Journée de prière ou incitation à la prise de conscience ?

vendredi 10 juin 2016 Société & environnement


Quand le musicologue gabonais Pierre-Claver Akendengué avançait dans sa chanson « Considérable » que toute religion sert une politique, il ne croyait pas si bien dire. Et pourtant, à la vérité, le constat est aujourd’hui encore et ici sous nos cieux que la démarcation entre le fait religieux et le politique est tellement mince que l’on a du mal à évoquer avec certitude chez nous la séparation des pouvoirs que l’on doit à l’Edit de Nantes français. Il y a quarante huit heures, était organisée au stade de Nzeng-Ayong par des responsables de confessions religieuses, une journée de prière au nom de la paix. La question que d’aucuns se posent est celle de savoir pourquoi autant de réunions de prières, alors que les conditions de la paix sont sans cesse occultées, pour ne pas dire qu’elles s’éloignent de jour en jour davantage ?

Les Gabonais, écrivait récemment un compatriote chercheur à l’université de Reims en France, sont plus ou moins conscients que l’alternance recherchée dans leur pays ne devrait se jouer qu’avec d’anciens commis de l’Etat, à savoir des personnalités ayant servi sous feu Omar Bongo Ondimba et que de ce fait, le départ d’Ali Bongo Ondimba ne changerait pas grand-chose à la donne mais, faut-il reconnaître, pourrait apporter une amélioration dans les conditions de vie des citoyens si le pari de certains opposants est véritablement tenu.

Puisque ce que les gabonais recherchent le plus, en dehors de continuer à ne pas entendre le crépitement des armes, c’est bien d’un mieux- être promis depuis des lustres, mais qui tarde toujours à se matérialiser. Ce ne sont pas les déflatés de Port-Gentil, les sans-domiciles fixes de Libreville, les laissés-pour-compte de l’arrière-pays qui nous démentiront, eux, qui attendent encore qu’un regard particulier soit jeté sur leurs modestes personnes. En clair, les gouvernants essaient par tous les moyens de répondre concrètement à leurs aspirations qui sont celles de tout être humain et qui se résument donc à très peu de chose : l’éducation qui passe par l’information, la santé, l’emploi ou simplement l’occupation qui peut se traduire par l’auto-emploi, le manger, c’est-à-dire l’équilibre alimentaire, que sais-je ; pour leur éviter de prendre la rue et manifester leur mécontentement au grand jour, ce qui n’est pas sans laisser des traces de désolation.

Sortir les populations du spectre de la violence !

Ces êtres qui se sentent marginalisés croient avoir trouvé dans l’opposition ou dans le discours contradictoire et des projets novateurs, une passerelle pour faire entendre leur voix, ce que leur autorise le système démocratique symbolisé par la contradiction. Pour eux, la paix n’existe que si elle est manifeste dans le quotidien : de moins en moins de contrôle de police, une meilleure prise en charge des questions d’alimentation, des problèmes sécuritaires, des problèmes sociaux, allions-nous dire, ce qui passe pour eux inéluctablement par l’écoute des autres et l’adoption collégiale de modèles de développement.

C’est pourquoi, ils jugent très utile que la franchise s’instaure entre tous ceux que cela dit de tenter l’aventure présidentielle, car devenir Président de la République, c’est pour eux, non seulement être au-dessus des partis, mais aussi s’oublier soi-même pour ne penser en priorité qu’à la nation, qu’au peuple. Sans lequel, il est vain d’évoquer certaines notions dont la paix, parce que les conditions de celle-ci sont créées pour lui. A quoi sert-il de lui rappeler à tout bout de champ qu’il court le risque de vivre l’hécatombe quand lui-même pense logiquement le contraire puisque se croyant en régime démocratique ? Faut-il de tout temps lui rappeler qu’il est à la veille d’une échéance importante et qu’à ce titre, il se doit de se tenir coi, donc davantage proche de Dieu quand on sait que chacun à ses habitudes religieuses et ses croyances et que dans son fort intérieur, il sait ce que vaut l’Amour du prochain et la préservation de la quiétude entre les hommes d’un même espace géographique ?

Inviter le peuple à se recueillir pour honorer la mémoire de l’ancien président Omar Bongo Ondimba est important puisque l’acte renvoie, lui, à des symboles dont celui de la paix indiscutablement, mais oublier les raisons qui ont fait que la paix règne pendant son magistère dans le pays parait une attitude regrettable.

« Le Vivre ensemble » qu’ont de tout temps cultivé les gabonais ne saurait souffrir d’une volonté partisane des politiques de conduire le pays dans le chaos au nom d’un échec ou même d’une réussite, c’est selon. Alors qu’au finish, les intentions des uns et des autres sont celles de tout potentat voulant se servir du peuple comme d’un vulgaire marchepied. A entendre certains parler, il y a comme une odeur de souffre quelque part avec ces histoires interminables de crispation, de règlements de compte, de vengeance, de violence qui courent la rue ces temps derniers, c’est à croire qu’il n’y a plus de place pour que le linge sale se lave en famille et que la voie de la raison ne soit entendue par toutes les parties. Car, il ne sert à rien de créer le chaos et d’ensuite s’en plaindre, dès lors que l’on a encore la possibilité de faire parler son chœur.

« Nous n’avons pas de pays de rechange » entend-on ci et là dire, qu’est-ce que cela peut bien signifier quand dans chaque petit esprit sommeille une idée de violence, même aveugle, car celles qui paient souvent le lourd tribut, ce sont les populations, on l’a récemment vu au Burundi et plus loin dans le temps en Côte-d’Ivoire. Que les politiques n’empruntent pas aux latins qui disent « si vis pacem para bellum » comme quoi « si tu veux la paix, prépare la guerre ». Car, ici, nous voulons continuer à saluer les avancées démocratiques en favorisant pourquoi pas l’alternance, si tel est le vœu du peuple et du plus grand nombre, loin des armes et des gourdins qui peuvent fragiliser la commodité qu’installent les systèmes de gouvernance up-to date.


Dounguenzolou

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