La chronique de l’Agitateur : Ces professionnels de l’arnaque au sein des administrations et forces de l’ordre gabonaises

mercredi 4 mai 2016 Speciales


Dans le hit-parade d’arnaqueurs de paisibles citoyens sans défense, les Forces de l’ordre et les agents de la Mairie de Libreville caracolent en tête. Talonnés dans ce triste classement par des agents du service d’hygiène et sans oublier de petits usurpateurs de titres qui se font leur beure dans les quartiers de Libreville. Ces quatre catégories de personnages aux mœurs abjectes, sans scrupule, se livrent une concurrence ardue aux yeux et au su de tous. Les sommes exigées, loin d’être figées, fluctuent en fonction de la capacité de chaque victime à négocier. La tête de l’homme à plumer est aussi une variable déterminante.

Pour bien illustrer le phénomène qui devient une gangrène sociale, passons en revue, dans chaque secteur d’activité, un bref échantillon du phénomène, tel qu’il s’exprime rien que dans la journée du 30 avril dernier dans les PK.

Samedi 30 avril dernier, quartier PK8. Il est 11 heures du matin lorsque des agents de la Mairie de Libreville, à bord d’une double cabine pickup blanche, prennent en chasse un couturier ambulant, un ressortissant ouest-africain. Ils parviennent à le cerner et ensuite lui arrachent sa machine à coudre. Les hommes exigent qu’il leur verse la somme de douze mille FCFA, condition pour la restitution de son outil de travail. Sur elle, la victime n’a pas la somme exigée. Elle va leur expliquer qu’elle a tout juste 5000FCFA dans ses poches. Le deal est vite conclu et les gaillards empochent la somme et lui restituent sa machine.

A la brigade de gendarmerie du PK 10, aux environs de 13 heures, un gendarme, la hargne dégoulinant sur son front, siffle un taximan avec insistance. L’homme refuse d’obtempérer. Un client à bord lance : ‘’Pourquoi refusez-vous de vous arrêter’’ ? Réponse du taximan : ‘’Je viens de prendre du service et je ne dispose pas encore de leur tarif qui ne doit pas être en dessous de 5000 FCFA, je préfère les ignorer, sinon ils vont me garder longtemps et me faire perdre du temps’’. Arrivé au rond-point du PK12, l’infortuné taximan tombe cette fois-ci sur un troupeau de flics motorisés. Le coup de sifflet retentit. Le taximan se gare sur le côté et descend muni d’un billet 500FCFA qu’il dissimule dans le dossier de la paperasse souvent exigée. Le même client lui demande : ‘’et ce billet leur est destiné ?’’ Réponse laconique du Taximan : ‘’oui, c’est leur tarif’’.

Retour au PK8, en plein milieu de l’après-midi, le soleil crache des bouffées de chaleur suffocantes capables de faire cuire un œuf. Deux messieurs flanqués d’une dame investissent un troquet. Les trois hommes que l’on croit être des clients, disent être du service d’hygiène et sont donc là pour un contrôle de routine. Sans brandir leur ordre de mission, ils font constater au tenancier des irrégularités en matière sanitaire qu’accuse son établissement. De même qu’ils réclament patente et autres documents propres à l’exercice d’un commerce de ce type. Le troquet n’est pas en règle. Alors, ils infligent au gérant une amende de 80 000FCFA. ‘’Ma caisse est vide, j’ouvre à peine’’, leur répond sèchement le tenancier. ‘’Bon ok, tu as combien sur toi, trouve nous même 4 000 FCFA’’, rétorquent les malfaiteurs. Le gérant leur tend la somme exigée et ils s’en vont.

Toujours au PK8. Cette fois c’est un épicier malien qui échappe à deux imposteurs qui se font passer pour des agents des forces de police. A peine ont-ils commencé l’arnaque, que pointent, comme par un effet providentiel, trois flics en uniforme. C’est ainsi que l’opération prend fin et les deux usurpateurs de titre s’éclipsent aussitôt sans laisser de traces.

Ils sont des milliers qui, au quotidien, arnaquent de paisibles citoyens. Ce sont donc de fortes sommes d’argent qui alimentent ces réseaux d’arnaqueurs.
Les spots publicitaires de sensibilisation souvent passés en boucle à la télévision ainsi que les numéros verts ne suffisent pas à enrayer le phénomène dont l’ampleur se passe de tout commentaire. Il faut donc, pour liquider le mal, penser d’autres stratégies plus coercitives et efficaces.


L’Agitateur

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