Marché financier : L’élection d’Ali Bongo Ondimba va-t-elle impacter sur l’emprunt du Gabon ?

mardi 4 octobre 2016 Economie


Ali Bongo Ondimba, vainqueur de la présidentielle du 27 août dernier, telle est la décision récemment approuvée par la Cour constitutionnelle. Laquelle décision n’a pas fait pas l’unanimité au Gabon, découlant sur une crise post-électorale qui a notamment écorné l’image du pays au-delà des frontières nationales. Certes quelques investisseurs financiers s’étaient prononcés en faveur de la réélection d’ Ali Bongo Ondimba, gage selon eux d’une certaine stabilité économique, mais cette donne suffira-t-elle à garantir l’apport de financements nouveaux pour la réalisation de projets de développement .

Dès 2010, pour accélérer le développement de son économie, le Gabon s’est doté d’un important programme de développement à l’intérieur duquel figurent plusieurs politiques et stratégies nécessitant d’importants moyens financiers pour leur mise en œuvre, à l’image Schéma directeur national des infrastructures.

Les autorités gabonaises ont conscience que c’est par la mise en œuvre de ce type de programmes que le pays pourrait disposer d’infrastructures nécessaires au développement économique.

Pour le seul programme cité en amont, l’Etat gabonais a besoin de 17000 milliards de francs CFA et devant le vaste chantier de l’émergence planifié dans le Plan Stratégique Gabon Emergent (PSGE), impossible d’affecter toutes les ressources à la seule réalisation du programme. Les routes, les hôpitaux, et l’éducation nécessitent également leur part de la cagnotte.

Avec un budget de 2.214,5 milliards de francs CFA en 2010, il est quasiment impossible pour l’Etat d’arriver à ses fins par le seul apport du budget national et le gouvernement ne peut puiser dans les réserves pour le seul besoin des projets de développement en cours. Les partenariats bilatéraux, multilatéraux tout comme public-privé (PPP) et avec les partenaires commerciaux dans le monde demeurent la clé de sortie de la crise financière que traverse le Gabon.

C’est pour contourner cette difficulté que la même année l’Etat Gabonais, avec le singapourien Olam, l’entreprise internationale de négoce et de courtage d’aliments, ont conclu un partenariat dans le modèle public-privé pour l’établissement d’une zone économique spéciale dans la localité de Nkok, à l’Ile Mandji et pour le développement d’hectares de culture diverses à travers le pays. Malgré cet apport, l’appétit du Gabon en matière de développement est tellement vorace que les moyens financiers manquent. A travers le pays, d’immenses chantiers se dressent, des tronçons routiers, des écoles sont en construction et l’argent pour y parvenir n’est pas forcément au rendez-vous.

Jusqu’à 2013, le réalisme demeure. Les 5,9% de croissance selon les données de la Banque mondiale permettent encore de rêver mais ce rêve sera très vite rattrapé par la réalité de la chute des cours du baril en 2014. Du fait de cette conjoncture internationale et parce que dépendant à plus de 40% du rendement pétrolier, la croissance du Gabon ralentit. Les perspectives des organismes internationaux à l’exemple du Fonds Monétaire Internationale (FMI) tablent sur une croissance à 4% contre les 7% de départ.

Pour ce faire, il faut réajuster les projets tout comme les sources de financement. Partant de cela et de la position de faiblesse qu’augure le secteur international du pétrole, c’est vers l’emprunt obligataire que le Gabon tourne son regard certes, avant cette conjoncture le pays a usé de cette méthode pour financer certains de ses projets de développement mais avec la situation du secteur pétrolier en 2014 celle-ci sera accentuée Au 31 décembre 2014, l’encours de la dette publique selon un document officiel est composé de 2 454,1 milliards de dette extérieure et 206,4 milliards de FCFA de dette intérieure soit 2 660,5 milliards de francs CFA, contre 2 283,2 milliards de francs CFA en 2013. Depuis, la situation ne cesse d’évoluer et cela, au grand bonheur des bailleurs de fonds et autres investisseurs financiers.

Bailleurs de fonds classiques

Du fait de son appartenance à la zone franc, de l’usage du franc CFA comme monnaie d’échange depuis son indépendance en 1960, fruit de l’héritage de la France, les principaux partenaires du Gabon ont été durant des décennies, la France, la Banque mondiale, le Fonds Monétaire internationale (FMI), l’Union Européenne (UE), la Banque Africaine de développement (BAD), la Banque des Etats de l’Afrique Centrale (BEAC), la Banque Islamique de Développement (BID), etc…

La France par exemple grâce au rôle de l’Agence Française de Développement (AFD), s’est engagée dans le développement socio-économique du Gabon en finançant des projets qu’elle a jugé pertinents. Au Gabon, l’établissement de financement français jouit de plus de 30 ans d’engagement dans les domaines des infrastructures, de l’éducation, de la santé, de l’environnement, de l’agriculture et l’appui au secteur privé. Ces 30 dernières années, c’est près de 1,25 milliards d’euros que l’AFD a engagé pour le développement des projets liés aux secteurs cités.

Sur cette lignée, les autres partenaires cités ne sont pas en marge, tout comme l’AFD, le FMI, la Banque mondiale, l’UE, la BEAC ont également joué un grand rôle déterminant dans le soutien financier du Gabon. Par ailleurs, le Gabon tend progressivement à se défaire de ses partenaires classiques. Avec l’ouverture des marchés financiers et les opportunités qu’offrent les marchés des capitaux, à défaut de solliciter les bailleurs de fonds classiques, c’est désormais vers les investisseurs obligataires que l’Etat s’oriente. Certes, les deux catégories ont un rôle prédominant dans le financement des projets de développement au Gabon tout comme dans le soutien de l’Etat, mais l’apport financier des établissements commerciaux à l’exemple des grandes banques ou des particuliers connait depuis quelques années une fulgurante évolution.
Les marchés financiers jouent le rôle de financeurs des économies au risque des Etats.

Positionnement

Sur les marchés des capitaux, la destination Gabon possède actuellement une place de choix. L’obligation gabonaise se négocie encore à 90% la valeur d’émission sur les places boursières internationales et la victoire d’Ali Bongo Ondimba devrait maintenir ce cap puisque la volonté des investisseurs obligataires était de voir ce dernier reprendre les rênes du Gabon. C’est chose faite ! Pour autant, la situation demeurera-t-elle intacte jusqu’en décembre 2024, date d’arrivée à maturité de l’obligation gabonaise ?

C’est surtout à cause des garanties qu’offre le Gabon que l’indicateur est encore intact et que la confiance entre le Gabon et ses partenaires financiers internationaux demeure, mais avec l’aggravation de la situation d’emprunt conformément aux inquiétudes du FMI, il faut s’attendre à un rejet total du Gabon puisque des lobbies, non favorable par exemple à l’élection d’Ali Bongo Ondimba pourraient agir en coulisses et impacter les décisions d’investisseurs obligataires en sabotant les émissions obligataires de l’Etat gabonais. Nous l’avons vu avec des pays voisins et le Gabon ne pourrait sauf erreur, être épargné par cette réalité.


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