Football : L’inefficacité des clubs gabonais à l’échelle continentale

lundi 23 mai 2016 Sport


Le CF Mounana n’a pas su briser la tradition, vieille d’une décennie déjà, voulant que les clubs gabonais n’aillent pas loin en compétition africaine, (Ligue africaine des champions et coupe de la CAF). Les anciens internationaux dénoncent la politique moribonde du championnat national.Ces derniers sont d’avis que tous les acteurs (dirigeants et footballeurs) ont une grosse part de responsabilité dans l’échec des clubs gabonais sur la scène continentale.

Elle est bien lointaine, l’époque des années 80 et 90 où même dans la défaite, les clubs gabonais d’alors avaient le don de plonger le public dans une joie incroyable. Normal, le niveau était très élevé. Les joueurs avaient une bonne formation et chaque équipe avait des génies qui savaient avec une balle donner du plaisir aux spectateurs. Aujourd’hui, tout le monde s’accorde à reconnaître que le football gabonais est malade ! Les clubs ne sont plus compétitifs et le championnat, (désormais professionnel) est de faible niveau.

A cela s’ajoute le fait que les dirigeants des clubs ne jouent pas franc jeu, pis encore manquent de professionnalisme, tout comme l’environnement du club et les joueurs.Et pour preuve, depuis 2005 en ligue des champions comme en coupe de la CAF, c’est l’hécatombe !

Pour rappel, « l’AS SOGARA », en 1986, est la seule équipe à avoir joué une finale. C’était la 12e coupe d’Afrique des vainqueurs de coupe. Lors de la première partie au Caire, « Al Ahly » d’Egypte avait dominé Samuel Raouto, feu Essika Colin, et autres Avah Roger, (3-0). Au match retour au stade Omnisport de Libreville, le club de la capitale économique du Gabon (Port-Gentil) avait gagné sur la marque de (2-0). Un score insuffisant pour décrocher la timbale. Depuis lors, plus aucune équipe n’a pu avoisiner ce record.

Pire, la dernière équipe gabonaise à avoir joué une phase de poule des compétions africaines est le FC 105 en 2005, en coupe CAF. La campagne qui avait pourtant débuté positivement pour le club militaire a tourné au vinaigre. Le FC 105 a achevé la course dans le groupe B, à la dernière place avec 3 points, 1 victoire et 5 défaites dont celle concédée face au futur champion « Dolphin FC » du Nigeria.

Depuis lors, c’est la traversée du désert. Mangasport, Delta FC, Stade Mandji, FC 105, US Bitam, Missile et les autres n’ont jamais réussi à se qualifier pour la phase de poule. Le CF Mounana vient de confirmer le manque de virilité des équipes gabonaises sur la scène africaine

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Jonas Ogandaga, l’un des rares gabonais à avoir remporté la ligue des champions en 1997 avec le Raja de Casablanca du Maroc est formel, « Le niveau du championnat est bas. Par le passé le championnat était meilleur. La preuve, cette nouvelle génération n’a toujours pas dépassée celle de 1996 qui s’est arrêtée en ¼ de finale de la CAN. On compte maintenant le nombre de personnes dans les stades de football. Si le championnat n’est pas plus élevé on n’aura rien. »

Le manque d’attractivité dans le championnat entraine l’abandon des stades. D’où la déception de l’ancien gardien de but de l’équipe nationale, Louis Ontchanga« le niveau du championnat est bas. Par le passé il était nettement meilleur. La dernière prestation au CHAN illustre bien la pauvreté de notre championnat. Dans beaucoup d’équipes, les entrainements sont bafoués parce que les moyens ne suivent pas. Les joueurs ne sont pas payés alors qu’ils ont des engagements. »

Le défenseur et capitaine du Gabon avec 130 sélections, François Amégasse éprouve le même sentiment, « Je suis très peu le championnat national le niveau est trop faible et les jeunes n’ont pas la base. Voici pourquoi les stades sont vides. Il y a trop de lacunes il faut du travail sérieux  ».

L’attaquant Aurélien Bekogo dénonce entres autres, l’apport des étrangers qui ne se fait pas sentir. « Les spectateurs ne retrouvent plus l’aisance technique qu’il y avait jadis. Nos joueurs ont de grosses difficultés au niveau de la technique individuelle on avait du plaisir à voir les footballeurs jouer. Aujourd’hui on recrute des étrangers qui n’ont pas de niveau. A notre époque il y a avait des grands joueurs comme Seck Allassane, George Alassane, Mbayendour, feu Sekou Bamba, Ipaye Wasiu, Lucien Guillao et bien d’autres. On prenait du plaisir à les voir jouer. J’ai fait près de 7 ans sans aller au stade je suis reparti parce que je m’occupe des U15 du FC 105 .Beacoup de joueurs ont des lacunes au niveau technique et tactique ils manquent cruellement de formation », fustige Aurélien Bekogo.

L’ancien capitaine d’Azingo National, Etienne Kassa Ngoma, est tout aussi perdu dans ce qui se passe « le football est en crise. On n’a pas un championnat professionnel, celui-là l’est juste que de nom. On rafistole. Je suis désolé. Il faut voir comment les joueurs vivent, comment ils jouent, comment ils se déplacent, on a même régressé par rapport aux années antérieures ».

Ndong Parfait, le meilleur footballeur gabonais lors de la CAN Tunisie 1994, reconverti dans le métier d’entraineur est ébahi devant tant d’amateurisme. « A l’époque il n’y avait pas autant d’argent, mais il y avait un engouement tel que le public se déplaçait en masse pour vivre et célébrer le football. Quand vous vous imaginez ce que chaque club reçoit et que vous voyez la misère des joueurs vous comprenez la contradiction. Il faut une autocritique pour faire avancer le football gabonais. Les clubs ne doivent pas tout attendre de l’Etat, ils manquent d’imagination. Les clubs font à la va-vite ils ne savent pas construire. On ne peut pas exiger de performance à un joueur qui n’a pas de salaire », clame-t-il.

Malgré les milliards de francs CFA, investis par l’Etat, le football gabonais enregistre défaite sur défaite. Avec la réduction de la subvention, la situation risque de considérablement s’aggraver. Ce n’est donc pas pour demain la veille, qu’un club gabonais sera sur le toit de l’Afrique. A l’ère du professionnalisme, les clubs gabonais ont encore de longues années de servitude.Le seul exemple du « Tout Puissant Mazembe » en RDC (5 ligues des champions, 3 super-coupes de la CAF) doit inciter toute la société du football gabonais à une profonde méditation.


YAO

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