Exode rural : La lente et douloureuse mort des villages gabonais !

vendredi 3 mars 2017 Société & environnement


Touchés par des maux d’ordre socio-économiques, les villages se meurent chaque jour un peu plus. Cette réalité est à mettre à l’actif de l’exode rural qui, entre 1994 et 2004 a sérieusement dépeuplé les villages, de 54% à 15%.

Du nord au sud en passant par le centre, les coins et recoins du Gabon, le scénario est le même : aux abords des villages, des maisons abandonnées et écoles faiblement fréquentées sont visibles. Seuls quelques sexagénaires, pour la plupart retraités, y sont présents. Les mutations de ces dernières années, le manque de perspectives pour la population active rurale et l’inexistence voire l’inadéquation des politiques publiques touchant le problème des « villageois » peuvent expliquer l’évolution du phénomène.

En effet, entre 1994 et 2004, l’exode rural s’est largement accentué. En dix ans, la population rurale a régressé de 15% (Ndlr : chiffre de 2004). En 1994, elle représentait 54% de la population totale. Si la tendance se généralise à l’ensemble de la population, ce sont particulièrement les jeunes qui sont les plus touchés par le phénomène. Et, plus les années passent, plus le phénomène tend à s’accentuer et se généraliser.

Mbadi et Butengas, deux villages touchés

Le village de Mbadi situé à une dizaine de kilomètres de la localité de Ndendé dans la province de la Ngounie et Butengas, situé à quelques kilomètres de Bitam, dans la province du Woleu-Ntem sont deux modèles de villages aux racines et cultures différentes, v touchés par le même problème : celui de l’exode rural. Partiellement habité, le premier village, Mbadi, vit certainement ses derniers jours ou presque. Ni enfants, ni jeunes adultes présents dans le village . Les quelques maisons existantes sont pour la plupart inhabité. De même, l’activité au village tourne au ralenti.

Bordé tout autour de plaine, l’agriculture et les activités qui s’y rapportent, sources de revenus sont peu développées. Et le peu d’habitant encore présent doit s’y accoutumer. Quant à l’école, elle est vouée à sa triste fin. Construite dans les années 80 avec un cycle normal, l’école tourne elle aussi au ralenti. Seuls les Cycles de première année, troisième et quatrième année fonctionnent selon les explications fournies par le directeur de l’école pour un effectif total de quatre élèves encadrés par deux enseignants. «  Il n’y a pas de deuxième ni même de cinquième année  », explique le directeur de l’école, Jean de Dieu Mbina et cette situation perdure. En 2015, l’école comptait un effectif de cinq élèves seulement.

A Butengas, dans le Haut-Ntem, la situation est quasiment la même qu’à Mbadi au sud du Gabon. Sur le long du village la présence d’enfants se fait rare. Seuls quelques anciens sont présents. Le sort de l’école public construite par la société agro-industrielle Olam suivant le contrat social établi avec les villageois est inexploité et suit la même trajectoire que celle du village du sud. «  Depuis la rentrée scolaire, l’enseignant était ici, a fait les inscriptions et est parti on ne sait trop pourquoi », explique un notable du village, Antoine Mba Zue Ovono. Pour le notable, ce départ ne peut s’expliquer car toutes les conditions ont été réunies pour faciliter le travail de l’enseignant envoyé par l’Etat. Les élèves, le logement, rien ne manque à l’enseignant. A l’analyse, le problème pourrait découler d’une absence d’élèves. Que ce soit à Mbadi ou dans cette localité, les enseignants se sentent sous-employés, cela ne les réjoui guère et pousse souvent certains à renoncer à leur devoir.

De la nécessité des politiques centrées sur les villages

Si ces parties du Gabon sont affectées par le phénomène de l’exode rural, que peut-il en être des autres localités ? Les perspectives de réponses à une telle question dressent déjà l’issue des possibilités. A défaut d’assister à la recrudescence du phénomène peut-être serait-il temps de songer à l’avenir, aux mécanismes d’optimisation d’établissement des populations autochtones dans les villages car garants de la culture nationale socle de toute identité.
Si en seulement dix ans, la chute est considérable (de 54% à 15% aujourd’hui) il faut envisager, si rien n’est fait d’ici les autres dix prochaines années, que la population rurale ne représentera plus que 1% de la population nationale. La dynamique avec laquelle les populations, les jeunes en partie épousent rapidement les autres cultures au détriment de la leur, le refus de s’installer à l’intérieur du pays faute de garanties sociales et économiques sont des aspects à adosser à cette convergence.

De la même manière qu’on pense aux mécanismes d’optimisation du rendement sectoriel à l’exemple de ceux des technologies de l’information et de la communication et de l’industrie nationale, il faut regarder comment concilier ces politiques au développement des villages. Bien des jeunes, à l’exemple de ceux rencontrés dans les villages situés à quelques kilomètres de la localité de Makokou sont prêts à ne pas partir des villages et participer à l’essor de l’arrière-pays. La seule réponse à la nécessite de contenir le phénomène d’exode rural au Gabon demeure dans l’adoption des politiques centrées sur les villages et favorisant l’accès à l’électricité, à l’éducation et la formation, au téléphone mobile, aux routes viables et aux égalités économiques pérennes.


Michaël Moukouangui Moukala

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