La chronique de l’Agitateur : Le paradoxe gabonais

mercredi 23 janvier 2019 Speciales


Enfin connu le nouveau gouvernement. Voilà qui va faire taire les supputations ayant nourri les conversations de comptoirs. Une dizaine de têtes de nœuds s’est ajoutée au bataillon ministériel.

Parmi elle, figure une crapule de la pire espèce connue pour ses exploits en matière criminelle et qui, pour avoir souvent été citée dans de sordides affaires de tueries à des fins sacrificielles, n’est pas inconnue des milieux judiciaires. L’homme est un monstre froid dont la sinistre réputation hante, tel un fantôme sa province. Sa tronche de croque mort est un indicateur sérieux qui ne saurait tromper. Ses différentes promotions à de hauts postes décisionnels lui servent de bouclier afin d’échapper à la sentence de la justice. Dans sa contrée, le personnage passe pour un bienfaiteur, mais les plus futés savent que tout cela n’est que pure camouflage, un écran de fumée, une couche de vernis pour brouiller les pistes comme le font tous les criminels de son calibre.

Ce nouveau gouvernement pèche aussi pour avoir ramené des individus qui font dans un zèle morbide. Des gens qui ne se prennent pas pour de la merde et sont promptes à faire embastiller les journalistes parce qu’ils souffrent d’être critiqués pour leurs frasques congénitales. Comme ils disposent de la force publique qu’ils réduisent au stade de leurs domestiques au point d’en faire un usage à des fins personnelles, ils abusent et abusent de l’autorité investie en eux du fait de leurs charges constitutionnelles et réglementaires. Nous croyions pourtant que ces gens devaient disparaître sans regret du gouvernement, mais hélas, nous sommes dans « un pays de merde », (dixit Donald Trump, le président américain), où tout est possible, même le plus surréaliste.

C’est dans l’euphorie de leurs pouvoirs surdimensionnés que l’un d’eux s’était même tapé le culot de tancer, en présence des médias, deux journalistes, le correspondant de RFI, Yves Laurent Goma et Caroline Chauvet de l’Agence France presse (AFP), allant jusqu’à menacer de faire interdire ces deux médias sur le territoire gabonais. Le confrère de RFI avait commis l’outrecuidance de rapporter l’actualité relative au coup d’Etat manqué au Gabon ; coup de force que l’individu ramenait au stade d’un banal fait divers qui, selon lui, ne valait pas la peine d’en faire une tartine. C’est le fait d’avoir été relayé par les médias, se convainc le personnage bêtement, que l’affaire a pris cette dimension internationale. Si l’on s’en tient à un tel raisonnement de petit abruti, une attaque terroriste effectuée hors de nos frontières est un épiphénomène qui ne doit pas susciter le moindre intérêt chez les médias. Voilà un individu qui s’invite dans un champ dont il n’a aucune compétence. Comme il est super-ministre, il se la pète et se croit tout permis.

En marge de ces nominations gouvernementales, figure la nomination des Conseillers du président de la République. Oh nom de Dieu, quelle catastrophe ! On a carrément sorti de leurs sarcophages des momies politiques pour en faire des Conseillers du président. Entre nous, qu’attendre d’un Mboumbou Miyakou, d’un Doupambi Matoka ou d’un Essongué ? Que peut bien être l’apport politique de cette pile d’individus ? L’on veut bien que l’on fasse appel à l’expertise de certains vétérans, mais je doute fort que ces trois messieurs, visiblement épuisés, soient encore productifs. Il ne fait aucun doute que leurs bureaux se transformeront en de sortes d’auspices où ils passeront l’essentiel de leur temps à ronronner et à péter. Plutôt que de recycler cette vielle raclure en Conseillers, on aurait pu trouver d’autres personnes aguerries en matière de géopolitique. Que voulez-vous, nous sommes au Gabon pays de tous les possibles ! Un paradoxe hallucinant tout de même : alors qu’en théorie on nous chante que les jeunes doivent prendre le relais et se faire la main, mais la pratique chez nous est tout autre.

Pourquoi au Gabon on n’a pas le courage de décrocher lorsqu’il est temps et de passer la main à celles et ceux de nos compatriotes les plus méritants ? Chez ceux qui nous servent de modèles, prendre sa retraite est l’occasion de s’occuper autrement. Là-bas chez les autres, la retraite est l’occasion rêvée par tous pour se refaire une vie loin de toute dictature patronale et où on est à l’abri de tout stresse. Certes, me direz-vous qu’il y a eu certains européens qui se sont fossilisés aux affaires, le cas d’une certaine fripouille nommée Jacques Foccart qui a dirigé la cellule Afrique jusqu’à son dernier souffle ; mais ce sont là des exceptions à la règle. Si ces nominations visent à les récompenser pour bons et loyaux services, pourquoi donc, plutôt que de les transformer en bouffes cadeau, ne pas leur offrir des années de vie dans un vrai auspice en Europe par exemple où ce genre de structures existent ?


L’Agitateur

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