Indépendance 58 : Recul ou manque de ferveur populaire ?

lundi 20 août 2018 Société & environnement


Quel Gabonais, même celui dont l’esprit est véritablement teinté d’hypocrisie comme c’est aujourd’hui plus que jamais à la mode, se satisfait de la célébration ces dernières années dans son pays de la fête marquant l’accession de son pays à la souveraineté internationale ? En effet, le constat général est que le 17 août qui a toujours donné lieu à une fête en partage n’est plus ces derniers temps qu’une journée morose au cours de laquelle quelques citoyens se souviennent pour la plupart devant leur écran de télévision grâce aux images louées à l’Institut National Français de l’Audiovisuel, INA, de moments ayant jalonné le passage de leur pays d’une structure de l’Afrique Équatoriale Française, AEF, à une République. Dans les quartiers, l’engouement des grands jours a presque disparu, cédant la place à la méditation et à la nostalgie dans le pire des cas !

Combien de Gabonais sont-ils fiers de l’être aujourd’hui ? La question mérite d’être posée pour sonder l’état d’esprit qui habite les citoyens de cette République d’Afrique centrale à l’heure de la célébration de l’indépendance. Les autorités doivent à notre humble avis s’imposer ce sondage pour se rendre compte de ce qu’il y a à faire en direction des populations pour que le fossé existant entre eux et elles ne continue de s’accroître. Il nous a suffi d’arpenter quelques grandes rues de la capitale où vit l’essentiel de la population gabonaise et de prendre des renseignements sur les réseaux sociaux via Whatsapp pour se convaincre de ce que la fête nationale avait perdu considérablement son lustre d’antan. Et ce ne sont pas les petites manifestations clairsemées et spontanées organisées pour chasser l’ennui ou donner l’impression qu’il reste dans l’entendement de la plupart des gens une image de recueillement qui viendront changer la donne.

Le 17 août dans la tête de plus d’un Gabonais, c’est avant tout le fait de vanter la liberté obtenue non sans engagement de la part d’hommes politiques de l’époque, nous pensons aux Jean-Hilaire Aubame, Paul-Marie Indjendjet Ngondjout, René-Paul Sousatte, Léon Mba et à bien d’autres qui « payèrent » parfois de leur vie pour obtenir du colonisateur qu’il leur accordât avec eux à leur pays le statut d’entité libre. Mais le 17 août, c’est aussi la vénération des emblèmes de la République que constituent le drapeau, l’hymne et la devise « Union, Travail, Justice ». Tout cela agrémenté par des réjouissances populaires passant par la satisfaction matérielle de chaque individu. C’est dire qu’il est inconcevable que l’on invite les Gabonais se réjouir comme on le fait pour qu’ils aillent s’inscrire sur les listes électorales, en ne songeant pas au départ à leur faire partager une part du précieux gâteau dont la plus grosse des parts s’en va à ceux qui ont leur destin en mains.

Or, l’impression qui se dégage est que ces « citoyens de seconde zone » sont ceux à qui l’on demande de consacrer davantage de sacrifices en allant par exemple s’amasser, place de l’indépendance, sans que l’on ne se demande s’ils ont à ce moment précis le ventre vide. Ce qui visiblement est contraire aux bonnes mœurs. Pour ne pas dire que cet acte est à la limite inhumain. Qu’avancer de ses citoyens qui restent carrément cloitrés chez eux toute cette journée s’ils ne trouvent des parades comme celle consistant à déambuler à travers le quartier en quête d’une bonne action de la part d’autres habitants dudit quartier ? Peut-on lire l’angoisse qui les hante en dépit de l’affichage par certains d’entre eux d’un esprit plutôt stoïque ? Après tout, ont-ils le choix ?

Le regret des temps passés et la peur des lendemains

Tout ce beau monde se souvient cependant qu’il fut un temps, ceux qui travaillaient, seuls, suffisaient à entretenir la flamme du groupe ; à commencer par leur famille respective. Sous Omar Bongo Ondimba en effet, il n’était pas question qu’un Gabonais se retrouve fêtant surtout l’indépendance sans argent en poche. C’est pourquoi il avait institué la paye bien avant que l’on ne déclare les journées fériées pour permettre à chacun et à tous, en « in » ou en « off » pour reprendre une expression chère aux organisateurs du Marché des Arts du Spectacle Africain, MASA, de vivre l’évènement grandeur nature. Cela doit très certainement manquer aujourd’hui à entendre les différents témoignages recueillis auprès des populations de Kinguélé, des PK, d’Atsibe-Tsos, de N’Kembo et de bien d’autres quartiers de Libreville.

A l’époque pour ajouter à la ferveur populaire, différents orchestres parmi les plus importants de la place étaient réquisitionnés allions-nous dire non sans recevoir des gratifications pour tenir en haleine une nuit durant aux plus grands carrefours ou dans des lieux publics tels les stades de football, les habitants des arrondissements que comptait la capitale gabonaise pour ne pas que ces derniers soient en marge de l’évènement ou aient l’impression d’avoir été oubliés ou écartés volontairement. Pourquoi, quoique l’on déclare la situation économique délétère, ne pas accorder le même crédit à la célébration de la fête de l’indépendance même si l’on sait que la tête est plutôt aux élections législatives ?

Le 17 août, est-on en droit de se demander, ne vaut-il que pour une certaine catégorie de Gabonais de surcroît pas du tout représentative de l’ensemble des populations ou continue-t-elle d’être la fête de l’indépendance d’un pays que tous les citoyens ont en partage ? Certes la précarité dans laquelle plongent nombre d’entre nous pour diverses raisons y est pour quelque chose, mais faut-il pour autant affirmer qu’il n’y a plus dans notre quotidien de moments exceptionnels qui méritent qu’on leur accorde le peu d’importance qu’il leur faut ? Le 17 août, n’a-t-il pas valeur de baromètre ?


Dounguenzolou

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