne parviennent toujours pas à donner une explication raisonnée aux populations auxquelles ils disent vouloir assurer un mieux être, si ce n’est brandir l’éventail de leur pouvoir discrétionnaire. Et on comprend alors que 11 mois après, l’équipe de Nkoghe Bekale, plutôt que de se mettre au travail est toujours à la recherche de ses marques pendant que les conditions de vie des Gabonais, elles s’amenuisent.


Ndosali Komeni

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