Etat de santé d’ABO : Entre tabou, rumeurs et échec de la communication officielle !

lundi 5 novembre 2018 Politique


Parti pour Ryad en Arabie Saoudite pour la conférence sur les investissements le 24 octobre dernier, le Chef de l’Etat gabonais a été pris d’un malaise et transporté à l’hôpital Roi Fayçal de la capitale saoudienne. Quant à la cause réelle de cet internement, elle reste floue puisque, faute d’informations précises, le Porte-parole de la présidence qui avait, au départ admis « une fatigue passagère », s’est dédit en reconnaissant par la suite « une fatigue sévère ». Un flou artistique savamment entretenu, alors que les médias internationaux parlent d’un AVC pour certains, et d’un œdème cérébral pour d’autres. Dans l’opinion, c’est l’affolement général.

C’est presqu’un camouflage complet voire une volonté manifeste de dissimulation, alors que les rumeurs sur la mort du Président de la République se propagent, avec une ténacité déconcertante à Libreville ; et aiguisent, dans la foulée, les appétits crypto-personnels du pouvoir et de l’opposition, qui déjà, à travers des déclarations et des mises en garde, appelle le gouvernement au devoir de vérité sur la santé réelle d’Ali Bongo Ondimba. D’autres, comme s’ils n’attendaient que cela, invitent déjà la Cour constitutionnelle à constater la vacance du pouvoir. Même Jean Ping qui s’était jusque-là barricadé dans un silence de tricard vient de sorti du bois pour appeler les Gabonais à transcender leurs clivages et à faire bloc autour de lui.

Vu le décor de cette sortie aux allures présidentielles, comme il sait le faire depuis plus de deux ans, en vain, et même si celui qui se considère toujours comme le vrai président élu du Gabon s’est gardé de faire allusion à l’état de santé de son ancien beau-frère, il n’y a pas de doute que cette sortie a été bien dictée par la situation du moment. C’est-à-dire la santé « incertaine » de son adversaire qui, s’il était mort, lui donnerait la possibilité de se positionner à nouveau comme le messie du Gabon et remporter une éventuelle élection anticipée. Une élection anticipée, décidément c’est à cela que s’attend désormais les partisans de l’opposition, vu la pluie de leurs réactions priant pour que leur bête noire meurt là-bas, dans cet émirat pétrolier, loin des affaires du Gabon. Manifestement, l’opposition politique, l’hostilité et la haine contre cet homme sont telles que même la morale africaine en la matière n’a plus de place chez nous.

Autant dire que toute cette attitude haineuse témoigne bien de la survivance de la crise post-présidentielle, jamais conjurée des esprits des "Résistants". Et ce, malgré le raz-de-marée opéré par le parti démocratique gabonais aux législatives du 6 octobre dernier. Ce qui remet en cause la légitimité du PDG ainsi que celle de sa majorité parlementaire, surtout pour un scrutin largement boudé par les citoyens.

Echec de la communication officielle et psychose dans le pays

Malgré cet affolement, cette agitation générale, la Présidence de la République et le Gouvernement, qui ont, au départ, multiplié de maladresses dans la communication institutionnelle en temps de crise, continuent, comme si de rien n’était, à se murer dans un mutisme implacable, alléguant, comme à l’habitude des émergents que le pays va bien, les institutions fonctionnant normalement. Une fuite en avant inexplicable alors que les rumeurs les plus folles et des informations contradictoires continuent à circuler sur la santé du Président de la République, et créent un climat de psychose dans le pays, alors que les citoyens, pour ou contre, ont le droit d’être informés sur la santé réelle de celui qui incarne la première institution de l’Etat. Mais toute cette volonté de camouflage n’est, en réalité que la conséquence d’une communication mal assurée. Quoi qu’il arrive, l’hospitalisation à Ryad d’Ali Bongo aura mis à nue, l’échec conjugué de la communication présidentielle et gouvernementale en tant de crise.


Leno KOLEBA

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