Nkoghe Bekale joue-t-il sa dernière carte face à l’Assemblée nationale ?

mardi 24 décembre 2019 Politique


Dans quelques jours, le Premier ministre gabonais, Julien Nkoghe Békalé, sera face aux députés à l’Assemblée nationale. Objectif : présenter et défendre son programme de politique générale. Un exercice républicain auquel se sont toujours prêté les chefs du gouvernement sans qu’aucun d’entre eux n’ait jamais laissé de plumes, plutôt a- t- il reçu le satisfecit des parlementaires qui ont, à certains moments, fait contre mauvaise fortune bon cœur. Qu’en sera-t-il pour l’actuel locataire du « 2 décembre » dans quelques jours, se demande- t-on, eu égard au contexte préoccupant dans lequel intervient son audition ?

Jamais, de mémoire d’observateur assidu de la vie politique gabonaise, Premier ministre n’aura autant été sous les feux des projecteurs. C’est dire combien les Gabonais attendent avec impatience l’intervention du chef du gouvernement qui a la particularité d’arriver à un moment sensible marqué par une grogne, y compris chez des personnalités appartenant au parti au pouvoir ou à ses alliés. Comble d’ironie, plusieurs d’entre elles ayant appartenu au gouvernement ont retrouvé leur place à l’hémicycle sans l’avoir désiré, ayant le sentiment d’avoir été victime d’une cabale savamment orchestrée par leurs collègues dans le but de leur nuire.

Il est à craindre qu’ils soient animés par une attitude bassement revancharde qui pourrait compromettre toute caution à quelqu’un dont le bilan, reconnaissons- le, n’est déjà pas élogieux parce que peinant comme ses prédécesseurs d’ailleurs, ce n’est pas nous qui l’inventons, mais bien le président de la République Ali Bongo Ondimba, lui- même, qui n’a de cesse de répéter qu’il n’est pas encore totalement satisfait de la manière dont son projet de société est mis en route par l’équipe gouvernementale. A cela s’ajoute la ténébreuse affaire de détournement de deniers publics qui divise plus que jamais des camps et des hommes politiques que l’on croyait très proches les uns des autres.

N’y-a-t-il pas, est-on en droit de se demander, au sein de l’Assemblée nationale des députés que le traitement réservé aux « victimes » de ce scandale n’arrange pas et qui pourraient obéir à leurs pulsions en assommant, encore qu’ils ont des arguments pour, de questions embarrassantes, Nkoghe- Békalé ? L’on peut aisément croire que d’anciens hauts commis de l’Etat très au fait des dossiers dont le débarquement du gouvernement ne s’est pas fait sans conséquences, ne serait- ce que pour leur notoriété et leur aura, nous pensons par exemple à Emmanuel Issoze Ngondet et Guy- Bertrand Mapangou qui auront là une occasion de se venger si cela leur dit. D’où, nous nous posons la question de savoir si l’exercice auquel va vendredi se livrer le chef du gouvernement n’est pas périlleux et s’il n’a pas l’air de sonner le glas.

Délit de faciès ?

Ce d’autant plus qu’il est l’un des derniers, pour ne pas dire le dernier, d’une liste d’ « Ajéviens » aujourd’hui traqués pour mauvaise gouvernance, car n’oublions pas que Julien Nkoghe- Békalé, est le président d’honneur de l’Association des jeunes émergents volontaires (Ajev) dont les têtes récemment tombées dans les mailles des filets tendus par les services compétents au nom de l’assainissement de la moralité publique sont en attente de jugement. Le Premierministre ne traine- t- il pas cette affaire comme un boulet surtout lorsque l’on remarque son implication dans la tournée républicaine apparemment condamnée ou dénoncée de l’ancien Directeur de cabinet du président de la République, non pas dans la forme, mais dans le fond, ladite tournée effectuée avec l’argent du contribuable ayant contribué à saigner les finances publiques déjà mal en point.
Sans être devin, il n’est pas facile d’imaginer une issue heureuse pour Nkoghe Békalé dont le bilan n’est certes pas élogieux, mais qui aurait gagné à asseoir sa notoriété en se plaçant au- dessus de certaines considérations et s’engageant dans l’élaboration d’une feuille de route tenant compte en priorité des attentes du chef de l’Etat bien entendu, mais aussi des populations que représentent les députés, des populations qui sont loin, mais alors très loin, de lui accorder leur blanc- seing.

Sans présager qu’il y aura chaude empoignade à l’hémicycle vendredi prochain, nous pensons que le moment s’y prête à en juger par la sensibilité des dossiers qui y seront compulsés et passés en revue par une représentation populaire dont bien de membres pourraient s’afficher mécontents, peut- être dans le souci de se venger d’une personnalité sur laquelle ils font reposer leurs maux et leur « disgrâce ». N’apprend- on pas dans certains milieux autorisés que ce qui fait le plus courir bon nombre d’entre toutes ces personnalités, ce n’est pas tant l’argent qu’elles amassent, mais les honneurs dus au rang qu’elles occupent dans la société, d’où la conclusion à laquelle beaucoup arrivent que Mobutu Sese Seko résumait par la phrase suivante : « Celui qui vous arrache le bifteck de la bouche est un homme à abattre ». Allez- y comprendre  !


Dounguenzolou

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