La paix sociale d’Omar Bongo : 10 ans après, un héritage en fumée

lundi 10 juin 2019 Politique


Violences postélectorales, tentative de coup d’Etat, crise sociopolitique aigue, climat social délétère, licenciements, chômage exponentiel, etc. Toute chose qui semble avoir galvaudé le concept même de paix défendu de son vivant par Omar Bongo Ondimba. Et alors qu’a été célébré samedi dernier le 10e anniversaire de sa disparition en juin 2009, il y a comme un sentiment de gâchis d’un héritage qui aura été pourtant le leitmotiv de l’action de l’homme durant tout son parcours.

S’il l’avait pu, Omar Bongo Ondimba se serait certainement retourné de dépit dans sa somptueuse tombe de Franceville, au moment même où ses proches viennent de se souvenir de lui à l’occasion du 10e anniversaire de sa mort. Et pour cause, son œuvre qui se résume essentiellement au dialogue et à la paix sociale, semble s’effondrer entre les mains des héritiers qui certainement n’ont su jusqu’ici en prendre toute la mesure. Et même si son successeur, Ali Bongo Ondimba, dans son discours à la nation samedi dernier a appelé les Gabonais à préserver jalousement les valeurs de l’homme, il reste que la paix sociale n’étant pas nécessairement l’absence de conflit armé, paraît être menacée depuis 2009, année de sa disparition. Une paix menacée par des discours incendiaires de l’opposition comme de la majorité.

Toute chose qui, évidemment a abouti aux violences postélectorale avec les morts enregistrés lors de l’attaque par l’armée du domicile de Jean Ping dans la nuit du 31 août 2016. En réalité, il n’est plus un secret pour personne que depuis l’élection anticipée à la suite de la mort d’Omar Bongo en 2009, le climat sociopolitique est de plus en plus tendu. Climat sous-tendu par le relais du pouvoir qui, manifestement avait été mal négocié entre les héritiers du défunt président. Ce qui, de facto a conduit à la rivalité viscérale entre Ali Bongo Ondimba et celui qui disait être pour lui un frère, André Mba Obame, décédé il y a quelques années.

Au fond, après les 42 ans de pouvoir du père, certains hiérarques du parti démocratique gabonais, (PDG), ont vu très flagrant sa succession par son fils, Ali Bongo. Non contents, ils ont claqué, les uns après les autres, la porte du parti pour devenir les vrais ennemis du successeur. Parmi eux, figurent des ténors comme les anciens premiers ministres, Jean Eyeghe Ndong, Casimir Oye Mba, l’ancien patron de l’Assemblée nationale, Guy Nzouba Ndama et Jean Ping, l’ancien président de la commission de l’union africaine.

L’ombre de la présidentielle

Réélu dans la douleur à la présidentielle de 2016, Ali Bongo peine jusqu’ici à asseoir une véritable politique qui satisfasse une demande sociale de plus en plus accrue. Et comme un coup de grâce, la crise économique qui paralyse le pays depuis bientôt quatre ans, alors qu’il est désormais diminué par la maladie ne sont pas de nature à faciliter les choses. Dans ce contexte, les réformes d’ajustements budgétaires dictées par le fond monétaire international (FMI), la corruption ambiante dans l’administration publique, renforcée par la disparition présumée le mois dernier au port d’Owendo de plusieurs centaines des centenaires du bois précieux de Kevazingo, la cherté de la vie, la grogne des syndicats, la liste est longue.

Tout cela a fini par attiser la méfiance grandissante des populations qui subissent de plein fouet, les effets dévastateurs de cette crise sociale qui affecte directement les ménages. Surtout avec un pouvoir taxé d’autiste par les syndicats, car n’écoutant généralement que sa propre voie qu’il juge la seule bonne, quitte à foncer dans le mur. Tous ces facteurs conjugués, ne favorisent autre chose qu’un climat malsain, une sorte poudrière, prête à s’enflammer à tout moment. Autant dire que 10 ans après sa mort, la paix léguée sociale par Omar Bongo n’est de plus en plus qu’un idéal sans aspirants.


Leno KOLEBA

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