Football : Issa Hayatou, « aucune crainte pour le Mondial »

samedi 3 avril 2010 Speciales


Critiqué pour sa gestion de la crise après l’attaque du bus togolais dans l’enclave de Cabinda ayant coûté la vie à deux membres de sa délégation lors de la dernière Coupe d’Afrique des nations (CAN) en Angola, Issa Hayatou sort de son silence pour Le Figaro. La mise au point du président de la Confédération africaine (CAF) est sans concession.

Issa HAYATOU : Concernant l’organisation, les infrastructures sportives, l’hôtellerie, les transports, nous sommes satisfaits. L’attaque du bus du Togo a évidemment attristé la Confédération africaine.


Le Figaro : N’était-il pas dangereux de jouer dans une province séparatiste ?

I.H : Les trois autres équipes du groupe se sont rendues sans problème à Cabinda. Les Togolais sont venus par la route, sans prévenir. Le règlement leur donnait l’obligation de venir par avion. Nous leur avons fourni 30 billets pour cela. Le matin de l’embuscade, nous avions les plans de vols de toutes les équipes, sauf le leur. La sécurité était totale dans la ville de Cabinda. L’attaque a eu lieu dans la brousse.


L.F : La CAF a été critiquée pour sa gestion de la crise…

I.H : Dès que nous avons appris l’attaque, nous nous sommes organisés pour aider la délégation togolaise. Le premier vice-président de la CAF a immédiatement été dépêché à Cabinda. Dès le lendemain, j’ai rencontré l’équipe et tous ses dirigeants pour leur présenter mes condoléances, partager leur douleur et leur demander, autant que faire se peut, de rester.


L.F : N’était-ce pas inconséquent de demander aux Togolais de disputer la CAN ?

I.H : Les joueurs avaient donné leur accord pour rester. S’ils avaient voulu partir, nous aurions pu être tolérants. Mais ce sont leurs responsables qui leur ont demandé de se retirer. Leur premier ministre a dit : « Tout joueur qui joue ne sera pas considéré comme togolais. » Nous ne pouvons pas accepter les ingérences politiques. Nous avons donc sanctionné le Togo conformément à l’article 78 de notre règlement.


L.F : Les circonstances étaient quand même particulières…

I.H : Nous ne pouvons pas gérer la CAF sur des bases émotionnelles. On nous dit : « Vous avez raison mais il y a eu 2 morts. » Trois matchs ont sauté avec le retrait du Togo. Nous avons des sponsors et des télévisions qui ont signé des contrats pour un certain nombre de rencontres. Ils auraient pu nous demander des comptes pour le préjudice.


L.F : Vous ne reviendrez donc pas sur l’exclusion du Togo pour les deux prochaines CAN ?

I.H : C’est le comité exécutif de la CAF qui a pris cette décision. Et elle est juste. Le Nigeria avait déjà été exclu en 1996. Et ce n’est pas la première fois qu’il y a des morts dans une compétition internationale. Il y a eu 17 morts lors des JO de Munich en 1972. À Vancouver, un lugeur géorgien est décédé. A-t-on arrêté pour autant les Jeux ?


L.F : Considérez-vous avoir bien géré la communication autour de ce drame ?

I.H : Nous avons perdu la bataille de la communication parce que nous n’avons jamais voulu polémiquer. Je n’ai jamais voulu m’exprimer parce qu’en face il y avait le chef de l’État du Togo. Par respect pour sa fonction, sa personne, j’ai gardé le silence. Mais la CAF lui a envoyé une lettre de condoléances et nos représentants se sont rendus auprès de la délégation du Togo pour en faire de même. Alors qu’il ne dise pas le contraire !


L.F : Au vu de cet épisode, faut-il s’inquiéter pour le Mondial ?

I.H : L’Angola est à 3h30 d’avion de Johannesburg. Je n’ai aucune crainte. En tant que président de la CAF et président de la commission d’organisation du Mondial, je suis le dossier depuis bientôt cinq ans. On ne peut pas tout maîtriser à 100% mais tout ce qui devait être fait pour assurer la sécurité des équipes et des visiteurs a été mis en œuvre. Bien sûr, il y a des endroits à éviter. Comme à Paris ou à New York. Malgré ce qui a été dit, l’Afrique du Sud est prête. Les six stades tout neufs sont achevés, les transports et les hôtels sont là. Le coup d’envoi pourrait être donné aujourd’hui.


L.F : Le succès populaire n’a pourtant pas l’air d’être au rendez-vous…

I.H : Nous avons déjà vendu 2,2 millions des 2,9 millions de billets en circulation. Lors de la Coupe du monde en France, tous les stades étaient-ils pleins ? Alors ne demandez pas à l’Afrique ce que vous n’avez pas demandé à d’autres. Je suis confiant et d’autant plus serein que cette compétition prouvera aux yeux du monde que l’Afrique n’est pas cette partie du monde que les gens décrivent. Nous ne sommes pas ce que vous pensez. Certains continuent de parler de l’incompétence de l’Afrique du Sud. Mais ses infrastructures sont parmi les meilleures au monde. Pourquoi continuez-vous à être sceptiques ?


cameroon-info.net

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