Médias gabonais : Entre pauvreté et malaise social !

mardi 27 novembre 2018 Société & environnement


Titre apparemment provocateur mais qui a le mérite d’être débattu au regard des victimes de plus en plus nombreuses, qui crèvent comme des morts-de-faim derrière les écrans de télévision, les voix des radios et les colonnes des journaux. Le tout dans le silence d’une société malade, marquée par l’indifférence notoire des dirigeants, qui ne savent utiliser les employés des médias que pour leur pub politique, exploitant au maximum leur indigence au prix des petits billets encore appelés « gombo ». Toute chose qui transforme les journalistes en grillot politique.

Des rémunérations de misère, des années de salaires impayés, des conditions de vie et de travail indignes du métier, etc. Ce décor professionnel digne des ratés de la société est celui des journalistes et autres employés des médias au Gabon. Qu’ils travaillent dans des organes publics ou privés, journalistes, techniciens et autres employés, pourtant nantis pour certains d’un diplôme délivré par des écoles ou instituts reconnus comme tels à l’étranger ou sur le territoire national, peinent pour la plupart à se loger à la bonne enseigne et à manger à leur faim. A la modicité des salaires jugés très insignifiants et qui varient parfois de 50.000 à 150.000 FCFA dans les organes du privé et même du public, s’ajoute le retard dans leur paiement, avec des arriérés allant parfois jusqu’à plus d’un an. L’exemple le plus significatif est celui de la radio panafricaine, Africa N°1 dont les travailleurs broient du noir, avec plus de 15 mois d’arriérés de salaire.

Ceux de l’agence gabonaise de presse (AGP), eux en totalisent 18. A Gabon24, la chaîne proche du palais, même s’ils ne font aucun bruit de peur d’être licenciés, on parle aussi de plusieurs mois de salaires impayés au point que certains sont même déjà partis sans réclamer leur dû. Même calvaire pour ceux de Kanal 7, pourtant transférée dans le groupe Gabon Télévision. Si certains ont pu, par le jeu des affinités, intégrer Gabon 1ère et Gabon 24, les autres, (le plus gros lot), errent de média en médias, vivant pratiquement de petits boulots. Dans la presse écrite, excepté le quotidien L’Union qui paie relativement bien ses employés, le constat reste effarant pour les autres (sites en ligne et journaux papiers).

Le salaire, (Ndlr : là aussi certains contournent le code de travail en parlant de piges) le plus élevé tourne autour de 50.000 ou atteint difficilement 150.000 FCFA. Un salaire qui, malgré sa précarité n’est versé qu’à échéance irrégulière, avec des retards allant parfois jusqu’à plusieurs mois. Devant ces difficultés professionnelles énormes, ne restent plus aux journalistes que le fameux « Gombo », pour lequel ils se mettent à l’affût de tous les reportages moyennant à la fin 5 ou 10 mille FCFA, histoire de ne pas mourir de faim la nuit tombée. On parle du journalisme alimentaire. Certains en ont même fait une vocation professionnelle en ne couvrant ou diffusant que les événements dits « gomboïsés ».

Un coup porté à une presse libre

Il ne serait pas exagéré de conclure qu’il n’existe pas de presse libre au Gabon, excepté Africa N°1, et dans une moindre mesure, certains sites d’informations en ligne qui essaient tant bien que mal de donner des informations de manière objective. Qu’elles viennent des médias proches de l’opposition ou du pouvoir, les nouvelles données par les médias gabonais ont toujours été reçues dans le public avec beaucoup de suspicions, les journalistes étant considérés comme des pantins à la solde des politiques de tous bords, qui les utilisent à souhait pour leur pub politique.
La condition professionnelle misérable de ces derniers étant une réalité quotidienne, et ventre affamé n’ayant point d’oreille, le professionnalisme et toutes les règles déontologiques qui s’y rapportent sont relégués au second plan au profit d’une information manipulée quand elle n’est pas simplement fausse. C’est l’asservissement de la démocratie.


Leno KOLEBA

Répondre à cet article

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom

Articles relatifs