Les adieux du « monde » à Kacky Disco

dimanche 17 septembre 2017 Culture & people


« Ars longa sed vitam breves est », entendez « l’art est long, mais la vie est courte ». Lorsque les latins s’exprimaient ainsi, ils avaient à cœur d’envoyer à la face du monde un message fort, celui selon lequel, le travail humain est une œuvre de longue haleine, ce pourquoi il reste souvent inachevé, alors que l’existence sur terre, elle, ne dure que le temps des roses pour ainsi dire. Comme pour nous faire accepter l’idée selon laquelle « le temps est notre pire ennemi ». Oui, il l’est puisque des preuves sont légion à l’instar de cette mort de Kacky Disco sur les terres qui l’ont vu naître et dans lesquelles son corps retournera ainsi que l’a prévu le Seigneur : « Poussière tu es, poussière tu retourneras »

Même les sanglots des associations, familles, fans, bref de tous les participants à la cérémonie d’adieux à l’artiste dont la popularité n’est pas à démontrer, n’ont pas suffi pour ramener Kacky Disco à la vie. C’est que l’homme a vraiment quitté la terre des vivants pour l’au- delà. Il fallait ce passage par le stade de Nzeng- Ayong pour convaincre ceux qui en doutaient encore. Cette fois en effet, l’on a pu réaliser que cet « animateur culturel » n’est plus des nôtres et que malgré ce que dit Birago Diop du mort « les morts ne sont pas morts », il existe bien une période où chacun d’entre nous devra quitter la terre du moins physiquement. L’important cependant est tout ce qu’il a légué aux générations actuelles et à venir qui n’auront de cesse, puisque bercer par sa musique, de se souvenir de lui. Le souhait de plus d’un étant qu’il fasse à titre posthume des émules. Car, les rythmes qu’il a embrassés ont aujourd’hui tendance à disparaître devant la concurrence que leur livrent ceux venus d’ailleurs qui n’emballent pourtant pas souvent grand monde, mais finissent par supplanter ceux du terroir du fait qu’ils bénéficient d’une promotion d’exception. Ce qui n’est pas toujours le cas de ceux de chez nous qui manquent trop souvent de moyens et de motivation pour se hisser au hit- parade des musiques africaines. Comment face à tel constat ne pas regretter la disparition d’un artiste sur lequel pouvait encore compter le pays ?

La leçon Kacky Disco

On peut sans crainte de se tromper déduire que Kacky Disco nous laisse à tous une leçon : « que notre patrimoine est riche et constitue un riche vivier qu’il faut à jamais exploiter pour entrer grandement dans cet univers du « donner et du recevoir » que décrivait l’académicien Léopold Sédar Senghor. En d’autres termes, il nous a convaincu sur le fait que le Gabon, contrairement à ce qui se dit à tort d’ailleurs, est une terre de culture et qu’à ce titre, il mérite, comme les autres pays savent le faire au point de le démontrer fièrement sur la scène internationale, de valoriser son patrimoine en commençant par le recenser et le protéger, y compris en apportant un soutien indéfectible aux créateurs des œuvres de l’esprit.

Notre rencontre avec un féru de culture en la personne de Rozira Kiello qui s’est exclamé : « Vous voulez venir me rencontrer pour quoi faire ? », comme pour nous signifier qu’il était dépité devant le traitement réservé non seulement à lui, mais à tous ses « semblables », a failli nous refroidir, n’eut été notre petit brin de sagesse qui nous a conseillé de prendre ses propos comme ceux de quelqu’un qui voulait simplement nous informer de l’intérêt qu’il porte à la chose culturelle. Dans un pays où, semble-t-il, au regard des budgets à lui consenti, le département de la culture avec lui la culture tout court, celle- ci n’est que le parent pauvre, dire qu’elle rend la vie vivable et la mort affrontable selon Aimé Césaire. Comme quoi, la culture participe à l’observation et de la vie et de la mort en tant qu’elle est utilisée comme instrument de régulation de la société. Ne pas en tenir compte serait à notre humble avis dommageable. Kacky Disco est mort, vive Kacky Disco !


Dounguenzolou

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