Musique : « Abekwe », la nouvelle galette de Rompavet

mardi 17 mai 2016 Culture & people


Dès le mois de juillet prochain les fans de Prince Martin Rompavet pourront savourer son nouveau cocktail musical. L’homme de culture dans « Abekwe » (l’espoir en langue myené) sonne l’alerte pour une mobilisation nationale afin que le Gabon ne régresse pas dans le concert des nations. Le Prince invite à plus d’amour entre les humains et la solidification des familles.

Gaboneco (GE) : Sur le plan professionnel vous êtes à la retraite. Mais sur le plan de la culture vous ne vieillissez pas pourquoi chantez-vous toujours ?

Prince Martin Rompavet (PMR) : La musique, c’est un peu comme une respiration. C’est la vie ! Nous chantons pour transmettre aux autres un certain nombre de perceptions que nous avons de la société. Et dans nos œuvres, on essaie d’apporter un concours au niveau de l’élévation de nos populations. Donc c’est clair que nous avons un rôle didactique. Il ne faut surtout pas penser que la musique est faite uniquement que pour la danse. Non il y a un aspect didactique à respecter, c’est-à-dire véhiculer des messages forts. Et nous transmettons des messages pour protéger la société contre les dérives et autres comportements déviants que nous dénonçons avec rigueur et nous affirmons l’attachement aux valeurs. Notre mission est cardinale car nous devons assurer la pérennisation de notre patrimoine culturel. Nous sommes un pays de tradition orale et la chanson prend une part active dans le maintien de la civilisation.

GE : Aujourd’hui pourquoi chantez-vous l’espoir ?

PMR : L’espoir parce que je fais un constat inquiétant et alarmant sur la société gabonaise. Nous voyons que le développement de notre société ne se fait pas comme il se doit. Autour de nous, nous remarquons que certaines personnes sont grugées et d’autres entretenues de manière fastueuse par les autorités. Nous disons que c’est inutile de baisser les bras, il faut que l’Homme se batte et se mette debout pour contribuer à positiver son espace et cela passe par l’espoir qui est cette force qui fait vivre l’Homme. Tout ce qui est négatif en ce moment va se dissoudre demain avec le temps. Parce que le proverbe est toujours d’actualité ‘’ quelle que soit la durée de la nuit le jour finira par tomber’’.

GE : Dans « Abekwe » votre espoir, il y a 9 titres, quels sont les thèmes des autres titres ?

PMR  : Comme d’habitude, l’artiste vit dans la société, il est en immersion dans la société donc il est au courant de ce qui s’y passe. Sa vision du monde est suffisamment transcendante. Les thèmes sont le vécu quotidien, l’amour, le sens de la famille et les relations entre personnes et l’amitié. Je dédie le titre « Oté de Kazet » à feu Jean Fidel Otando, ancien directeur de SOGARA qui est un homme de cœur qui a tant fait pour la promotion de la culture nationale. Pour l’immortaliser, j’ai pensé qu’il fallait lui dire merci. Il y a aussi un titre « mienesé » je m’adresse aux myènès en leur demandant qu’en est-il au niveau de la solidarité, de la cohésion et du partage ? A travers ce titre je parle de tout, du quotidien. Mieux, je m’insurge contre le repli identitaire. Mais c’est un faux débat ! Simplement parce que chacun doit affirmer son identité. Un hibou ne va jamais affirmer l’identité d’une poule ou d’un poisson. Chacun doit véhiculer son identité comme je le fais pour la communauté myènè.

GE : Vous chantez depuis plusieurs années, avez-vous l’impression que les messages véhiculés sont compris ?

PMR  : Absolument, mais nous avons un gros problème. C’est l’absence d’une réelle politique de promotion culturelle. Je prends l’exemple de la radiotélévision gabonaise, en suivant ce media, nous sommes complètement ailleurs. Nous sommes extravertis, le patrimoine national est complétement relégué à l’arrière-plan. On fait la part belle à tout ce qui vient d’ailleurs. Les émissions accordent moins d’importance à notre culture. Ce qui se fait ici n’est pas prisé et cela ne peut nullement contribuer à développer le domaine artistique et culturel. C’est l’Etat qui met en place un environnement favorable à l’épanouissement de sa culture. C’est triste de constater que les artistes sont marginalisés, pas de droits d’auteurs. Le plus dramatique c’est que depuis 56 ans d’indépendance, le Gabon ne dispose pas de salle de spectacle digne de ce nom comme dans les autres pays. Pour faire un spectacle ici, il faut aller en France, c’est-à-dire au centre culturel français. Voyez que ce n’est pas normal.

GE : La SABC, la radiotélévision d’Afrique du Sud a décidé de diffuser désormais 90% de musique locale pour permettre au pays de retrouver son identité.Qu’est-ce que cela vous inspire ?

PMR : C’est une décision à saluer ! Vivement que le Gabon emboîte le pas et élève son niveau d’appartenance culturelle. Pourtant le code de la communication dans son article 225 autorise la diffusion d’un quota de production nationale. Malheureusement ce n’est pas fait. Nous avons toujours demandé au ministère de la Culture de mettre en place ce quota de diffusion de musique gabonaise. Hélas. Dans les processus culturels il y l’exception culturelle nationale que la France a expérimenté en 1974. Le gouvernement avait décidé de bloquer l’invasion de la musique anglo-saxonne un quota de 74% de musique française a été imposé aux radios pour faire la promotion des musiciens français. Les résultats ont été positifs on a vu l’émergence de certains artistes dont Alain Souchon et autres Daniel Balavoine. En fait, chacun doit protéger son patrimoine. Mais Le Gabon est un peu comme une passoire ça sort et ça rentre de partout. On doit veiller scrupuleusement à la sauvegarde de notre culture.

GE : Pourquoi vous faites rarement des concerts à l’intérieur du pays ?

PMR : Il faut des moyens pour organiser un spectacle. Partir de Libreville pour faire un concert à Mouila ou à Franceville c’est au moins 15 à 20 millions de F CFA pour un spectacle de bonne facture. Il y a la problématique du transport, de la location de la logistique, du cachet des artistes, des logements des artistes et autres…Ajoutez à cela le manque de salle adaptée. Le monde artistique est pécuniairement faible. Pire, il n’y a pas de société de production au Gabon et c’est difficile de trouver des mécènes. A la création de l’ANPAC (L’Agence nationale de la promotion artistique et culturelle) les artistes avaient pensé qu’enfin leurs banques allaient pouvoir faciliter entre autres des spectacles même à l’extérieur du pays. Mais cela n’a pas été le cas…


Propos recueillis par YAO

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