Justice gabonaise : L’indépendance en question ?

vendredi 19 janvier 2018 Société & environnement


Les dénonciations fusent de partout. Elles viennent des partisans de l’opposition, qui condamnent une justice aux ordres suite aux interpellations multiples des opposants en conflit avec le pouvoir. Mais également des magistrats qui fustigent eux-mêmes, une subordination de la justice dont le Chef de l’Etat est en même temps le président du Conseil supérieur de la magistrature.

La justice gabonaise est-elle indépendante ou manipulée ? A cette question, les réactions sont souvent partagées. Pour Gervais Ella Nguema du SYNAMAG, le syndicat des magistrats du Gabon, « Il faut le dire, la justice gabonaise est en désaccord avec la population ». Les tenants du pouvoir, pour justifier le cadre de leurs actions, répondent que la justice est rendue au nom du peule gabonais. Et que, par conséquent, elle est indépendante. Pour justifier la lourdeur et la mauvaise volonté dont font montre les magistrats impuissants face aux lobbys politiques et économiques, les autorités allèguent qu’il faut laisser du temps à la justice qui doit suivre son court en toute indépendance.

Quant à l’opposition et une bonne partie de l’opinion, elles répondent que la justice gabonaise est aux ordres et à deux vitesses. Du moins, elle n’est qu’un instrument de répression entre les mains du pouvoir pour bâillonner ses adversaires politiques, les plus virulents bien sûr. Les opposants en prison, Bertrand Nzibi Abeghe, Pascal Oyougou, Frédéric Massavala et bien d’autres ; les interdictions de manifester et de sortie du territoire visant Jean Ping et certains de ses disciples, etc. De quoi créditer la thèse d’une instrumentalisation manifeste de la justice pour régler des comptes aux adversaires politiques.

La « décrédibilisation » de l’Etat de droit

Dans un tel contexte de défiance voire de « délégitimation » et de discrédit jetés sur la justice gabonaise du fait des manipulations supposées ou avérées, il y a que celle-ci se trouve fragilisée. Fragilisée, elle l’est effectivement quand un responsable politique, convoquée par une juge d’instruction refuse de déférer au motif qu’il s’agirait d’un empoisonnement ou d’un autre complot politique. Le refus de Jean Ping de répondre à la convocation du tribunal de Libreville, renforce bien cette fragilisation de la justice, qui n’est plus vue comme une lecture stricte du droit pour normaliser la société. Mais comme un instrument de brimade, mieux de punition des autres.

Au-delà de cette mise en mal des instruments de droit, c’est l’Etat lui même qui reste fragilisé et impuissant devant la désobéissance délibérée de ses citoyens, refusant de se plier aux règles de la vie commune. Ce qui, à terme, risque d’instituer un Etat faible où les plus forts, au nom de la légitimité populaire, peuvent aisément déroger à la puissance publique au détriment des plus faibles, sous le prétexte que telle ou telle autre loi ne les conviendrait pas ou serait alors injuste. La contestation de la crédibilité de la justice, c’est aussi la récusation de l’existence même de l’Etat et il faut le craindre.


Leno KOLEBA

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