Eviction d’Olivier Nzaou : Les consommateurs sacrifiés sur l’autel des affinités ?

mardi 26 novembre 2019 Politique


Evincé lors du dernier Conseil supérieur de la magistrature et remplacé par André Patrick Roponat, le départ d’Olivier Nzaou, ancien Procureur de la République soulève de nombreuses questions sur l’intérêt qu’accordent les autorités publiques aux questions d’hygiène et de sécurité des aliments consommés au Gabon, alors que la mission de contrôle sanitaire orchestrée par ce dernier n’avait pas dit son dernier mot. Que reproche-t-on à l’ancien Procureur de la République ?

Salué pour le lancement d’une campagne de contrôle sanitaire, mise en place en collaboration avec la Marie de Libreville, Olivier Nzaou, le désormais ancien Procureur de la République n’aura pas eu le temps nécessaire pour conduire à terme, sa chasse aux commerçants intrépides. Vendredi 22 novembre, à l’occasion de la tenue du Conseil supérieur de la magistrature, ce dernier a été évincé et remplacé par André Patrick Roponat. Il a été affecté à Franceville en qualité d’Avocat général près le parquet général de cette ville.

Selon certaines sources bien introduites au sein du pouvoir, le mutisme de ce dernier devant les cas flagrants de détournement des fonds publics, orchestrés par d’anciens hauts fonctionnaires de l’Etat, proches de l’ancien directeur de cabinet du Président de la République, Brice Laccruche Alihanga par ailleurs fondateur de l’Association des Jeunes Emergents Volontaires (AJEV) serait la cause de son départ. Mais dans l’opinion publique, nombreux sont ceux qui doutent face à cette possible explication, car l’éviction du Procureur de la République intervient plusieurs jours après que ce dernier a décidé de lancer une campagne spectaculaire d’inspection sanitaire et alimentaire à travers Libreville.

Dans le sillage de celle-ci, de nombreuses structures hôtelières, des restaurants, bars et autres distributeurs de produits alimentaires ont été épinglés pour cause de manquements graves à la salubrité, l’entretien des consommables, la conservation des produits et le respect des dates de péremptions. Des manquements qui mettent en lumière, les faiblesses du travail effectué par l’Agasa ou encore par la DGCC, des entités publiques vouées au contrôle sanitaire et alimentaire au Gabon. Dans la foulée de cette campagne, des enseignes de renom, telles que SanGel, ont été épinglées. Là-bas, l’ancien Procureur de la République a découvert des produits impropres à la consommation, commercialisés en toute tranquillité, des trafics de dates de péremption et des conditions de stockage de marchandise destinés à la consommation locale peu commodes aux exigences en matières d’hygiènes et contraires à la loi gabonaise.

Bien que cette opération ait été saluée par de nombreux observateurs, au sommet de l’Etat, l’action posée par Olivier Nzaou pour protéger les consommateurs, devant le chaos ambiant de manque flagrant à l’hygiène et à certaines obligations propres à la sécurité des produits couramment consommés au Gabon, ne semblent pas émouvoir les décideurs étatiques qui ont jugé utile de se défaire d’un homme que beaucoup qualifient de « consciencieux ». Si comme souligné plus haut, son départ s’explique par le caractère partial de son action vis-à-vis de certains membres de l’AJEV, il paraît clair que l’ancien Procureur de la République a payé de son poste pour avoir dévoilé les magouilles de certains barons du commerce qui fricotent avec des gens hauts placés de la République. Sinon, après une aussi brillante action, que peut-on reprocher à ce dernier pour le débarquer si brusquement du poste de Procureur de la République, alors que son inspection avait à peine commencé ?

Le départ de ce dernier met in extenso, un terme à cette campagne et la décision du Conseil supérieur de la magistrature sonne par ailleurs, comme une victoire pour les structures épinglées à savoir ; le Radisson Blu, le Méridien, Chez-Jeannot, SanGel et bien d’autres, qui peuvent d’ores et déjà, se réjouir de l’éviction de ce dernier. Car, il n’est pas évident que poursuivre les chantiers laissés par son prédécesseur surtout, cette mission de contrôle sanitaire, soit l’apanage du nouveau Procureur de la République. Une fois de plus, l’indulgence des plus hautes autorités de la République vis-à-vis des opérateurs économiques, devant le flagrant délit de non-respect des normes alimentaires et de vente des produits, montre à quel point ces derniers se soucient peu de la santé des populations. Seuls comptent, les intérêts et les affinités que beaucoup parmi eux entretiennent avec certains de ces acteurs privés qui, durant la mission de l’ancien Procureur ont montré qu’ils tiraient certaines ficelles ...


Michaêl Moukouangui Moukala

Répondre à cet article

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom

Articles relatifs