Forêts : Le Plan REDD, une opportunité économique pour la population riveraine ?

mardi 29 avril 2008 Société & environnement

Connu sous l’appellation Réduction des Emissions provenant du Déboisement et de la Dégradation des forêts, le plan REDD consiste en l’indemnisation des pays en développement par les pays développés pour la conservation de leurs forêts tropicales. Les scientifiques ont montré que la déforestation et la dégradation des forêts représentent 20% de toutes les émissions de gaz à effet de serre. Les populations riveraines aux forêts peuvent gagner de l’argent à partir de la conservation, mais à condition d’avoir des droits fonciers clairement définis.

Les scientifiques lance un avertissement sur les vertus économiques des mécanismes de Réduction des émissions provenant du déboisement et de la dégradation des forêts (REDD).Ce plan pourrait aggraver la déforestation et la pauvreté si les communautés forestières ne sont pas impliquées dans les négociations et si elles n’ont pas de droits d’accès aux terres forestières.

Réunis à Yaoundé, au Cameroun le 22 Avril 2008, les experts des institutions forestières estiment que pour assurer l’équité dans la mise en oeuvre d’un nouveau plan de réduction de la déforestation, il est essentiel de clarifier les droits de propriété dans les forêts et aux alentours.

« Les mécanismes REDD visant à payer les populations pour qu’elles ne convertissent pas leur forêt, sont un outil prometteur de jumelage de la conservation et le développement », a déclaré la Coordonnatrice Régionale du CIFOR, Cyrie Sendashonga. « Mais qui reçoit des paiements pour ne pas convertir la forêt si l’appartenance de la forêt n’est pas clairement défini ou si les droits fonciers ne sont pas reconnus ? Les politiques de REDD ne devraient pas aboutir à des situations où les plus puissants acteurs s’emparent des terres forestières des communautés locales afin de pouvoir bénéficier des avantages de la conservation des forêts. »

Dans le Bassin du Congo, comme dans de nombreuses parties du monde, les droits fonciers traditionnels ne sont pas reconnus et très souvent les organisations communautaires ne participent pas aux débats sur les politiques.

Le Cameroun, qui abrite 20 millions d’hectares de forêts tropicales qui font partie de la riche biodiversité du Bassin du Congo, a pris des mesures pour définir les droits fonciers. Ce pays d’Afrique Centrale a mis au point de nouveaux modèles pour la foresterie communautaire et les droits d’usage et d’accès des populations autochtones dans certains parcs nationaux, qui se chevauchent les terres traditionnelles.

À la fin des années 1990, le gouvernement a lancé un programme de foresterie communautaire qui a permis aux communautés forestières de demander le droit d’exploiter le bois et d’autres produits forestiers dans leur région.

La réglementation excessive et la corruption, ont cependant empêchée à ces communautés d’en tirer des avantages significatifs. Il en va de même pour les taxes forestières que les exploitants forestiers au Cameroun sont tenus de payer aux communes locales. En raison du peu de transparence, du faible niveau de responsabilisation et la mauvaise gestion, ces fonds arrivent rarement dans les poches des personnes à qui ils sont destinés.

Selon le CIFOR, si ces grands défis de gouvernance et institutionnels peuvent compromettre la répartition équitable des avantages de la REDD, cela est susceptible d’entraîner non seulement plus de pauvreté, mais engendrer également plus de déboisement puisque les communautés marginalisées n’ont pas d’incitation pour la gestion durable de la forêt.

« Les communautés locales et les petits producteurs auront besoin d’un soutien si elles veulent avoir accès aux nouveaux mécanismes de la REDD sur un pied d’égalité avec les plus grands acteurs », explique René Oyono du CIFOR. « Cela veut dire renforcement des capacités, création des liens avec les organisations locales et assurance de l’accès aux informations pertinentes.”

Les forêts du Bassin du Congo, qui constituent la deuxième plus grande forêt humide et dense tropicale du monde après l’Amazonie, sont plus affectés par la dégradation des forêts que par la déforestation. Toutefois, la croissance de la population et des infrastructures pourrait bien accentuer la déforestation dans la région.

« Une biodiversité extrêmement riche et l’extrême pauvreté sont des éléments frappants qui caractérisent les paysages du Bassin du Congo », a déclaré Mme Sendashonga. « Avec une population en pleine croissance et les pays passionnés pour le développement, le véritable défi est de trouver un équilibre entre la croissance économique et la conservation des forêts. Potentiellement la REDD présente cet équilibre, mais de nombreux obstacles doivent être surmontés pour que ces mécanismes soient efficaces ».

Pour une mise en œuvre réussie de REDD, le CIFOR conseille de clarifier les droits et responsabilités liés aux forêts ; d’améliorer les procédures de prise de décision et de renforcer les capacités des institutions nationales et locales.


gaboneco

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