Gabon : Ben Moubamba titille Ali Bongo au sujet du Pozzo di Borgo

mercredi 9 mars 2011 Speciales


L’opposant gabonais Bruno Ben Moubamba a effectué, le 7 mars dernier à Paris (France), une déclaration devant la villa Pozzo di Borgo, appartenant à l’Etat gabonais et ayant fait l’objet d’un assaut de "Jeudi Noir" en février dernier. Le sociétaire de l’ex-Union nationale surfe sur la plainte déposée contre Ali Bongo Ondimba au Centre international de règlement des différends relatifs aux investissements (Cirdi, Banque Mondiale) par un homme d’affaires français, pour raviver le problème des biens mal acquis.

Bruno Ben Moubamba, ancien candidat à l’élection présidentielle et vice-président de l’Union Nationale, parti désormais interdit au Gabon, a prononcé, le lundi 7 mars, une déclaration politique devant l’hôtel particulier de luxe Pozzo di Borgo au 51 rue de l’université à Paris (France).

D’entrée de jeu, Ben Moubamba qui rebaptise Pozzo di Borgo en « Pozzo di Bongo », constate et s’interroge : « en moins de deux ans à la tête de l’appareil d’état gabonais, [Ali Bongo Ondimba] a réussi à s’offrir ce « palais » parisien pour près de 100 millions d’euros avec des travaux qui avoisineraient les 50 millions d’euros. Plus de la moitié de la valeur totale des Biens Mal Acquis par son père feu Omar Bongo ! Avec quel argent et au moyen de quel montage juridique ? Au-delà de la version officielle, que beaucoup remettent en doute et qui veut que le « Pozzo di Borgo » soit la propriété de l’État Gabonais (et nous en doutons), nous exigeons des preuves que cette demeure n’appartient pas à une Société Civile Immobilière détenue par des personnes privées très proches d’Ali Bongo Ondimba !? Quel est l’origine des fonds ayant servi à acquérir le « Pozzo di Borgo » alors que les infrastructures sanitaires et éducatives (comme les universités et les hôpitaux publics gabonais) sont dans un état de déliquescence ?  »

Le sociétaire de l’ex-UN poursuit sa problématique au sujet de l’origine des 150 millions d’euros ayant permis à Ali Bongo d’acquérir cette résidence :
« - Qui a donc payé le « Pozzo di Borgo » et qui en bénéficie réellement ?

- Le « Pozzo di Bongo » à Paris n’aurait-il pas été acheté avec de l’argent détourné ?
 »

Ben Moubamba fait ensuite état de la plainte déposée contre Ali Bongo au Centre international de règlement des différends relatifs aux investissements (Cirdi, Banque Mondiale) par l’homme d’affaires français Jacques Dupuydauby pour « détournement d’actions à des fins de profit personnel ». Le français ne s’est jamais remis d’avoir perdu en 2007, au profit de Bolloré, la mise en concession des ports d’Owendo et de Port-Gentil qu’il avait obtenu quatre ans plutôt à l’issue d’un appel d’offres. Ali Bongo qui était alors président du conseil d’administration de l’Office des ports et rades du Gabon (Oprag), est visé pour avoir lancé un nouvel appel d’offres remporté cette fois par Bolloré.

Insistant sur le motif de la plainte de Jacques Dupuydauby, tel que publié par l’hebdomadaire "Jeune Afrique" (« détournement d’actions à des fins de profit personnel »), l’opposant gabonais pose trois autres interrogations :

« - Ali Bongo Ondimba s’est-il servi de son statut de Président du Conseil d’administration de l’OPRAG et de son poste de ministre de la défense gabonais pour faire dans la spoliation et revenir sur les engagements fondamentaux de l’État Gabonais vis-à-vis de partenaires économiques ?


- Ali Bongo Ondimba s’est-il servi dans les caisses de l’OPRAG pour ses propres intérêts à l’exemple de ce « palais » parisien : Pozzo di Borgo ? S’est-il rendu coupable de quelques forfaitures que ce soient à l’encontre d’un opérateur économique ? Si oui, était-ce l’intérêt du Gabon ?


- Le CIRDI ne considérant pas l’immunité diplomatique dans les litiges financiers, Ali Bongo Ondimba se rendra t-il physiquement devant cette institution et est-il conscient de l’image désastreuse qui serait donnée du Gabon ?
 »

Le Cirdi a pour vocation de faciliter le règlement des litiges relatifs aux investissements entre les gouvernements et investisseurs étrangers. Une fois que les parties ont consenti à son arbitrage aucune ne peut unilatéralement se retirer. Tous les Etats contractants au Cirdi, qu’ils soient parties ou non à un litige, se doivent de reconnaître et appliquer les sentences arbitrales du CIRDI. Selon "Jeune Afrique", l’avocat du président Ali Bongo est Me Emmanuel Gaillard, un spécialiste du Cirdi tandis que celui de Jacques Dupuydauby est un pénaliste nommé Me Jean-Pierre Mignard.

Quant au Pozzo di Borgo, il avait officiellement été acquis en mai 2010 par Ali Bongo pour le compte de l’Etat gabonais en vue d’abriter les nouveaux locaux de l’ambassade du Gabon en France. « Cette décision du chef de l’Etat contribue à offrir à notre pays, aux résidents gabonais en France et en Europe, un espace d’échanges, de travail et d’hébergement pour les délégations gabonaises afin de réduire notablement les frais d’hôtel lors des missions officielles » , ainsi que de « rationaliser et rentabiliser l’utilisation des finances publiques à court, moyen et long terme », avait alors indiqué la présidence gabonaise.

La bâtisse a été construite à partir de 1706 par l’architecte Pierre Cailleteau, dit Lassurance. Elle est dotée d’un portail attribué à Claude-Nicolas Ledoux. D’abord appelé hôtel de Longueil, il aurait été rebaptisé ensuite au gré des cessions et aurait finalement été remanié au 19e siècle par Joseph-Antoine Froelicher pour le compte des Pozzo di Borgo. Le créateur Karl Lagerfeld y a longtemps vécu et, avant son acquisition par le Gabon, de nombreuses fêtes prestigieuses ou branchées y ont été données aussi bien par des personnalités que des grandes marques ou entreprises.

Le 21 février dernier, alors que le président Ali Bongo était à Paris dans le cadre d’une visite de travail avec son homologue français, Nicolas Sarkozy, des militants du collectif Jeudi Noir et du Réseau "Sortir du colonialisme", ont investit le Pozzo di Borgo, cette villa qui n’a certainement pas fini de faire couler de l’encre et de la salive.


Gaboneco

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