Liberté de la presse au Gabon : Entre exigences, dérives et instrumentalisation ?

mercredi 4 mai 2016 Politique


Recoupage des informations, distanciation dans le traitement de l’actualité, bonne maîtrise des capacités rédactionnelles… ; voilà quelques fondamentaux enseignés dans les instituts et autres écoles de journalisme, ou dans les salles de rédaction pour ceux qui, dit-on apprennent sur le tas (comme c’est la tendance de plus en plus grande au Gabon). Des principes qui semblent avoir déjà « foutu le camp » dans notre paysage médiatique, le métier n’étant plus qu’un vaste champ de désordre où se côtoient désormais profanes et initiés, au vu et au su d’un Etat qui, dans un réflexe ultime n’a plus que comme recours, la répression maquillée.

Faire du journalisme au Gabon c’est prendre le risque de se clouer à la mendicité, donc d’être tributaire des instrumentalisations tous azimuts. On parle aujourd’hui du « journalisme alimentaire »et du « griotisme ». Des expressions toutes faites qui illustrent bien cette paupérisation notoire des Hommes de médias, qui présentent des profils parfois élogieux, mais condamnés à une misère indescriptible.

Ventre affamé n’ayant point d’oreille, les règles et autres principes régissant le métier semblent être relégués au second plan. Et dans ce méli-mélo, les dérapages et autres manquements prennent le dessus sur les exigences professionnelles. Ce qui réduit le journalisme à une activité de mendicité professionnelle. Et la liberté de la presse s’en trouve alors malmenée par ceux-là même qui clament à tort et à raison que le Gabon est un pays promoteur de la liberté de la presse, à en juger par la pluralité des organes de presse qui y exercent.

Démagogie complètement absurde et aux antipodes de la réalité de la pratique journalistique dans notre pays. Car l’existence pléthorique des chaines de radio télédiffusion et autres entreprises de presse ne signifie pas systématiquement qu’ils sont libres. Encore faut-il que les journalistes qui y travaillent fassent leur boulot sans aucune contrainte extérieure. Comme le disait Francis Ball de l’institut français de presse, « la liberté de la presse n’est autre chose que le droit reconnu à (un journaliste) d’utiliser en toute liberté l’outil de communication de son choix (…) pour rapporter les faits liés à la vie en société, pour informer les autres sans autres restrictions que celles prévues par la loi ». Autrement dit, pour Balles, la liberté de la pesse n’est autre chose que la liberté « d’entreprendre, de dire, d’écrire, de montrer (…) et le droit de ne pas être inquiété ni menacé dans son intégrité physique ou morale dans l’exercice de ses fonctions ».

Liberté de la presse pour un journalisme de démagogie ?

Si on peut d’un coté fustiger les incursions intempestives des acteurs étatiques dans le fonctionnement des médias, il semble aussi pertinent de relever la dérive professionnelle à laquelle s’adonnent certains confrères, souvent dépourvus de toute notion professionnelle. Analphabétisme professionnel !La réalité c’est que le journalisme est devenu au Gabon un vrai fourre-tout où profanes et initiés se côtoient dans un désordre absolu. Et ce, sous le regard nonchalant des autorités compétentes. Le journalisme au Gabon, un métier exempt de toute régulation. Selon les chiffres sortis par l’ancien Directeur du département des sciences de l’information et de la communication à l’université Omar Bongo, le Pr Pamphile Akono-Mebiame, lors de la formation en MASTER CLASS organisée par le journal français « LIBERATION », en octobre dernier, 67% des journalistes gabonais ne sont pas formés. Un scandale ! Lequel scandale révèle l’étendu de l’incurie des services compétents à imposer de l’ordre dans un secteur qu’on qualifie abusivement de quatrième pouvoir.

Or, si la presse est le quatrième pouvoir c’est qu’elle doit se situer au-dessus de tous les autres, en ce sens qu’il a un pouvoir de contrôle sur ces derniers. Car le rôle du journaliste, faut-il le rappeler est de veiller à la normalité des institutions, qu’elles soient administratives ou politiques. Ce qui est n’est manifestement pas le cas pour le Gabon. Comment alors parler de la liberté de la presse dans ces conditions ? Alors au momentoù on célèbre la journée internationale de la liberté de la presse, au lieu d’organiser des beuveries récréatives, avec des annonces démagogiques à zéro effet tous les ans, un état des lieux s’impose, afin de pointer un doigt accusateur sur les responsabilités ayant conduit à l’abattement et au discrédit du métier de journalisme au Gabon.


Charles Nestor NKANY

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