La presse gabonaise lue par l’Agitateur :la décision de la Cour constitutionnelle et le dialogue pouvoir-opposition

lundi 14 décembre 2015 Speciales


Deux sujets alimentent les colonnes des journaux parus la semaine écoulée : l’annulation par la cour Constitutionnelle de l’ordonnance relative au fonctionnement de la justice au Gabon et la problématique du dialogue politique entre pouvoir et opposition.

« La cour constitutionnelle a, d’un coup de plume, invalidé, pour inconstitutionnalité, les trois ordonnances relatives à la justice, à savoir le Code pénal, le Code de procédure pénale et l’organisation de la justice, que le chef de l’Etat avait pris en catimini, le 11 août 2015. C’est un coup de massue qu’Ali Bongo a reçu sur la tête, jeudi dernier, en début de soirée. », se gargarise l’hebdomadaire Echos du Nord.

« Cette nouvelle posture, poursuit le journal, est-elle le signe que cette institution a compris qu’elle doit changer, car accusée par les Gabonais d’être l’auteure de l’absence de l’alternance politique au Gabon et d’une véritable démocratie ? » , s’interroge l’hebdomadaire. « Il est sans doute trop tôt pour y répondre. La cour constitutionnelle doit faire beaucoup plus d’efforts pour retrouver dans l’opinion tout le crédit perdu pendant vingt-quatre ans », commente le journal.

« Retrait de l’ordonnance portant fonctionnement de la justice », rumine le journal La Sagaie

« Les délinquants en col blanc jubilent, mais pour combien de temps ? », s’interroge le journal.

« La décision de la cour constitutionnelle d’annuler l’ordonnance portant réorganisation de la justice, est d’abord un triomphe total de l’Etat de droit qu’est notre pays. Mais en voyant avec quelle jubilation certains milieux saluent le répit que cette décision juridique laisse aux délinquants en col blanc qui essaiment dans l’opposition et restent encore tapis au sein du pouvoir, on ne peut que saluer l’initiative salvatrice prise par le gouvernement pour le pays. Et dire combien s’annonce difficile la traque de délinquants tous associés dans cette interminable quête d’impunité et d’amnistie de crimes économiques particulièrement graves. », fait remarquer La Sagaie.

« Autant de succès qui ont rapidement fait prendre conscience de la dangerosité de cette ordonnance. C’est ainsi qu’un beau matin du 13 novembre 2015, le Barreau s’est réveillé d’un bon pied pour attaquer cette loi. Et comme s’ils ne sont pas avocats par hasard, ces braves limiers ont découvert une pépite-une seule-parmi les 36 articles qui composent ce texte. Il s’agit notamment de l’article 35. Lequel a eu le charme de disposer ceci, version Conseil d’Etat : « Des textes législatifs et réglementaires déterminent, en tant que besoin, les dispositions de toute nature nécessaires à l’application de la présente loi organique ». Euréka ! C’est écrit « loi organique » alors qu’il s’agit d’une loi ordinaire. Et voilà qui va faire dandiner de joie Akumbu et sa bande. Et cela a largement été suffisant pour que la Cour constitutionnelle invalide la loi. Sous les cocoricos de ceux-là mêmes qui ont toujours accusé cette juridiction d’être sous la botte du pouvoir. Mais bof, on sait déjà ce qu’ils diront d’elle dans huit mois… », commente le satirique La Griffe.

« Sale temps pour le gouvernement », renifle Matin Equatorial. « Les deux premières équipes de Daniel Ona Ondo s’illustraient déjà par leur inertie et leurs bourdes. Les bruits de vaisselles et les querelles de chiffonnier du Cabinet du Premier ministre relevaient même déjà de la banalité. Mais jamais le gouvernement n’avait essuyé autant de revers et d’humiliations en l’espace d’une semaine. C’est d’abord Alexandre Barro Chambrier, député du quatrième arrondissement de Libreville, qui est monté en première ligne pour tailler en pièces le projet de loi de finances 2016 préparée par les soins du ministre de l’Economie, Régis Immongault, et le ministre du Budget, Christian Magnagna, resté pratiquement sans voix face aux assauts du député qui, point par point, et non sans pertinence, a relevé les insuffisances basiques du texte. Quelques jours seulement après, ce sera au tour de la Cour constitutionnelle de retoquer les ordonnances élaborées par le ministère de la Justice Séraphin Moundounga et adoptées en conseil de ministres. Des erreurs indignes d’un gouvernement et qui accréditent la thèse selon laquelle la formation d’une nouvelle équipe est dans l’air du temps. A travers cette décision qui fait tache d’huile, la Cour entend ainsi lancer un message fort, un signal à l’ensemble de la classe politique qu’elle se veut impartiale, autonome de l’agenda du gouvernement tendant à valider la nouvelle architecture judiciaire d’une part, et à cautionner le nouveau Code pénal d’autre part. En cette période préélectorale, la Cour entend ainsi, au-delà des quolibets qu’elle essuie d’une certaine partie de la classe politique (opposition), voire au sein même de la majorité au pouvoir, et de l’opinion en générale, redorer son blason à l’exemple de ses nouveaux bâtiments du bord de mer. », analysele journal Matin Equatorial.

« Les interprétations se dégagent au lendemain de l’annulation, par la Cour constitutionnelle, de l’ordonnance N°15/ PR/2015 du 11 août 2015 portant organisation et fonctionnement de la justice au Gabon. Constate à tour le quotidien L’UNION Pour les pourfendeurs du régime, il faut y voir, du côté du Barreau du Gabon, cette décision n’est rien d’autre qu’une victoire d’autant que, l’Ordre des avocats est à l’origine de la saisine de la Cour constitutionnelle. Au milieu de tout cela, comment ne pas voir, à travers la décision des neuf sages, une expression ou confirmation de l’Etat de droit. Car en invalidant ce texte, Marie-Madeleine Mborantsuo et les autres juges constitutionnels ont, n’en déplaise aux mauvaise langues, pleinement affirmé leur indépendance par rapport au pouvoir exécutif », indique le journal.

La problématique du dialogue politique sans tabou tant réclamé par l’opposition, refait surface dans les colonnes des journaux gabonais.

« Déjà au plan national, renchérit le journal Le Mbandja, les récentes assises du Conseil national de la démocratie (CND), dont l’une des commissions, dirigée par Me Mayila, examinait les conditions de la tenue d’un dialogue national, concluaient sur une possible transition de près de 5 ans avec Ali Bongo Ondimba toujours à la tête de l’Exécutif. Ce qui n’est pas pour arranger les affaires de Ping qui ne cache pas sa volonté d’en finir d’ici août prochain. En spécifiant dans leur déclaration commune, lue par Myboto, que « ­le dialogue inclusif et sans tabou (DNIST) doit se faire avec la majorité au pouvoir, l’opposition et la société civile et sous la supervision des facilitateurs internationaux, ONU, l’Union africaine, l’Union européenne, l’Organisation internationale de la francophonie et les Etats-Unis d’Amérique », les 4 partis du Front qui, le 4 décembre 2015, se sont désolidarisés des autres renient l’article 2 des statuts du Front. Or, s’il est une évidence, c’est que le contenu de cet article 2 ne fait aucun mystère sur la volonté des fondateurs du Front de rassembler le plus largement possible.Ce qui a tout l’air d’une collusion contre Jean Ping avec le camp Abo dont ils avaient pourtant fait leur contradiction principale le 19 juillet 2014. », conclut le journal.

« En appelant, le 4 décembre dernier, à « la tenue d’un dialogue national inclusif et sans tabou », constate le journal La Une, « l’opposition » croyait sans doute reprendre la main et mettre le pouvoir en difficulté. Mais à première vue, c’est elle-même qu’elle a, pour l’instant, réussi à mettre en difficulté. Il est donc curieux de constater qu’à moins d’un an de la prochaine élection présidentielle, « l’opposition » ressorte la même vieille ficelle du dialogue qui, dans le meilleur des cas, laisse quelque peu perplexe. Et ce, pour plusieurs raisons. La première, c’est la substitution du Front uni de l’opposition par un groupe apparemment plus élargi, pompeusement baptisé pour la circonstance « l’opposition », mais qui en réalité est un cache-sexe destiné à masquer la guerre des clans que se livrent nos opposants. Incapables de s’entendre sur la désignation d’un candidat, ou même sur les consignes à donner quant à l’inscription sur les listes électorales, ils préfèrent se lancer dans une suicidaire fuite en avant. » fait remarquer le journal.

 


L\’Agitateur

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