LE
GABON, UNE HISTOIRE DE MIGRATIONS UN PEUPLEMENT
PACIFIQUE MULTISÉCULAIRE
Les traces
d’occupation préhistorique
autour de Libreville sont indubitables, même
si l’absence d’ossements, qui ne
se conservent pas en terrain humide, ne permet
pas de définir avec certitude leur origine.
Ce qui est certain, c’est qu’il s’agit
là des plus anciens habitants connus du
Gabon, bien avant les Pygmées dont l’arrivée
ne remonte qu’à 5 000
ans avant JC.
Arrivant
dans la région de l’Estuaire
au XIe siècle, les M’Pongwés
de la branche Myéné s’y installèrent
lentement jusqu’au XVIIIe siècle.
Ce n’est qu’au XVIe siècle
que d’autres groupes descendent plus au
sud pour se fixer
dans le delta de l’Ogooué.
C’est à partir du XVIème
siècle que des groupes ethniques très
variés commencèrent à arriver
au Gabon, d’abord par la vallée
de l’Ivindo (Bakélés, Simba,
Mitsogho, Okandé, Bakota, Bélinga),
puis par le sud (Eshiras, Bapunu, Balumbu puis
M’Bédé, Bandjabi, Batsangui,
Aduma, etc.).
Au XIXe siècle, les Fang envahissent le
nord-est du Gabon, provoquant un glissement vers
le sud des autochtones qui se tassent un peu
plus dans les régions déjà peuplées.
Les Fang s’installèrent nombreux
et organisés dans le Woleu N’Tem,
l’Estuaire et la Guinée Équatoriale.
Les Portugais
découvrent l’embouchure
du Como en 1472 et le nomment Gabao, exprimant
ainsi l’aspect inaccessible de ses côtes,
encapuchonnées d’un épais
manteau de forêt, d’apparence hostile
et impraticable.
La côte se baptise alors des noms de Lopez
ou Fernan Vaz.
Au début du XVIe siècle, les jésuites,
suivant les marins, s’intéressent
aux populations locales... pour les faire travailler
dans leurs plantations d’orangers, de cocotiers,
de bananiers ou de manioc. Ils « recrutent »
rapidement quelque 30 000 esclaves.
Vers 1600, les Hollandais occupent les îles
Elobey dans l’Estuaire et se font massacrer
par les M’Pongwés qui voient d’un
mauvais oeil l’édification de murailles
percées de canons dirigés vers
leurs villages.
Ces mêmes M’Pongwés cèderont
toutefois aux charmes du commerce avec les Français
et les Anglais, sans doute plus diplomates.
La traite, qui bat alors son plein, à deux
graves incidences directes sur les populations
côtières: une véritable hémorragie
démographique et la mauvaise habitude
de vivre du troc de bétail humain contre
tout ce qui était nécessaire à leur
vie quotidienne, que ce soient les objets manufacturés
ou la nourriture. Ce n’est qu’en
1793 que viendra de France, avec la révolution,
une timide prise de conscience des ravages et
de l’inhumanité de l’esclavage.
Mais il faudra attendre 1848 pour que son interdiction
prenne vaguement effet et 1900 pour que la traite
soit effectivement interdite.
La répression de la traite fournira le
prétexte à la marine française
de signer les premiers traités avec les
rois de l’Estuaire à partir de 1837.
Les missionnaires suivant de près les
commerçants commencent à se disputer
ces âmes. Le Père Bessieux fonde
en 1845 la
Mission Sainte Marie et tente de concurrencer
ses rivaux protestants américains déjà installés à Baraka.
De 1844 à 1883, Bigeard, Bouët-Willaumez,
Chaillu ou Savorgnan de Brazza rivalisent de
courage pour pénétrer à l’intérieur
des terres.Ils en profitent pour s’accaparer
en toute bonne conscience ces territoires « vierges » et
y planter l’étendard français.
En 1884, la colonie du Congo est officiellement établie
et le pillage peut alors continuer en toute légalité.
Avec la conférence de Berlin en 1906,
les européens s’entendent sur le
partage de l’Afrique en définissant
les frontières sans tenir compte du relief,
du régime des eaux des fleuves, encore
moins des ethnies. Ce découpage arbitraire
ne facilite pas l’harmonie dans
les colonies et de larges territoires passent
de mains en mains suivant les jeux d’alliance
et de traités entre l’Allemagne,
la France, l’Angleterre, la Hollande et
l’Espagne. Les grandes compagnies de ces
différents pays agissent en petits dictateurs,
réquisitionnant les villageois, s’accaparant
les richesses sous la menace de milices armées,
imposant des conditions de travail inhumaines
aux populations autochtones. Les soulèvements
se multiplient et la répression s’intensifie.
L’entre-deux-guerres voit naître
une génération d’hommes qui
luttent pour une organisation politique et sociale
plus juste. Le Mouvement Nationaliste Africain,
né aux Antilles en 1900 gagne l’Afrique
et en 1919, se crée à Libreville
une sous section de la Ligue des Droits de l’Homme
et du Citoyen comprenant l’intelligentsia
de l’époque : Jean-Baptiste
Ndendé, Antoine M’Ba, Ignace Békalé,
N’Tumune Ossame, Maurice N’Gome Obiang,
Victor Obame Otsagne, Paulin N’Dingo, Martin
Tambani Issembe et Léon M’Ba. En
1946, chaque territoire de l’Afrique Équatoriale
Française se voit dotée d’un
député à l’Assemblée
Nationale Française. En 1956, Houphouët-Boigny
et Gaston Deferre mettent au point la loi-cadre
qui introduit la notion d’autonomie interne
de chaque territoire.
En 1958, le Général De Gaulle crée
la Communauté Française qui autorise
la création d’État autonome
dans les colonies et la République Gabonaise
est proclamée le 29 novembre 1958. Léon
M’Ba est nommé Premier Ministre
le 19 février 1959. Le 17 août 1960,
l’Indépendance
est proclamée et le 20 novembre, le Gabon
est admis à siéger à l’ONU. Élu
Président de la République Gabonaise
le 12 février 1961, Léon M’Ba
le restera jusqu’à sa mort en 1967.
Ministre délégué puis responsable
de la Défense Nationale et de la Coordination,
Albert-Bernard Bongo devient rapidement un conseiller
très écouté par le Président
Léon M’Ba. En 1966, il devient Vice-Président.
Au décès de Léon M’Ba,
en 1967, il devient logiquement le second Président
de la jeune République
Gabonaise et fonde le Parti Démocratique
Gabonais qui restera parti unique jusqu’en
1991. Le Président Bongo, devenu entre
temps El Hadj Omar Bongo suite à sa conversion à l’islam,
sera réélu en 1973, 1979, 1986,
1993 et 1998.
Dans un discours prononcé le 1er janvier
1968, le nouveau Président annonce sa
volonté de poursuivre l’oeuvre de
son prédécesseur tout en soulignant
la nécessité d’insuffler
au pays un esprit nouveau qu’il symbolise
par le mot de «
Rénovation » qui deviendra un leitmotiv
dans ses discours et sa politique. En mars 1991,
une nouvelle constitution est adoptée
qui instaure le multipartisme. Les élections
législatives de 1993 aboutissent à la
mise en place d’une assemblée Nationale
composée de 8 partis. Le PDG obtient à lui
seul la majorité absolue de 75 sièges
sur 120. Le Président Omar Bongo sera
réélu en 1993 et 1998.
Grandes dates
1839 Signature d'un traité entre les Français
et le souverain Mpongwé
1844 Création d'un poste militaire dans
l'estuaire du Gabon par les Français.
1849 Création de la ville de Libreville
(capitale actuelle) par les esclaves.
1875 à 1885 Exploration du fleuve Ogooué par
Pierre Savorgnan de Brazza.
1886 Le Gabon devient un territoire de l'Empire
colonial français.
1899 Le Gabon est rattaché au Congo français,
Libreville demeurant la capitale du territoire
ainsi étendu.
1904 Libreville perd ce statut au profit de Brazzaville.
1910 Le Gabon devient une colonie de l'Afrique-Équatoriale
Française (A.E.F.).
1933 Léon MBA est exilé en Oubangui-Chari
(actuelle République centrafricaine).
1941 Le Gabon est acquis à la France libre à l'issue
d'affrontements meurtriers entre colons vichystes
et gaullistes.
1946 Le Gabon devient territoire français
d'outre-mer, et récupère la région
du Haut-Ogoué.
1958 Léon MBA devient le Premier ministre
de la République autonome du Gabon.
17 août 1960 Proclamation de l'indépendance
du Gabon.
1961 Léon MBA, élu président
du nouvel État.
1964 Léon MBA est renversé par
un coup d'État militaire, puis rétabli
au pouvoir.
1967 Décès de Léon MBA.
Son vice-président, Omar BONGO ONDIMBA,
lui succède