Football/Can U17 : « (…) Il y a lieu de repenser en profondeur notre vision du sport qui jusque-là est minable », précise Jonas Ogandaga

mardi 23 mai 2017 Sport


Le Gabon humilié a domicile à l’occasion de la 12ème Can de football des moins de 17 ans. Le pays organisateur s’en sort avec un bilan lamentable. Dernier du groupe A, avec 3 défaites, 11 buts avalés et un seul inscrit. De quoi faire rougir les amoureux du football dont Jonas Ogandaga. L’ancien international gabonais qui a remporté en 1997 la ligue africaine des champions de football avec le Raja de Casablanca du Maroc souhaite vivement qu’une réelle politique sportive de développement du football basée sur la formation des jeunes soit mise en place. Entretien.

Gaboneco (Ge) : Jonas Ogandaga, le Gabon organisateur de la Can U17 est éliminé au premier tour et il est dernier de son groupe, êtes-vous surpris ?

Jonas Ogandaga (JO) : Pas du tout. Je ne suis pas surpris par cette débâcle gabonaise. Au Gabon il n’y a pas de championnat de cadets et autres catégories. Pour préparer une compétition aussi sérieuse que la Can, il faut avoir un championnat efficace, donc être en compétition. Il n’y a qu’un championnat de première division qui est faible.

Ge : Pourquoi le Gabon a été ridicule ?

JO : On n’a pas choisi les meilleurs représentants. Je crois que c’est une sélection de la province de l’Estuaire et non celle du Gabon qui a joué cette Can. Ensuite, on n’a pas eu une bonne préparation. Même si on rassemble les jeunes durant deux ou trois mois, cela n’a pas le même impact que si on avait un championnat. Quand il y n’y a pas de rencontres en continue, il va forcément avoir un manque de rythme et cela s’est clairement constaté dans la prestation des Gabonais. Il y a du talent chez certains jeunes

Ge : Le Gabon a été repêché pour remplacer Madagascar, n’est ce pas une excuse ?

JO : Non il n’y a pas d’excuse à ce niveau. Le haut niveau est très exigeant. Si l’état a engagé son équipe c’est que je crois que les gouvernants savaient ceux qu’ils faisaient. Les pays qui dominent ce genre de compétitions sont sérieux dans la formation. Tant que nous allons continuer à blaguer, on n’aura jamais de résultats positifs. Quand on n’est pas prêt, on ne s’engage pas. Il faut qu’on arrête avec cette fausse vision qui consiste à organiser des compétitions internationales et ne jamais gagner. C’est inadmissible !

Ge : A quoi a donc servi la détection initiée par la Fédération Gabonaise de Football ?

JO : Ça n’a servi à rien. C’était juste pour tromper le peuple. Aucun jeune dans le pays n’a été retenu. On n’a jamais vu cela. Il y a des jeunes de Pélican de Lambaréné qui ont joué ici à Port-Gentil. Il y avait au moins 6 de niveau appréciable. Je persiste et signe ce n’était pas une équipe nationale du Gabon, mais plutôt l’équipe de la province de l’Estuaire. Dans cette équipe il y avait tout de même de bons éléments. Le gardien de but Brunel IlagouIlagou, Duchamp Nzeingui, Kevin Junior, le jeune Boueni Elian et Mayala Babanzila, mais le reste laisse à désirer.

Ge : Pourquoi le Gabon peine à comprendre que le salut passe par la formation ?

JO : Chez nous il y a des entraineurs formés pour la formation. Hélas on n’utilise pas ces compétences. Il faut que les clubs forment les jeunes. Et là, la responsabilité du Gouvernement est totalement engagée. C’est le gouvernement qui détermine la politique sportive nationale. Visiblement, le Gabon a opté pour être toujours battu. Il n’y a que de beaux discours, mais sur le terrain c’est nul. Il y a lieu de repenser en profondeur notre vision du sport qui jusque-là est minable. C’est inadmissible que nous soyons à organiser de grands évènements sportifs sans nourrir l’ambition de gagner. C’est un mauvais exemple et des mauvais signaux que les dirigeants envoient à la jeunesse de notre pays. Il faut désormais écarter la politique politicienne dans le sport. C’est cela qui gaspille le sport en général au Gabon.

Ge : Vous estimez que le sport est trop politisé au Gabon ?

JO : Mais absolument, c’est un secret de polichinelle ! Le sport gabonais est pollué de politique maladroite. Certains joueurs sont choisis pour être en sélection au nom des combines et du copinage.

Ge : Comment voyez-vous l’avenir de cette équipe ?

JO : Tout le monde est unanime, cette équipe a de l’avenir. Mais dommage le manque de suivi dans nos sélections nationales plombe l’avenir du football. Il y a de la qualité dans ce groupe, il faut lui donner de l’envergure. Prendre des méritants, faire une vraie détection nationale et mettre le joueur qu’il faut à la place qu’il faut. On ne doit plus faire dans l’improvisation. Il faut organiser un championnat national de football compétitif. Quand les clubs de première division se déplacent, ils doivent le faire avec toutes les catégories pour jouer les rencontres en levée de rideau. Le Gabon a plus de moyens financiers que plusieurs pays qui brillent dans la formation, il nous manque juste la volonté.


Propos recueillis par YAO

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