La presse gabonaise lue par l’Agitateur : Le dialogue national et le rejet par la Cour constitutionnelle de l’ordonnance organisant la Justice

lundi 21 décembre 2015 Speciales


Deux sujets ont dominé les colonnes de la presse parue la semaine écoulée : le dialogue national souhaité par l’opposition et le rejet de l’ordonnance réorganisant la justice, ordonnance introduite par le ministre de la Justice et rejetée par la Cour constitutionnelle.

« Le dialogue national réclamé par la société gabonaise dans son ensemble depuis 2012 va enfin se tenir. Le pouvoir, qui a les clés de ce processus, a choisi le cadre du Conseil national de la démocratie. L’opposition, qui a longtemps rejeté ce cadre, car « taillé sur mesure » pour Ali Bongo Ondimba, fait le pari d’y aller en posant plusieurs conditions. Notamment que les résolutions qui y seront prises aient force de loi. La communauté internationale, qui veut éviter l’éclosion d’un foyer de tension, a convaincu l’opposition d’y aller quel que soit le cadre. Ce dialogue, pour qu’il ait un sens, doit solder les 50 années du pouvoir Bongo, sur tous les plans. Mettre fin à la captation mafieuse de la richesse nationale au travers de la pieuvre Delta Synergie. Régler la question des biens mal acquis. Mettre fin à l’impunité des auteurs des criminels rituels. C’est pourquoi il ne pourrait pas s’agir d’un face à face majorité-opposition. D’autres acteurs doivent y prendre part : ONG, communauté religieuse et hommes de médias. », indique l’hebdomadaire Echos du Nord

« Le dialogue pour qui ? Et pourquoi ? » poursuit le journal sous la plume de Désiré Ename.

« Le dialogue pourquoi ? Plus qu’une simple idée, la nécessité du dialogue ne date pas de ce mois de décembre 2015. Elle n’a pas non plus pour initiateur les partis de l’opposition signataires du communiqué du 4 décembre dernier. Vouloir le faire admettre relève de l’intox. En 2012, l’opposition et la société civile se réunissent à Paris autour des conseillers de la République française pour présenter la situation du Gabon. A l’issue de cette rencontre, deux faits majeurs l’émaillent : l’Elysée fait un communauté dans lequel il spécifie à Ali Bongo Ondimba, en visite en France quelques jours plus tard (5 juillet), les fondamentaux qui guident les relations de la France et les Etats, dont le respect des droits de l’homme. L’autre fait majeur sera l’appel de l’opposition pour la tenue d’une conférence nationale souveraine comme solution à la sortie de crise. Sa petite majesté fera fi de tout cela. Il snobera et la position de l’Elysée et l’appel de ces assises, pourtant nécessaires dans le contexte. Il prétextera que le Gabon n’est pas en crise. A ce que l’on sait, les partis de l’opposition signataires de la déclaration du 4 décembre, au plus fort de la crise, ont marqué leur esprit d’ouverture à l’appel de la communauté internationale, mais n’ont pas reculé devant les préalables. La bonne question aujourd’hui est, qui a reculé ? Sa petite majesté Ali Bongo Ondimba s’était catégoriquement fermée à toute idée de dialogue avec l’opposition. A la nécessité exprimée par celle-ci sur la tenue d’une conférence nationale souveraine, en guise de réponse, il lancera via son porte-parole qu’il n’y aura pas de discussion avec l’opposition. Il avait réitéré ses positions dans ses nombreuses allocutions à la nation et à de nombreuses autres interventions. », rappelle l’éditorialiste.

 

A la question de savoir « pourquoi le pouvoir semble être sourd à vos demandes de réformes du CND. Le pouvoir s’obstine à organiser ce dialogue sans en réformer le cadre, l’ancien premier ministre Casimir Oye Mba répond dans une entrevue accordée au journal La Loupe « Je pense que si ces réformes ne sont pas effectives, le dialogue n’aura aucun sens.

(Il aura lieu sans vous ?), insiste le journal : « Oui, il pourrait avoir lieu sans nous. Je rappelle que récemment nous avons fait une déclaration, pas seulement l’UN, mais aussi d’autres partis politiques ; cette déclaration est claire. Si ces conditions ne sont pas remplies, il n’y a pas de raison que l’UN participe à un dialogue au sein du CND. Nous allons interpréter cela comme un refus du pouvoir de véritablement dialoguer. Je suis convaincu que les problèmes du Gabon peuvent être traités en dehors des solutions de violence. A condition que chaque partie soit animée de bonne volonté. Le dialogue auquel nous appelons, est un dialogue inclusif, et sans tabou, c’est-à-dire qui n’exclut personne et qui traite de tous les problèmes. Et même la question de l’acte de naissance d’Ali Bongo, qui peut trouver solution. Il ne faut pas la laisser de côté, sinon elle va pourrir tout le reste. », confie l’ancien premier ministre.

« Dialogue national, l’opposition plombe déjà le débat ! », clame le journal la Sagaie.

« Les exigences posées par l’opposition radicale sur le dialogue national préconisé par l’ensemble de la classe politique, sont si peu engageantes qu’elles pourraient faire capoter le débat dont la date reste à fixer », s’inquiète le journal.

« Qui veut encore saboter le dialogue par des exigences contre nature ? Dans la partie qui s’annonce, personne ne sera assez dupe pour croire que le pouvoir va se livrer à ses bourreaux sans combattre. Au début, on a voulu faire du CND un « machin », tout juste bon pour donner l’illusion d’un vrai centre du dialogue politique. Du coup, ceux qui combattent Ali Bongo au péril de leur vie, s’en sont tout de suite détournés, redoutant une arnaque. Ils vont devoir réviser leur attitude et c’est tant mieux ainsi. Tout compte fait, Ali Bongo a eu tort d’avoir eu raison trop tôt. Le CND redevient subitement très recommandable. », constate le journal.

La question de l’ordonnance organisant la justice et rejetée par la Cour constitutionnelle refait surface dans les colonnes des journaux.

« Ya-t-il plus de « mécaniciens », pour ne pas dire de « bricoleurs » que des « spécialistes », dans un gouvernement Ona Ondo ? S’interroge le journal la Sagaie. « Faut-il toujours donner du grain à moudre à l’opposition, qui n’en demande pas tant, et pousser jusqu’à sa propre majorité-qui n’est plus celle des « béni-oui-oui », comme il y a encore quelques années-à s’interroger ouvertement et à haute voix sur la pertinence des choix des hommes, opérés depuis octobre 2009, pour occuper les fonctions au gouvernement ou dans la haute administration ? », le journal s’interroge.

« Auréolé de sa dernière promotion et de son titre de docteur en droit par correspondance, ricane le journal, Séraphin Moundounga entendait par cette ordonnance réorganiser le tentaculaire département de la justice, à travers une remise à plat de son organisation et son fonctionnement. Il s’est pris les pieds dans le tapis. Le Barreau Gabonais avait décelé dans cette loi une manœuvre sordide de Moundounga, une volonté insidieuse de contourner certains obstacles et in fine de violer la constitution de la République gabonaise. Encore un mécanicien au tapis. Encore un bricoleur mis à nu. A qui le tour demain ? Et sur quel terrain, après ceux de l’économie et du droit ? », s’interroge le journal.

Le journal Le Témoin s’intéresse quant à lui aux« grandes manœuvres en attendant 2016. Myboto prend la tête de la coalition anti-Jaune. » clame le journal. « L’idée d’une candidature unique de l’opposition, poursuit le journal, ne passe pas auprès de certains leaders. Surtout si c’est Ping qui doit être choisi comme porte-étendard.

Plus on va inexorablement vers 2016, plus tout semble se corser sur le terrain des intrigues politiques. Un vrai jeu de massacres en perspective, et déjà les grandes manœuvres ont commencé. Officiellement, tout le monde rêve d’une alternance, mais pas pour les mêmes raisons. La tournée de Jean Ping à travers le pays est regardée différemment selon qu’on est pro ou anti-Jaune. », analyse le journal.

« Où est le piège ? »,s’interroge le journal L’aube.

« L’effet escompté a été atteint. Marie-Madelaine Mborantsouo a fait le buzz juste pour avoir fait un sort bien malheureux à l’ordonnance du 11 août 2015 réorganisant les juridictions, leur fonctionnement et leurs compétences, révisant le code pénal et le code de procédure pénale, et affectant des magistrats aux nouvelles Cours ainsi créées. », renchérit le journal.

 

 


L\’Agitateur

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