Le dialogue parallèle de Jean Ping : Un dialogue pour la communication ?

mercredi 21 décembre 2016 Politique


Alors qu’il se tient depuis lundi dernier, et ce jusqu’au 23 décembre 2016, au Noé Palace à Libreville, le dialogue tenu par Jean Ping, ancien candidat de l’opposition à la dernière élection présidentielle d’août dernier alimente déjà de nombreuses réactions. Si les partisans de l’ancien diplomate y croient fermement comme une panacée susceptible de guérir le Gabon des meurtrissures du conflit post-électoral, dans le camp d’Ali Bongo Ondimba, qui y voit un simple besoin de communication de Jean Ping, l’énervement est déjà palpable. Se pose alors la question de l’aboutissement même des résolutions qui en découleront.

Un dialogue politique parallèle pour quoi faire ?

La réponse à cette question résume à elle seule le déchaînement des réactions autour de l’événement.

Un dialogue jugé légitime pour toute la communauté Jean Ping, qui estime que seul le dialogue national organisé par l’opposant mérite l’attention des Gabonais. Normal quand on sait que l’homme et ses partisans ont toujours opposé un refus systématique au dialogue que s’apprête à organiser le pouvoir d’Ali Bongo, dont ils continuent d’ailleurs de contester la victoire au soir du 27 août dernier. Pour l’opposition regroupée autour de l’ancien président de la commission de l’Union africaine, il n’est point besoin de prendre part à un quelconque dialogue politique organisé par Ali Bongo Ondimba, qui a fait un "coup d’Etat militaro-électoral". Ce qui serait une manière de cautionner un pouvoir qui s’est imposé par la force à la tête du pays. C’est un exercice auquel ils n’entendent pas se plier.

Mais ce qui suscite encore plus le courroux du pouvoir en face, ce n’est pas tant le fait que l’opposant ait organisé son dialogue à lui, qu’il qualifie d’ailleurs d’un dialogue pour les besoins de communication, mais c’est surtout les déclarations du natif d’Omboué, affirmant qu’après avoir épuisé toutes les voies légales des recours, il lui appartient dorénavant de passer à la manière forte. C’est-à-dire de faire valoir l’argument de la rue qui ferait plier son ancien beau-frère en sa faveur, ce qu’il nomme par l’expression "jusqu’à la victoire finale".

Démagogie et illusion

Plus que de la démagogie du discours politique, c’est à la limite une illusion voulue et entretenue. Illusion entretenue parce qu’elle participe certainement de la consolation de ceux qui, se réclamant le monopole de la légitimité autour de l’opposant, veulent encore croire à un miracle in extremis. Comme si la légitimité en Afrique avait encore plus de vertus que la légalité constitutionnelle.

Et l’illusion est à ce point saillante que certains en viennent encore à croire naïvement qu’Ali Bongo, qui n’a pas démissionné de son fauteuil au plus fort de la contestation postélectorale, pourra encore plier bagages, même au pire des cas par une mobilisation impressionnante de la rue. Ce qui s’apparenterait d’ailleurs à un coup d’Etat constitutionnel, à partir du moment où les institutions de la république, fussent-elles des "Tours de pise" ont déjà pris acte de son investiture.

Voilà qui donne d’ailleurs l’impression de l’amusement chez le camp d’en face qui voit ces assises parallèles comme un simple besoin de communication de l’opposant, qui cherche là à faire parler davantage de lui. Puisque tout le monde sait qu’il s’agit d’un dialogue qui n’a aucune base juridique légale, parce que les résolutions qui en découleront n’auront aucune chance d’être traduites en acte concret dans la vie politique gabonaise. Voilà ce qui donne peut-être raison à ceux qui pensent qu’il s’agit ni plus ni moins d’un dialogue pour des besoins de communication politique. C’est un autre chapitre qui s’ouvre dans la bataille post-présidentielle entre les deux camps.


Charles Nestor NKANY

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